PRINCE ALPHA
C’est une histoire à raconter,
Au coin du feu, les soirs d’hiver,
Que ce loup qui se prit à aimer,
Une louve au cœur solitaire.
Quand leurs deux âmes se sont croisées,
Sans même qu’ils y prêtent attention
Leurs esprits se sont mélangés,
Venait de naître une passion.
Mais le destin traîtreusement,
Tenta des coups, des maléfices,
Et plaça insidieusement
De très grands trous, des précipices.
Sans y penser, comme par magie
Les écueils ils ont évité
Aidés par on ne sait quel esprit,
Ils ont enfin pu se trouver.
Une histoire vraie, un conte de fée,
Qui se raconte dans les chaumières
Pour prouver à l’humanité
Qu’un loup çà n’est pas sanguinaire.
Même si parfois, lors des ébats,
Lorsque leurs corps sont en émoi,
Au moment de l’ultime instant,
C’est une lutte presque un combat.
Là il est temps de les laisser
Avancer, construire leur avenir,
S’éloigner sur la pointe des pieds
Peut-être un jour pour revenir.
En attendant dans le grand bois,
Parfois même jusqu’au petit jour,
On entend le grand mâle alpha
Pousser ses hurlements d’amour.
Ecrit perso du 20 Mai 2007 ( dépôt légal )
Muriel Alexandre Langlet 2007-2010 - Tous droits réservés.
Propriété intellectuelle. Toute reproduction même partielle, toute copie, modification ou utilisation même à des fins privées est strictement interdite sans mon consentement écrit.
Conscience
Etre comme ce nuage qui avance lentement sous l'effet du vent déplaçant lui-même son ombre sur la terre tiède qu'inonde le soleil d'automne. Elle reste là à contempler le spectacle qui l'apaise toujours malgré les soubresauts de son âme abîmée, et toutes ces questions qui l'ont assaillies sans cesse tout au long de ces dernières semaines. Elle qui pensait que seules les réponses pourraient alléger son fardeau venait de prendre conscience qu'il n'en était rien. Bien au contraire, elles la laissaient encore plus désemparée puisque désormais elle savait qu'elle n'avait aucun moyen de lutter ou de continuer à nourrir le moindre espoir. Une fois acceptée, la réalité, qui l'avait rattrapée lui avait fait abandonner ses rêves et le vide que cela avait produit ne trouvait aucune compensation. La reconstruction obligatoire qui l'attendait ne semblait pas la toucher et elle laissait les évènements se dérouler presque sans elle, faisant à peine acte de présence dans les moments où les autres avaient besoin d'elle. Tout au long de la nuit elle remettait en question sa vie passée. Où avait-elle raté l'élément important? Avait-elle vraiment compris le sens de la vie elle-même ? Ou bien n'avait-elle fait que se tromper des années durant ? Depuis toujours ? Cette impression de ne jamais être en phase avec l'ensemble de l'humanité lui donnait une amertume qu'elle ne parvenait pas à combattre, en parler autour d'elle il y a longtemps qu'elle avait cessé. Les réponses qu'on lui faisait ne la satisfaisaient en aucune façon, une vision de la vie trop différente, trop éloignée de ses valeurs personnelles. Faisant trop abstraction de sa sensibilité à fleur de peau. Pourquoi faut-il que les réciprocités soient aussi décalées ? Elle avait connu des moments inoubliables tout au long de sa vie mais rien de comparable. Là, sans crier gare, tout s'était éclairé, elle n'avait pas réalisé ce qui lui arrivait et surtout ne s'était pas suffisamment remise en cause. Prenant tout pour acquis alors qu'avec le recul elle avait bien compris qu'elle seule avait nourri des sentiments puissants, trop forts pour qu'elle puisse résister à l'aveu de l'absence en face. Ses mots s'étaient tus, ses doigts ne pouvaient plus écrire, son coeur ne battait plus que pour faire circuler le sang dans ses veines. Les décisions qu'elle prenait n'avait aucun sens, étaient fréquemment irréfléchies et un temps retard dans les réactions avait gelé le temps... L'été avait passé, elle ne savait même plus le temps qu'il avait fait ni depuis quand elle restait là, à songer au temps d'avant… Il lui semblait qu'elle avait laissé son cerveau créer quelque chose qui n'avait jamais existé, qu'elle avait dû s'endormir et ne se réveiller que maintenant où la solitude morale l'avait trouvée. Que faisait-elle là ? A regarder le paysage et ce fichu nuage qui avançait et lui apportait des réponses qu'elle aurait préféré ignorer ? Les arbres commençaient à se parer de leurs chaudes couleurs, les feuilles qui tombaient chaque jour un peu plus lui rappelaient que l'hiver serait vite là avec ses courtes journées et ses longues soirées qui n'en finissent pas. Dans l'âtre déjà, le feu réchauffe ses murs à défaut de son coeur, glacé par le manque de l'autre, fruit de son imagination désormais. Ces réflexes de gestes ou d'envie de dire, de partager se faisaient de plus en plus rares. Elle était comme une maison vide qui se recouvre de la poussière du temps qui passe. Des bribes de traces de vie ancienne, des flashs dans son esprit qui lui rappelaient qu'un jour elle avait aimé, des objets soigneusement rangés comme des reliques sacrées qui lui témoignent qu'elle aussi avait été aimée... avant... à moins que çà ne soit aussi l'expression d'un de ses délires, d'une autre de ses erreurs ? D'une invention de ses rêves de petite-fille qui ne se sont pas réalisés et qu'elle aurait créés? Imaginés de toute pièce... Au fond de son coeur le doute envahit le moindre interstice laissé vacant et s'amuse à remettre en cause les fondements même de sa vie, son utilité au sein d'une communauté auprès de laquelle elle ne se reconnaît pas. Et les nuages se succèdent, laissant chacun leur ombre sur leur sol recouvert de feuilles colorées par la saison, comme pour l'inviter au retour,, comme pour lui dire qu'après l'hiver viendra le printemps et son renouveau, qu'ainsi va la vie et qu'il en est de même pour tous. La fraîcheur de la fin de journée lui fit reprendre contact avec la réalité et elle ferma la fenêtre juste au moment où le premier éclair zébra le ciel qui s'était brusquement assombri.
Ecrit le 21 Septembre 2009 (Dépôt légal)
Muriel Langlet.2009 - Tous droits réservés.
Propriété intellectuelle. Toute reproduction même partielle, toute copie, modification ou utilisation même à des fins privées est strictement interdite sans mon consentement écrit.
Les mois se suivent, et ne se ressemblent pas et c'est heureux qu'il en soit ainsi... Au fil du temps qui passe et dont on n'a conscience qu'après coup, on engrange une foule d'expériences qui, quelles qu'elles soient, nous sont profitables, pour éviter les ecueils identiques, qui se présentent et que l'on reconnait, ou pour en négocier de nouveaux, que nous devons étudier, souvent un certain temps avant de les aborder pour les franchir aisément. Le plus aisément possible en tous cas... Il y a de cela quelques mois, certains me semblaient l'himalaya, j'ai compris depuis que chacun n'est qu'un infime caillou, ils sont plusieurs collés les uns aux autres et c'est individuellement qu'il faut les égrenner pour en venir à bout. Il en est de même des objectifs, des projets, des rêves aussi... Ils changent, évoluent, se modifient au hasard des évènements qui se présentent. On les adapte au comportement de notre entourage, pour finalement prendre conscience qu'ils sont nôtres à part entière, et ne meurent pas même si d'autres choses s'éteignent et disparaissent... C'est la force de penser, la force d'avancer qui nous stimule et nous donne un autre regard, une autre façon de réagir et d'agir. Cette conscience qui est notre moi profond, ensoleille les recoins que l'on croyait trop sombres, illumine notre vie de nouveaux idéaux, ou de nouvelles perspectives alors même que celles en cours ne sont pas encore atteintes, bien que l'on sache l'issue à l'avance. L'intuition est un élément fondamental dans la progression, elle est là en nous, nous guide et nous envoie des signaux que nous percevons immédiatement mais ne comprenons et ne pouvons analyser, bien souvent, que beaucoup plus tard à la lumière d'un futur devenu passé... La conviction que le cheminement qui s'est enclanché est le bon puisque l'on a senti longtemps avant que c'est ainsi que cela se produirait, que cela avancerait, éclairé par le savoir, le ressenti qui a été présent et très fort pour en faire une certitude.. Philosophie intérieure, analyse personnelle et laissé glisser de quelques pensées éparses, qui ne s'entrechoquent pas, mais se complètent... Bientôt un témoignage, celui du cheminement d'une volonté sans faille, d'un vouloir absolu, que rien n'a su entamer ou diminuer pas même la plus belle chose au monde, pas même le risque de sa perte annoncée. La force de la conviction que l'on doit faire pour soi ce qui est bon, uniquement pour soi, pour que jamais aucun regret, quand la fin sera proche, ne vienne entacher une vie bien remplie et dont il reste encore tant de pages à écrire... Peut-être un idéalisme total, dont l'écho n'est pas revenu dans son intégralité, marquant des blancs troublants, des vides trop grands à combler ou bien est-ce là encore la volonté de croire que c'est ainsi que çà doit être et donc ainsi que cela sera ? J'ai déjà eu à maintes reprises ces questions fondamentales qui se sont présentées. Elles ne me restent pas à l'esprit parce que justement aujourd'hui j'ai compris une chose essentielle : j'ai une force de caractère hors du commun, j'encaisse en peu de temps ce que d'aucuns mettent des années à digérer. Est-ce une nature ? ou plutôt une façon de s'être aguerrie ? Sans doute un peu des deux je pense... Parfois çà peut sembler effrayant, inquiètant. Comme si les évènements ne faisaient que m'effleurer, juste du bout de l'âme, juste un tout petit peu.. Et aussitôt est mis en évidence l'aspect positif, le bon côté car quelques soient les drames ou les joies que nous vivons il y a toujours deux facettes opposées; la noire et la blanche, la claire et la sombre, la bonne et la mauvaise... Il suffit de gérer le négatif en premier et il reste beaucoup de temps pour prendre en compte tout le côté positif de tout moment de la vie... C'est la vie, elle est ainsi faite, cette force qui se dégage apporte aussi autour de soi, l'on recherche notre compagnie principalement pour ce trait de caractère... Quelques phrases reçues ces quelques derniers jours ont pris un sens différent, sont devenues évidentes... Ne pas être comme tout le monde n'est pas toujours péjoratif, tout dépend de l'interprétation que l'on en fait. Je ne l'avais jamais perçu sous cet angle... A l'aube d'un demain qui va être tout ou rien... La dernière chance en quelque sorte, dernière tentative, puisque dame nature n'acceptera pas plus qu'elle n'a déjà bien voulu supporter, mais toujours la force et la conviction d'avoir fait le bon choix...
Pensées intimes le 29 Juin 2010
♥ Marlène ma fille et Jimmy ♥
Ce matin mon horoscope m'annonçait une bonne surprise en fin de journée. Je lis çà d'un oeil sans y croire plus que çà, comme tout le monde plus par habitude qu'autre chose. Et pourtant... Il y a un peu plus d'une heure, alors que je prépare l'article sur Emile Zola, le mp3 sur les oreilles, les chiennes sont agitées et vont de bas en haut.. Puis la plus jeune Victoria, qui doit trouver mon immobilisme agaçant vient me donner des coups de tête en aboyant violemment. Cà n'est pas dans ses habitudes alors je retire le casque et me décide à aller voir ce qui cloche.. A la porte-fenêtre Jimmy mon gendre tente de voir si je suis là.. Ma fille est montée de Valras avec sa petite famille !!!! Je n'étais pas au courant, et c'est une super surprise.. Dans la semaine mon autre fille va venir aussi avec les siens... Des années que çà n'est pas arrivé, ici, là où elles ont grandi... Beaucoup d'émotions positives. Ils restent une semaine entière tous les quatre. Semaine qui va être bien remplie... Ils logent à Reims chez un cousin mais vont être là souvent...Je mets quelques photos, j'en mettrai d'autres plus tard, de ce séjour...
♥ Emma à gauche, et Lucas à droite mes petits-enfants ♥
QUE DU BONHEUR !!!
quelques photos à la suite...
Une foule d'émotions et de sentiments se bousculent, de moments de joie en moments de désespoir. De ceux où le laisser aller domine à ceux où l'énergie déborde de toutes parts... Tantôt rien ne sort et le papier reste vierge, sans forcer, inutile de vouloir les extirper, çà n'est pas le bon instant, pas encore, pas tout de suite... Soudain, sans y prendre garde, le papier est là et le stylo de lui même enchaine à une vitesse impressionnante les idées qui sortent à un débit vertigineux, les phrases se mettent alors en place toutes seules, sans aucun effort, nul besoin d'avoir conscience de ce qui se profile, nul besoin de rectifier ou modifier quoi que ce soit... çà coule comme un torrent limpide et çà se construit sans douleur... Rien ne peut laisser présager quel sujet sera dominant, sortie d'une période de doutes intenses et le texte pourra être très noir comme il pourra rayonner de mille feux braqués vers l'espoir et l'avenir... Souvent, toutefois il y a un rapport avec le vécu, pas forcément récent... Tout dépend du temps de rétention... Les émotions négatives, les chagrins, les douleurs sont les plus difficiles à exprimer et mettent souvent un temps retard dans l'expression pour s'exorciser quand le soleil brille de nouveau... Curieuse étude que cette auto-analyse de l'expression. Les dates systématiquement indiquées en sont la meilleure référence... Combien de temps après un évènement ? aucune relation d'un vécu à l'autre... Une joie, un bonheur verra son expression presque instantanément, voire au moment même où cela se produit... A l'intérieur c'est l'explosion et le portable et son bloc-notes deviennent très précieux pour ne rien perdre de ce qu'il est nécessaire de conserver. C'est un besoin bien plus qu'un travail... Comme une force vitale qui a besoin de sortir tout autant que la lave sort du volcan au moment de l'éruption... On imagine souvent un effort laborieux, des ratures, des rectifications de toutes sortes.. de longues heures pour rédiger un texte, parfois même des reprises et de nombreuses remises en question mais en réalité il n'en est rien.. la plupart des nouvelles courtes prennent à peine dix minutes tant le flot est intense. Les textes, pour les plus longs n'ont jamais été sur plus d'une semaine... Je parle bien entendu de création pas d'execution pour une autre personne qui demande une appropriation et une plongée dans le vécu de quelqu'un d'autre. Tout aussi passionnant, plutôt vécu du côté "travail" que du côté "thérapie" perso cependant... Pas la même approche, pas la même façon de réaliser l'écrit. Plus reposant d'une certaine façon tout en étant moins purgatif.. Pas simple à expliquer ce qu'est la maladie de l'écriture... Est-ce pour transmettre quelque chose à autrui ? Que nenni ! même pas... Juste le besoin d'exprimer à huis clos comme çà tout de suite, de manière impérieuse presque vitale une tranche de vie, un moment ou une fiction sortie de l'imaginaire... Une idée qui germe et sur laquelle va se greffer toutes sortes de situations dont certaines seront issues du vécu du rédacteur... La rédaction d'un livre est plus complexe, naît d'abord l'idée, puis l'atmosphère qui se construit, il faut à ce stade construire une trame avec les personnages, les lieux et les grands évènements pour ne pas construire quelque chose de fouillis ou d'ingeste par trop de répétitions qui ne manqueraient pas de se produire sans cette mise en place préalable. Ce guide de la pensée. Ce travail effectué avec soin permettra ensuite d'écrire à "l'instinct" de la même manière qu'on écrit les nouvelles en procédant par chapitres et en laissant germer les idées nouvelles au fur et à mesure que l'ouvrage avance et selon que l'on soit satisfait du résultat, si la tonalité que l'on veut transmettre est présente... Il est inutile de préciser que l'on ne rédige pas un courrier administratif de cette façon là... Là il est question de rigueur, et l'on établit un courrier qui doit être clair et concis et dont toute émotion doit être parfaitement absente...
Pensée et expression de l'expression écrite justement, la plus noble..Je crée personnellement avec une feuille et un stylo ou n'importe où avec mon portable à qui je confie une foule de petites choses qui naissent en des lieux parfois incongrus. Quand çà me prend. Les poésies sont presque toutes construites ainsi...
En illustration deux dessins de Luis Royo, mon artiste préféré.
Oeuvres sous copyright et protégées par les droits d'auteurs.
Le Bateau Ivre.
Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs:
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.
Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.
La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots!
Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend;
Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour!
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants: je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir!
J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets!
J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs!
J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs!
J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux!
J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan!
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et des lointains vers les gouffres cataractant!
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises!
Echouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums!
J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.
Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux.
Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons!
Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau;
Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur;
Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs;
Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets!
J'ai vu des archipels sidéraux! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur:
Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur?
Mais, vrai, j'ai trop pleuré! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer:
L'Acre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
O que ma quille éclate! O que j'aille à la mer!
Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.
Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.
Arthur Rimbaud
( 1854 - 1891 )
FUSION
Brusquement dérangée, une alouette s'éleva comme semblant sortie de nulle part, avec force cris de mécontentement, la faisant sursauter, bondissant sur le côté. Les membres encore tremblants, elle se mit à rire d'elle-même...Elle allait par les chemins, souvent ainsi, s'oxygéner et profiter du temps clément de ce début de printemps, observait la nature, qui, sans cesse l'émerveillait par son éternel recommencement. Là s'y trouvait l'apaisement, la quiètude auxquels elle aspirait, y trouvant même fréquemment l'inspiration pour ses écrits. C'était un moment unique pour laisser vagabonder son esprit et l'emplir de nouvelles sensations qui ressortiraient tôt ou tard dans un flot ininterrompu de mots qu'elle coucherait sur le papier, sa main ayant tout juste le temps de suivre le débit imposé par son cerveau en ébullition. Elle aimait par dessus tout ces périodes prolifiques où les phrases se construisent d'elles même et la stupeur qui était la sienne parfois, à la relecture, lorsque vidée de ses envies, elle en percevait le sens; elle apprenait alors beaucoup sur elle même et sur le retentissement qu'avaient sur elle les évènements de sa propre vie. Un curieux mélange se faisait entre les faits de nature vécus lors de ses dernières sorties et d'autres aspects de sa vie qui en était pourtant fort éloignés en apparence... Elle avait appris à gérer ces introspections bénéfiques qui lui faisaient voir les choses sous un nouveau jour, présentant les ombres invisibles et les mettant en lumière avec éclat et légèreté... LUI, le centre de ses préoccupations, éloigné et pourtant si proche, quand dans ses vagabondages littéraires elle croisait son âme jointe à la sienne, lui insufflant l'énergie et la remplissant du savoir du monde. Lui, absent, mais toujours là... Elle recevait ses vibrations, elle en était sûre, il ne pouvait en être autrement, sinon comment aurait-elle su ? Le fruit de son imagination, à lui seul, ne pouvait expliquer toutes ces coincidences, ces ressentis, ces émotions communes et ces savoirs partagés sans qu'ils ne se soient parlé en aucune façon depuis ce jour là, depuis cette fin d'après midi de Juin... Son âme sentait la communion quand celle de l'autre venait à sa rencontre, quand elle l'habitait d'un seul coup, lui révélant tout ce qu'elle ignorait ou qu'elle avait oublié. Un sentiment de bien être l'envahissait alors, lui faisant sentir la plénitude du bonheur retrouvé et lui rendant foi en l'avenir. A tort ou à raison elle cultivait le jardin du futur, sans projet précis, sans autre désir prononcé, que cette certitude qu'un jour les deux moitiés intimes se rejoindraient pour n'en former plus qu'une. Cela semblait pour elle d'une telle évidence pendant la fusion que jamais l'absence n'avait de prise, jamais le silence ne lui pesait. Il lui parlait et elle répondait, certaine qu'à l'autre bout la connection s'établissait. Elle redescendit le chemin par lequel elle était arrivée, la nuit commencait à tomber. Un sourire éclaira son visage lorsqu'à l'entrée du village elle l'aperçut. Il était là, semblant l'attendre depuis la nuit des temps. Il lui prit la main et c'est ensemble qu'ils ouvrirent la porte du lendemain...
Ecrit perso du 31/03/2010 (dépot légal : en cours )
Muriel Langlet.2010
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