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  • La faute de l'abbé Mouret - Emile Zola

    Le 08/08/2010 à 15:06Commentaires (0)Ajouter un commentaire

    La faute de l'abbé Mouret

     

    Ce roman est le cinquième volume des Rougon-Macquart. Il est la continuité parfaite du précédent en ce sens qu'il se situe toujours dans le monde clérical. Dans celui-ci Zola va beaucoup plus loin et ne cache pas ses idées pro-calviniste bien qu'il ne le reconnaisse qu'implicitement et à plusieurs reprises il s'était prononcé contre le célibat des prêtres. En 1874 Emile Zola avait commenté " la tentation de Saint-Antoine", commentaire adressé au Sémaphore de Marseille, qui avait censuré toute la partie religieuse de la critique. Il s'en était confié à Flaubert dans une lette qu'il lui adressait le 9 Avril 1874. Frustré de cette découpe c'est donc dans " La faute de l'abbé Mouret" que l'écrivain avait abordé l'histoire d'une tentation : celle d'un homme de religion. Ce cinquième roman se démarque de l'ensemble de l'oeuvre en ce sens où il est plus instinctif, qu'un pur produit du naturalisme*genre littéraire opposé au romantisme. Il est toutefois parfaitement intégré puisque l'on y retrouve toujours cette opposition latente en toute chose. Serge Mouret élevé dans la foi, qui a des principes et des interdits, et Albine qui est athée. Là où la prouesse de l'auteur est exceptionnelle c'est que la présentation d'Alvine, ses motivations et son comportement ne font pas d'elle une impie mais une femme au sens originel du terme, illustrant l'amour simple et non-raisonné, indemne du pêché. Dans l'ouvrage précédent Zola dépeint le prêtre avide de pouvoir et de reconnaissance; dans celui-ci l'homme d'église tombe amoureux et découvre les tourments du désir charnel. On voit dans ce volume poindre la notion qui oppose le christianisme au catholicisme. Chacun mêlant dans son pot, à sa sauce, les ingrédients qui lui conviennent au moment où çà lui convient ( tels les bourgeois pseudo-puritains qui se dévergondent dans les cabarets par exemple mais tiennent à faire bonne contenance en perpétuant les traditions ). Ce livre met en lumière l'hypocrisie d'une société prétendument pure et respectueuse des conventions sociales en dénonçant l'amour entre un prêtre ayant fait voeu de chasteté et d'une femme( forcément mauvaise) qui signe sa perte spirituelle. Ils sont rabaissés au rang animal dans une relation bestiale. Fait rare dans cette grande saga, une fin dramatique peu commune. A mon sens cet ouvrage est un pur chef-d'oeuvre à tous les niveaux, le meilleur des vingt volumes que compte "les Rougon-Macquart", malgré de lourdes critiques lors de sa sortie.

     

    Serge Mouret, prêtre dans un petit village, vit avec sa soeur Désirée et sa servante la teuse. Il pratique sa foi avec force et conviction. Alors qu'il est en compagnie du Docteur Pascal, Albine apparait brièvement puis disparait parmi les fleurs. Cette vision furtive  fera battre son coeur de plus en plus jusqu'à lui donner la fièvre. L'amour vient de s'emparer de lui. Amour réciproque que la morale réprouve. Le combat intérieur d'un homme d'église qui en oubliera tout pour l'amour d'elle. Elle qui mourra pour l'amour de lui... Le tout avec le style et la richesse d'expression propre à Zola.

    * Le naturalisme est l'art de parler d'évènements proches, vérifiables et réalistes. Le romancier prépare un plan et passe de longs moments à préparer la mise en forme de son ouvrage. De nombreuses notes sont prises. Peu de place à l'imagination puisque lorsque le plan est terminé le livre est quasiment écrit. Par opposition au romantisme où l'écrivain travaille à l'instinct et monte sa trame au fur et à mesure qu'avancent ses écrits. Bien souvent il ne sait pas à l'avance ce que çà donnera ( Georges Sand écrivait ainsi). Le naturalisme n'enlevant rien au talent de l'auteur s'il en a et ne lui en rajoutant pas s'il n'en a pas..

  • Paul Verlaine - Prince des poètes

    Le 05/08/2010 à 23:07poésiesCommentaires (0)Ajouter un commentaire

     

    Paul Verlaine est  né à Metz le 30 Mars 1844 et s'est éteint à Paris le 8 Janvier 1896 d'usure prématurée, probablement dûe à la consommation excessive d'absinthe qu'il appréciait particulièrement. Il est le précurseur des "poètes maudits". Il utilise les rythmes impairs et les assonances et sa façon de créer ses textes et poésies est unique et ne répond pas aux normes utilisées jusqu'à présent. Cela en fera un poète d'exception, tout en émotion, dépeignant les paysages en demi-teinte. Le maitre des clairs-obscurs. A la suite du décès de son père il s'installe avec sa mère à Paris où il fréquente les salons littéraires. En 1866 il participe au "Parnasse contemporain". Il y publie les "Poèmes saturniens"  qui comporte  "chanson d'Automne, dont quatre vers seront très connus puisque utilisés par radio Londres  : " Les sanglots longs des violons de l'automne.. " suivi de  : " Blessent mon coeur d'une langueur monotone." On sent l'influence qu'a sur lui un autre poète maudit : Baudelaire. Verlaine a des penchants contre lesquels il lutte avec acharnement et c'est ainsi qu'en 1870 il épouse Mathilde Mauté pour qui il vient de composer : "La bonne chanson". La France entre en guerre contre la Prusse et l'empire Allemand est proclamé à Versailles. Verlaine qui prend parti pour la Commune doit quitter Paris avec sa famille. A leur retour à Paris il fera une rencontre qui bouleversera sa vie. Il révélera ses penchants homosexuels et s'enfuiera avec son amant : Arthur Rimbaud. Cet amour le rendra prolifique et il écrira presque tout le recueil des "Romances sans paroles" pendant sa fuite amoureuse. En 1873 à la suite d'une dispute il tire sur Rimbaud avec un révolver et le blesse à la main. Celui ci apeuré se rend à la police et porte plainte. Verlaine sera emprisonné deux ans, jugement très sévère quand on sait que Rimbaud a immédiatement retiré sa plainte... En cellule il écrira deux recueils : "Cellulairement" et "sagesse" qui ne seront jamais publiés mais dont les écrits serviront pour d'autres oeuvres qu'il créera par la suite : "Jadis et naguère" et "Parallèlement". En 1883 il se fera connaitre en publiant dans "Lutèce" une première partie des poètes maudits dont font partie Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé et Tristan Corbières. En 1887 alors qu'il est de plus en plus connu il sombre dans la misère noire. Les recettes de ses ventes ne lui fournissent que le souper et sa situation se détériore tant et si bien qu'il passe beaucoup de temps à l'hopital. En 1894 il connait enfin la consécration en étant sacré "Prince des poètes" et on lui attribue une pension de subsistance. Paul Verlaine très fougueux aura connu la prison très vite remplacé par l'hopital. Il consacrera deux ouvrages à ces deux endroits : "Mes prisons" et "Mes hopitaux", poésies en prose qui valent le détour.

     

    Paul Verlaine

    Paul Verlaine (1844-1896)

    Cet auteur est à mon sens le meilleur poète qu'il nous soit donné de lire tant l'émotion transparait dans chacun de ses textes, l'auto-biographie y est toujours latente, et sa sensibilité y est sublimée. La fougue qu'il manifeste dans la vie de tous les jours laissant la place à l'âme de l'homme qu'il est. Rimbaud aura une influence prépondérante sur la couleur des écrits et sur leur intensité.

    Comme suite logique quelques oeuvres choisies, souvent très connues parce qu'il est plus facile de présenter quelqu'un de cette façon, dans un premier temps, pour continuer plus tard sur des oeuvres plus méconnues mais tout aussi merveilleuses si ce n'est plus pour certaines...

     

    Chanson d'automne (1)

    Les sanglots longs

    Des violons

    De l'automne

    Blessent mon coeur

    D'une langueur

    Monotone.

    Tout suffocant

    Et blême, quand

    Sonne l'heure,

    Je me souviens

    Des jours anciens

    Et je pleure

    Et je m'en vais

    Au vent mauvais

    Qui m'emporte

    Deçà, delà,

    Pareil à la

    Feuille morte.

     

    A Madame X...

    En lui envoyant une pensée

    Au temps où vous m'aimiez (bien sûr ?),

    Vous m'envoyâtes, fraîche éclose,

    Une chère petite rose,

    Frais emblème, message pur.

    Elle disait en son langage

    Les "serments du premier amour",

    Votre coeur à moi pour toujours

    Et toutes les choses d'usage.

    Trois ans sont passés. Nous voilà !

    Mais moi j'ai gardé la mémoire

    De votre rose, et c'est ma gloire

    De penser encore à cela.

    Hélas ! si j'ai la souvenance,

    Je n'ai plus la fleur, ni le coeur !

    Elle est aux quatre vents, la fleur.

    Le coeur ? mais, voici que j'y pense,

    Fut-il mien jamais ? entre nous ?

    Moi, le mien bat toujours de même,

    Il est toujours simple. Un emblème

    A mon tour. Dites, voulez-vous

    Que, tout pesé, je vous envoie,

    Triste sélam, mais c'est ainsi,

    Cette pauvre négresse-ci ?

    Elle n'est pas couleur de joie,

    Mais elle est couleur de mon coeur.

    Je l'ai cueillie à quelque fente

    Du pavé captif que j'arpente

    En ce lieu de juste douleur.

    A-t-elle besoin d'autres preuves ?

    Acceptez-la pour le plaisir.

    J'ai tant fait que de la cueillir,

    Et c'est presque une fleur des veuves.

     

    Mon rêve familier 

    Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

    D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,

    Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même

    Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

    Car elle me comprend, et mon coeur transparent

    Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème

    Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

    Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

    Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l'ignore.

    Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore,

    Comme ceux des aimés que la vie exila.

    Son regard est pareil au regard des statues,

    Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

    L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

     

    Green

    Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches

    Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.

    Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches

    Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

    J'arrive tout couvert encore de rosée

    Que le vent du matin vient glacer à mon front.

    Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée

    Rêve des chers instants qui la délasseront.

    Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête

    Toute sonore encor de vos derniers baisers,

    Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête.

    Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

     

    Il pleure dans mon coeur

    Il pleure dans mon coeur

    Comme il pleut sur la ville,

    Quelle est cette langueur

    Qui pénètre mon coeur ?

    Ô bruit doux de la pluie

    Par terre et sur les toits !

    Pour un coeur qui s'ennuie,

    Ô le chant de la pluie !

    Il pleure sans raison

    Dans ce coeur qui s'écoeure.

    Quoi ? nulle trahison ?...

    Ce deuil est sans raison.

    C'est bien la pire peine

    De ne savoir pourquoi

    Sans amour et sans haine

    Mon coeur a tant de peine !

     

    Clair de lune

    Votre âme est un paysage choisi

    Que vont charmant masques et bergamasques

    Jouant du luth et dansant et quasi

    Tristes sous leurs déguisements fantasques.

    Tout en chantant sur le mode mineur

    L'amour vainqueur et la vie opportune

    Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur

    Et leur chanson se mêle au clair de lune,

    Au calme clair de lune triste et beau,

    Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres

    Et sangloter d'extase les jets d'eau,

    Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.

     

    Colloque sentimental

    Dans le vieux parc solitaire et glacé

    Deux formes ont tout à l'heure passé.

    Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,

    Et l'on entend à peine leurs paroles.

    Dans le vieux parc solitaire et glacé

    Deux spectres ont évoqué le passé.

     Te souvient-il de notre extase ancienne?

     Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

    Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?

     Toujours vois-tu mon âme en rêve?  Non.

    Ah ! les beaux jours de bonheur indicible

    Où nous joignions nos bouches !  C'est possible.

     Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !

     L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

    Tels ils marchaient dans les avoines folles,

    Et la nuit seule entendit leurs paroles.

     

    Spleen

    Les roses étaient toutes rouges,

    Et les lierres étaient tout noirs.

    Chère, pour peu que tu te bouges,

    Renaissent tous mes désespoirs.

    Le ciel était trop bleu, trop tendre

    La mer trop verte et l'air trop doux.

    Je crains toujours,  ce qu'est d'attendre!

    Quelque fuite atroce de vous.

    Du houx à la feuille vernie

    Et du luisant buis je suis las,

    Et de la campagne infinie

    Et de tout, fors de vous, hélas !

     

    Nevermore

    Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L’automne

    Faisait voler la grive à travers l’air atone,

    Et le soleil dardait un rayon monotone

    Sur le bois jaunissant où la bise détonne.

     

    Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,

    Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.

    Soudain, tournant vers moi son regard émouvant :

    « Quel fut ton plus beau jour ? » fit sa voix d’or vivant,

     

    Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.

    Un sourire discret lui donna la réplique,

    Et je baisais sa main blanche, dévôtement.

     

     Ah ! les premières fleurs, qu’elles sont parfumées !

    Et qu’il bruit avec un murmure charmant

    Le premier oui qui sort de lèvres bien-aimées !

     

     (1) Chanson d'automne a été publié par diverses maisons d'édition, des plus connues aux plus anonymes. J'ai récemment lu ce poème dans une édition supposée regrouper les plus grands poèmes classiques tout auteurs confondus et à ma grande désolation celui ci était tronqué. Je précise donc ce fait :

    On doit bien lire : ... blessent mon coeur d'une langueur monotone et non : ... bercent mon coeur d'une langueur monotone.

     

     

  • La conquête de Plassans d'Emile Zola

    Le 04/08/2010 à 23:28Commentaires (0)Ajouter un commentaire

    La conquête de Plassans

    Avec ce quatrième opus Emile Zola va nous dépeindre un monde d'illusion. Le premier ouvrage se situait en province, à Plassans, les deux suivants à Paris où des membres de la famille "sévissent". Ce nouvel ouvrage nous ramène dans le petit village du début. Avec la conquête Zola va nous présenter le visage des faux-semblants, de l'hypocrisie et des manigances suaves et mielleuses des imbus de pouvoir et d'argent. Tout le monde sera concerné, jusqu'à l'abbé envoyé de Paris pour s'intégrer et être utilisé par Félicité. On y retrouve l'ambition poussée à son paroxysme, les dépravations immorales. Ici tout le monde s'épie, s'observe, s'écoute. Aucun n'est blanc tous ont les mêmes objectifs et les mêmes travers. Jusqu'à l'abbé misogyne qui va utiliser les femmes qu'il hait pour parvenir à ses fins et tenter de devenir évèque ce dont il rêve. Dénonciation de l'ambition de ceux qui ont toujours vécu sans le sou et parviennent en haut de l'échelle grâce au coup d'état. A notre époque on appellerait çà des parvenus.. ce sont des opportunistes tout simplement qui vont se battre pour ne pas perdre leurs récents acquis. Ce quatrième volet des Rougon-Macquart prépare admirablement le suivant...

     

    La conquête de Plassans raconte l'histoire de Faujas, un abbé négligé sans le sou envoyé chez Mouret par l'abbé Bourrette. D'une ambition démesurée il a pour objectif de prendre le pouvoir de la petite ville dans laquelle il s'installe et de tout diriger grâce à son ministère. Mal froqué, il manque de coquetterie, ce dont il se moque éperdument. Mais les dévôtes voient d'un mauvais oeil cet air sale et négligé qu'il affiche. Doté d'une forte aversion pour les femmes Faujas n'en a cure mais s'aperçoit très vite que s'il veut réaliser son rêve il va devoir compter avec elles et se plie aux exigences de cette société qu'il a en aversion. Très engagé politique ce Bonapartiste se fait lentement accepter dans les salons les plus prestigieux et devient proche de Félicité, qui compte bien se servir de lui. Hélas son passé de traine savates le rattrapera, il s'entourera de mécréants trop gourmands comme lui. Criant victoire trop tôt Faujas tournera le dos des "dames" qu'il a fait semblant d'apprécier et disgracié par elles perdra tout le bénéfice de ses efforts. Un livre haut en couleurs où tous les pires défauts humains sont représentés avec une éclatante réalité. Les opportunistes se taillent la part du lion dans ces joutes sociales et dans cette course effrénée au pouvoir et à l'avoir...

  • Les chevaux d'Achille de K.Kavafy

    Le 04/08/2010 à 16:57poésiesCommentaires (0)Ajouter un commentaire

    Amour et tendresse...

    LES CHEVAUX D'ACHILLE

     

    A la vue de Patrocle sans vie,

    lui, si vaillant, si vigoureux, si jeune,

    les chevaux d’Achille se mirent à pleurer,

    leur nature immortelle se révoltait

    devant ce spectacle de la mort.

    Ils remuaient leurs longues crinières,

    secouaient leurs têtes, battaient la terre,

    ils se lamentaient sur Patrocle, à présent sans âme,

    ravagé, un rebut de chair sans vie ,

    son esprit disparu,  sans défense,  sans souffle,  

    rendu de la vie au grand Rien.

    Zeus, voyant ses chevaux immortels en larmes, fut touché.

    “Aux noces de Pylée” dit-il,

    “Je ne devais pas me laisser à mon impulsion,

    on n’aurait pas dû vous donner, mes pauvres chevaux.

    Votre place n’était point parmi les humains,

    ces pitoyables jouets du destin.

    Vous, que ni la mort, ni la vieillesse n’atteignent

    vous êtes en train de souffrir de misères temporelles,

    participant aux malheurs des hommes”. 

    Pourtant, les deux nobles bêtes, versaient toujours leurs larmes

    devant l’indicible désastre de la mort.

    av. 1911 – 20

     

    K. Kavafy

    ( d'après l'Illiade d'homère )

     

     

  • Le ventre de Paris d'Emile Zola

    Le 03/08/2010 à 22:04OeuvresCommentaires (0)Ajouter un commentaire

     

    Le ventre de Paris

    Le ventre de Paris est le troisième de la fresque des Rougon-Macquart et le plus mal connu. Je m'explique, son titre et son auteur ne sont pas étrangers et ce, pour personne mais que l'on demande à l'un ou l'autre de quoi parle cet ouvrage et l'on va immanquablement se retrouver avec une description de ce gigantesque marché où l'on trouve de tout, des fleurs les plus simples telle la violette en passant par les étals de viande, les poissonneries, les divers fromages et toutes sortes de légumes. On se souvient de l'heure très matinale de l'installation, de la difficulté d'y apporter ses primeurs, des odeurs variées qui embaument ou dégoûtent. On y retient la sensation de mangeailles, de ripailles et de gras repas en perspective. Ce roman avait été presque méprisé lors de sa sortie, y compris par les contemporains de Zola dont Goncourt qui regardait le jeune-homme malingre qu'il était à l'époque d'un air désolé. On ne prêtait pas attention au message contenu dans l'ouvrage. Y prête t-on plus attention désormais ? Rien n'est moins sûr... En réalité sous fond de Halles ( Zola avait décidé que puisque Victor Hugo pouvait utiliser Notre Dame de Paris comme "actrice" principale de son roman, lui pouvait bien utiliser les Halles de Paris... ) Zola va nous conter l'histoire d'une famille : les Quenu et nous montrer comment la faiblesse et la générosité peuvent vite se transformer en vice et en cupidité sitôt qu'un héritage se profile à l'horizon. Il va ainsi nous montrer le lent cheminement de la pensée humaine et des actes qui vont en découler uniquement par peur de manquer, par peur que l'autre ne "mange" au sens propre comme au figuré tout ce qu'ils ont réussi à construire.  Le ventre de Paris est la continuité directe de la Curée dont il reprend la trame, les nantis qui se baffrent et qu'on imagine gras et repus, vils et faussement humains... Une sensation réelle de ventre plein nous envahit tout le long du roman et le dégoût de ces gens malveillants, calculteurs et cupides nous donnent la nausée comme si nous avions trop mangé. Trop mangé de saleté, la leur, leur façon d'être et de vivre en étant convaincus qu'ils agissent pour le bien de tous...

     

    Le ventre de Paris c'est l'abondance de chair et de mets. La profusion de consommable, ces ménagères qui viennent faire leurs commissions pour les repas. Mais c'est aussi Florent le frère de Quenu, qui vient de s'échapper du bagne et qui affâmé par 3 jours de fuite, crève de faim lorsqu'il débarque chez son frère et sa belle-soeur Lisa. Il raconte sa faim, son errance. Il n'a pas changé, est resté le même qu'avant son emprisonnement et Quenu le reconnaissant partage les sentiments de son frère mais aussi ses rêves et ses ambitions. Lisa elle est outrée par les confidences de son beau-frère, confidences qu'il fait devant sa fille la petite Pauline. Elle est une femme douce et attentionnée, calme et maitresse de ses nerfs. Elle réfléchit et mène sa maison de main de maitre avec réserve et fermeté en même temps. Elle analyse toutes les situations et ne laisse jamais sa part au hasard ou aux aléas. Elle voit donc d'un mauvais oeil ce "gêneur" revenu de l'enfer. Lisa la sage va réussir à convaincre son faible époux que Florent est un danger pour leur bien être. Elle fera tant et si bien que Quenu persuadé que sa douce épouse sait tout gérer et se trompe rarement ouvre les yeux sur ce qu'il considère comme une vérité. Reste cette part d'héritage qu'il faut remettre à Florent puisque c'est son dû et Lisa insiste sur ce fait. Insensiblement, sans qu'elle en soit consciente elle même, en toute bonne foi pourrait-on dire va s'arranger pour faire disparaitre son beau-frère qu'elle renverra au bagne. Convaincue de bien agir puisqu'elle ira même jusqu'à consulter un prêtre pour la conseiller. Lisa dans cette quête de la tranquillité et de la quiètude fera ressortir le tempérament Macquart qui sommeille en elle.. Sa douceur et sa bonté prendront des allures monstrueuses lorsqu'elle réfléchira à la situation et arrivera à la conclusion que Florent ne peut pas rester avec eux sans les mettre en péril...

     

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