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Paul Verlaine - Prince des poètes

 

Paul Verlaine est  né à Metz le 30 Mars 1844 et s'est éteint à Paris le 8 Janvier 1896 d'usure prématurée, probablement dûe à la consommation excessive d'absinthe qu'il appréciait particulièrement. Il est le précurseur des "poètes maudits". Il utilise les rythmes impairs et les assonances et sa façon de créer ses textes et poésies est unique et ne répond pas aux normes utilisées jusqu'à présent. Cela en fera un poète d'exception, tout en émotion, dépeignant les paysages en demi-teinte. Le maitre des clairs-obscurs. A la suite du décès de son père il s'installe avec sa mère à Paris où il fréquente les salons littéraires. En 1866 il participe au "Parnasse contemporain". Il y publie les "Poèmes saturniens"  qui comporte  "chanson d'Automne, dont quatre vers seront très connus puisque utilisés par radio Londres  : " Les sanglots longs des violons de l'automne.. " suivi de  : " Blessent mon coeur d'une langueur monotone." On sent l'influence qu'a sur lui un autre poète maudit : Baudelaire. Verlaine a des penchants contre lesquels il lutte avec acharnement et c'est ainsi qu'en 1870 il épouse Mathilde Mauté pour qui il vient de composer : "La bonne chanson". La France entre en guerre contre la Prusse et l'empire Allemand est proclamé à Versailles. Verlaine qui prend parti pour la Commune doit quitter Paris avec sa famille. A leur retour à Paris il fera une rencontre qui bouleversera sa vie. Il révélera ses penchants homosexuels et s'enfuiera avec son amant : Arthur Rimbaud. Cet amour le rendra prolifique et il écrira presque tout le recueil des "Romances sans paroles" pendant sa fuite amoureuse. En 1873 à la suite d'une dispute il tire sur Rimbaud avec un révolver et le blesse à la main. Celui ci apeuré se rend à la police et porte plainte. Verlaine sera emprisonné deux ans, jugement très sévère quand on sait que Rimbaud a immédiatement retiré sa plainte... En cellule il écrira deux recueils : "Cellulairement" et "sagesse" qui ne seront jamais publiés mais dont les écrits serviront pour d'autres oeuvres qu'il créera par la suite : "Jadis et naguère" et "Parallèlement". En 1883 il se fera connaitre en publiant dans "Lutèce" une première partie des poètes maudits dont font partie Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé et Tristan Corbières. En 1887 alors qu'il est de plus en plus connu il sombre dans la misère noire. Les recettes de ses ventes ne lui fournissent que le souper et sa situation se détériore tant et si bien qu'il passe beaucoup de temps à l'hopital. En 1894 il connait enfin la consécration en étant sacré "Prince des poètes" et on lui attribue une pension de subsistance. Paul Verlaine très fougueux aura connu la prison très vite remplacé par l'hopital. Il consacrera deux ouvrages à ces deux endroits : "Mes prisons" et "Mes hopitaux", poésies en prose qui valent le détour.

 

Paul Verlaine

Paul Verlaine (1844-1896)

Cet auteur est à mon sens le meilleur poète qu'il nous soit donné de lire tant l'émotion transparait dans chacun de ses textes, l'auto-biographie y est toujours latente, et sa sensibilité y est sublimée. La fougue qu'il manifeste dans la vie de tous les jours laissant la place à l'âme de l'homme qu'il est. Rimbaud aura une influence prépondérante sur la couleur des écrits et sur leur intensité.

Comme suite logique quelques oeuvres choisies, souvent très connues parce qu'il est plus facile de présenter quelqu'un de cette façon, dans un premier temps, pour continuer plus tard sur des oeuvres plus méconnues mais tout aussi merveilleuses si ce n'est plus pour certaines...

 

Chanson d'automne (1)

Les sanglots longs

Des violons

De l'automne

Blessent mon coeur

D'une langueur

Monotone.

Tout suffocant

Et blême, quand

Sonne l'heure,

Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure

Et je m'en vais

Au vent mauvais

Qui m'emporte

Deçà, delà,

Pareil à la

Feuille morte.

 

A Madame X...

En lui envoyant une pensée

Au temps où vous m'aimiez (bien sûr ?),

Vous m'envoyâtes, fraîche éclose,

Une chère petite rose,

Frais emblème, message pur.

Elle disait en son langage

Les "serments du premier amour",

Votre coeur à moi pour toujours

Et toutes les choses d'usage.

Trois ans sont passés. Nous voilà !

Mais moi j'ai gardé la mémoire

De votre rose, et c'est ma gloire

De penser encore à cela.

Hélas ! si j'ai la souvenance,

Je n'ai plus la fleur, ni le coeur !

Elle est aux quatre vents, la fleur.

Le coeur ? mais, voici que j'y pense,

Fut-il mien jamais ? entre nous ?

Moi, le mien bat toujours de même,

Il est toujours simple. Un emblème

A mon tour. Dites, voulez-vous

Que, tout pesé, je vous envoie,

Triste sélam, mais c'est ainsi,

Cette pauvre négresse-ci ?

Elle n'est pas couleur de joie,

Mais elle est couleur de mon coeur.

Je l'ai cueillie à quelque fente

Du pavé captif que j'arpente

En ce lieu de juste douleur.

A-t-elle besoin d'autres preuves ?

Acceptez-la pour le plaisir.

J'ai tant fait que de la cueillir,

Et c'est presque une fleur des veuves.

 

Mon rêve familier 

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,

Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur transparent

Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l'ignore.

Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore,

Comme ceux des aimés que la vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

 

Green

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches

Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.

Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches

Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée

Que le vent du matin vient glacer à mon front.

Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée

Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête

Toute sonore encor de vos derniers baisers,

Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête.

Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

 

Il pleure dans mon coeur

Il pleure dans mon coeur

Comme il pleut sur la ville,

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie

Par terre et sur les toits !

Pour un coeur qui s'ennuie,

Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison

Dans ce coeur qui s'écoeure.

Quoi ? nulle trahison ?...

Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi

Sans amour et sans haine

Mon coeur a tant de peine !

 

Clair de lune

Votre âme est un paysage choisi

Que vont charmant masques et bergamasques

Jouant du luth et dansant et quasi

Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur

L'amour vainqueur et la vie opportune

Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur

Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,

Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres

Et sangloter d'extase les jets d'eau,

Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.

 

Colloque sentimental

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,

Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux spectres ont évoqué le passé.

 Te souvient-il de notre extase ancienne?

 Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?

 Toujours vois-tu mon âme en rêve?  Non.

Ah ! les beaux jours de bonheur indicible

Où nous joignions nos bouches !  C'est possible.

 Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !

 L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,

Et la nuit seule entendit leurs paroles.

 

Spleen

Les roses étaient toutes rouges,

Et les lierres étaient tout noirs.

Chère, pour peu que tu te bouges,

Renaissent tous mes désespoirs.

Le ciel était trop bleu, trop tendre

La mer trop verte et l'air trop doux.

Je crains toujours,  ce qu'est d'attendre!

Quelque fuite atroce de vous.

Du houx à la feuille vernie

Et du luisant buis je suis las,

Et de la campagne infinie

Et de tout, fors de vous, hélas !

 

Nevermore

Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L’automne

Faisait voler la grive à travers l’air atone,

Et le soleil dardait un rayon monotone

Sur le bois jaunissant où la bise détonne.

 

Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,

Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.

Soudain, tournant vers moi son regard émouvant :

« Quel fut ton plus beau jour ? » fit sa voix d’or vivant,

 

Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.

Un sourire discret lui donna la réplique,

Et je baisais sa main blanche, dévôtement.

 

 Ah ! les premières fleurs, qu’elles sont parfumées !

Et qu’il bruit avec un murmure charmant

Le premier oui qui sort de lèvres bien-aimées !

 

 (1) Chanson d'automne a été publié par diverses maisons d'édition, des plus connues aux plus anonymes. J'ai récemment lu ce poème dans une édition supposée regrouper les plus grands poèmes classiques tout auteurs confondus et à ma grande désolation celui ci était tronqué. Je précise donc ce fait :

On doit bien lire : ... blessent mon coeur d'une langueur monotone et non : ... bercent mon coeur d'une langueur monotone.

 

 

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