douleur

Si la vie nous était contée...

roses de l'amitié

On la traverse de mille manières, chacun à sa façon, selon ses convictions ou ses envies du moment. Du moins c'est ce que nous faisons quand nous avons les choix qui se présentent, sans même y penser, sans être conscients de la chance insolente que nous avons de pouvoir manger, boire, dormir, marcher, courir, chanter, respirer... Vivre tout simplement. A mon amie, pour qui la vie ne rend rien facile et qui voit son état s'aggraver de jours en jours. Elle, garde le moral, nous assène des fous rires d'entologie en nous contant sobrement son ressenti journalier. Ce matin l'oeil tombe, la lèvre pend. Paralysie faciale frigore Cà prend près de deux heures pour que tout se remette. Tout ? En un an est apparu ce fauteuil roulant, indispensable puisqu'elle ne peut plus marcher. Que la médecine, molle et tatillonne ne trouve pas de remède, qu'elle ne supporte aucune médication. Jusqu'où tout cela va t-il aller ? Existe t-il un espoir de guérison quand on a une fibromyalgie stade lourd ? Que l'hémiplégie gagne du terrain et que les douleurs sont journalières et constantes ? Un mot couché ici, un hurlement devrais-je dire. Pour quelque chose qui me touche beaucoup parce que je suis impuissante, regardant, écoutant, sans rien pouvoir faire que participer à ses délires qui lui font oublier le quotidien devenu lourd à supporter... Une pensée pour toi en cultivant l'espoir... Une manière de conjurer le sort qui s'acharne sur une personne hors du commun, drôle, gentille, douce et sympa... A son compagnon, présent, attentif, prévenant, qui doit lui aussi avoir de bien tristes moments à voir celle qu'il aime subir une vie qui ne leur correspond pas. Quelques fleurs virtuelles pour une présence bien réelle...

 

 

 

Antonin Artaud ou la Force de vie

Antonin Artaud

 

Qui suis-je?

d'où je viens?

je suis Antonin Artaud

Et que je le dise

comme je sais le dire

immédiatement

vous verrez mon corps actuel

voler en éclats

et se ramasser

sous dix mille aspects

notoires

un corps neuf

où vous ne pourrez

plus jamais

m'oublier.

Antonin Artaud (1896-1948)

Conscience de son moi profond

C'est un jeune homme qui arrive à Paris. Son désir avoué : devenir poète. Il entend par poète être un artiste complet. Très doué pour le dessin et la peinture il s'interesse également au théatre. Il mêlera intimement tous ces arts pour en faire une littérature hors du commun. Déchirante, passionnante, envôutante...

Il se mettra donc à écrire des poèmes mais verra ses oeuvres refusées par les éditeurs. Il insiste, persuadé qu'il est vital pour lui que ses oeuvres soient mises à disposition de tous. Il dira comme argument à Rivière, à qui il écrira de nombreuses correspondances :

" Je suis témoin, je suis le seul témoin de moi-même. " " Je me connais, et cela me suffit, et cela doit suffire, je me connais parce que je m’assiste, j’assiste Antonin Artaud. "

L’Ombilic des Limbes, Le Pèse-Nerfs, Fragments d’un Journal d’Enfer, peuvent être considérés comme les textes les plus denses et les plus fulgurants de leur époque, parce qu’ils sont les témoins de la difficulté à penser, de la douleur physique qui ne le quitte pas depuis qu'il a été réformé, avec tant de lucidité qu’il est peu de critiques qui aient pu s'approcher de l'essence même des oeuvres avec perspicacité. Ils sont la représentation de l'expression de Antonin Artaud lui même qui disait "quelque chose de furtif qui m’enlève les mots que j’ai trouvés, qui diminue ma tension mentale, qui détruit au fur et à mesure dans sa substance la masse de ma pensée... ". il s'y définira ainsi, montrant qu'il écrit avec tous les sens de son être " Je suis homme par mes mains et mes pieds, mon ventre, mon cœur de viande, mon estomac dont les nœuds me rejoignent à la putréfaction de la vie. "

L'oeuvre d'Antonin Artaud est une biographie permanente. Les quelques rares à lui faire confiance et à apprécier ses écrits à leur juste valeur seront visionnaires et quelques années plus tard, bien après sa mort l'écrivain fut l'objet d'un véritable mouvement de mode.

André Breton dira :

" A jamais la jeunesse reconnaîtra pour sien cet oriflamme calciné. "

Il explosa littéralement et ces manifestations de passion furent variées mais se concentrèrent principalement sur les planches. Les oeuvres complètes de l'auteur furent publiées sous le titre : "Théatre et son double" Ceci explique sans doute cela.. Cette superbe dura environ une dizaine d'années mais ce qui est surprenant est que dans la majorité des cas quand le public se détourne d'un auteur il a tendance à oublier son adoration précédente et à renier totalement l'objet de son attirance. Pour Artaud il n'en fut rien. Les strass des premiers temps éteints, il restait tout de même ce respect et cette reconnaissance qui faisait définitivement de lui un grand écrivain..

Pour lire Artaud il faut garder à l'esprit cet attachement profond qu'il se vouait à lui même. Il considérait ses propres oeuvres et créations comme les meilleures et il est fort probable qu'il ne lisait aucun autre auteur.

Ses poèmes sont d'une excellence absolue. Il faut toutefois toujours garder un certain détachement en les lisant, et prendre garde de ne pas entrer dans le personnage. Sa folie réelle se trouve sur chaque mot, chaque phrase et au détours des pages que l'on tourne elle nous observe prête à nous envahir...

Il n'est qu'à se souvenir de quelle manière il les écrivait, à l'hopital psychiatrique où il était enfermé..

Plusieurs ouvrages en même temps, quelques lignes sur chaque au hasard de ses ressentis, de ses émotions. Le tout illustré de ses dessins. Un artiste complet, un peu dingue.. De là à penser que c'est justement ce qui fait de lui un auteur d'exception il n'y a qu'un pas...

Les Rougon-Macquart d'Emile Zola

Emile Zola

 

A la fin de l'année 1867 Emile Zola projette d'écrire une grande oeuvre familiale , largement inspiré par "la comédie humaine" de Balzac dont il termine la lecture. Très marqué par ses lectures il vient de terminer Thérèse Raquin, roman appuyé sur la théorie des quatre tempéraments présentée par Emile Deschanel dans "psychologie des écrivains et des artistes ou Essai de critique naturelle" paru chez Hachette en 1864, là où Zola travaille en qualité de chef de la publicité. Zola tente alors de faire des "écrits scientifiques" en appliquant au roman les bases analytiques proches de la chirurgie et de la logique mathématique. Il met en place cette analyse de la société dans laquelle il vit tant sur le plan humain que politique ou même géographique.. une bonne partie de sa propre histoire et de son expérience transparaitrons dans les ouvrages de cette fresque humaine : les Rougon-Macquart. Emile Zola est très organisé et la série de roman qu'il prépare fait l'objet d'une étude attentive et d'un "plan" qu'il suivra s'écartant très peu avant la parution, et supprimant très peu de passages qui ne seront jamais publiés... Nombre de notes sont conservées à la bibliothèque nationale. Pour la préparation de cette oeuvre, on y trouve, sans qu'il soit possible de déterminer dans quel ordre l'auteur les as utilisées : Une liste de livres dans ses réflexions liminaires, il a pris beaucoup de notes en particulier de Charles Letourneau ( physiologie des passions ) et surtout du Dr Lucas, auteur qui va avoir une importance prépondérante pour la génèse des Rougon-Macquart. Il commence par établir une liste de 10 romans, commençant par " roman initial, province" et c'est avec sa feuille de papier et sa plume qu'il réfléchit et monte son oeuvre, façon de travailler qui va devenir habituelle chez lui... Sur une autre note on trouve : " les différences entre Balzac et moi" puis des "notes générales sur la marche de l'oeuvre", "notes générales sur la nature de l'oeuvre". Là où la différence entre Zola et ses auteurs fétiches :Stendhal, les frères Goncourt, Balzac, Flaubert,... se fera la plus éclatante est que dans les Rougon-Macquart il n'écrira l'histoire que d'une seule famille. La théorie qu'a soutenu Zola et qui, personnellement, m'a le plus amusée est l'idée selon laquelle une femme serait toujours marquée par son premier amour à tel point que les enfants qu'elle aurait par la suite avec un autre homme présenteraient forcément les traits de caractère de l'amour perdu, tout autant moraux que physiques ( Nana dans l'assomoir ressemble à Lantier ( la bête humaine) le premier amant de sa mère). Le style très riche d'émile Zola, avec force détails et descriptions sous forme d'énumération, contenant des phrases très longues en font un auteur difficile à lire, non pas sur le plan littéraire où cette richesse est un atout mais sur le plan psychologique, car il est un auteur à  lire à tête reposée, en ayant conscience de chaque détours du livre. Chaque lecture nous apporte un plus culturel, tant sur le plan géographique, qu'historique. Lire Zola c'est se fondre dans le XIX ème siècle, c'est assister à l'arrivée de l'electricité, c'est aller laver son linge au lavoir, c'est descendre dans les mines ou batifoler dans le salon de nana, c'est visiter les grands magasins parisiens ou souffrir en même temps que la famille de coupeau... C'est prendre conscience de la différence de rémunération entre la capitale et la province. C'est comprendre le fossé des classes sociales mais aussi les efforts de charité des "nantis" et de la grogne salariale. Cette oeuvre est la mémoire du régime issu de Louis Napoléon Bonaparte..  Son oeuvre mise en place avec tant de soins que rien n'est laissé au hasard. On n'y trouve aucun anachronisme, ce qui est très rare chez les grands auteurs. Même chez ceux qui situent les faits à leur époque.. Je vais tenter de vous présenter chaque ouvrage dans l'ordre chronologique. La fresque se compose de : La fortune des Rougon - La curée - Le ventre de Paris - La conquête de Plassans - La faute de l'abbé Mouret - Son excellence Eugène Rougon - L'Assomoir - Une page d'amour - Nana - Pot-bouille - Au bonheur des dames - La joie de vivre - Germinal - L'Oeuvre - La terre - Le rêve - La bête humaine - L'Argent - La débâcle - Le docteur Pascal

Mon souhait serait de vous donner envie de lire cette fresque humaine qui contient 20 romans, en tentant d'y attirer les plus jeunes. J'ai bien sûr une raison à cela, la voici : Alors que je suis en 6ème, déjà très attirée par les lettres, avec des notes Français frisant l'indécence, entrée au collège... Tout est nouveau, les méthodes de travail diffèrent et... plusieurs personnes doivent s'occuper des jeunes : les professeurs ayant chacun leur matière ou parfois deux tout au plus. Me voilà donc avec UN professeur de français... J'ai du mal à accepter sa façon de prononcer atone, tout autant les dictées que les poèmes. Enfin bref il n'a pas la passion et je crois que 40 ans après j'en suis toujours aussi convaincue... Ce manque de passion va, à l'époque me faire passer à côté de quelqu'un de sublime : Emile Zola. Dès les premières leçons nous est servi : Germinal, je vais haïr cet ouvrage au delà de l'acceptable, à un point qu'il ne sera jamais ouvert à la maison, moi qui passe mon temps à lire les romans et contes de Voltaire et à éplucher toute l'oeuvre de Molière, je fais une "allergie" à Zola. Ce professeur avait oublié un élément essentiel : pour capter l'attention il faut tout autant parler de l'histoire que nous conte l'auteur que de la façon dont il nous la sert. Il me semble largement plus judicieux d'intéresser son jeune public, de lui donner des repères qu'il sera capable de comprendre et d'amener dans son univers. J'en veux à cet homme car je ne découvrirai cette fresque que 15 ans plus tard... Et longtemps après je sais que ce qu'il nous en a dit était débile et inutile... Il aurait suffit d'un peu de passion, d'un peu de bonne volonté... Je précise que si je me souviens bien de cet homme c'est bel et bien qu'il fut le seul à croiser ma route.. Tous les autres professeurs, quelque soit la matière qu'ils aient enseigné ont toujours su attirer mon attention et n'ont jamais déclenché de telles réactions négatives mais il fallait que ce soit dit...

Au delà du rêve

 

 

La belle et la bête de Luis Royo

 

Le soleil semble avoir laissé une empreinte de feu sur la terre sèche et de longues trainées  indiquent que l'été est déjà bien avancé sans qu'une seule goutte d'eau ne soit venue l'abreuver la libérant de son carcant aride. Eparses, quelques touffes résitantes ont survécu au fléau et attendent courageusement cette pluie divine qui les fera renaitre. Malgré la chaleur accablante, détestable, je décide de sortir, pour me promener, de par les champs et les vignes.. Elles ne souffent pas de la sècheresse, contrairement à la majorité des végétaux; bien au contraire cette dernière semble leur être profitable, décourageant les parasites à sortir de leur cachette, cautérisant les plaies laissées par d'aucun d'entre eux au printemps précédent. Il suffira que la pluie fasse son apparition au bon moment, faisant gonfler les raisins, les gorgeant d'un coup, tendant leur peau, hydradant leur pulpe. Pas trop cependant, pas trop longtemps non plus, pas trop près de la récolte pour que le degré ( taux de sucre ) ne soit trop bas, présage d'une année mémorable voire même d'un millésime. Les années de canicule étant propices à l'exception... Je m'en moque un peu désormais, enfin c'est ce que je prétends souvent, pour ne pas retomber dans la passion, celle de leur culture, celle qui fait aimer tout autant les jours de pluie, les jours d'hiver où il gèle fort, les jours de printemps où tombe le grésil, les jours où la vigne tout de rose et de vert vêtue s'étale en long rubans, magnifique à l'oeil... Ces moments où tout petits les raisins apparaissent, juste après que les bourgeons, de par leur forme nous aient indiqué quelle année se profile. Longs et pointus ils sont vides ou presque et les soins devront être très importants pour mener à l'automne le peu que la nature a décidé de produire. Rétrécis à leur base et s'étalant soudain en large carré, ils annoncent une année prolifique, où l'on peut espèrer sans être trop optimiste, un "trois" de haut voire un quatre même !!! par endroits. Le trois de haut, c'est tout simplement trois grappes sur un même pisse-vin. Année souvent chaude en tous points, chaude parce que les risques d'orage sont plus importants et avec eux les risques de gel au sol, ou gel de printemps, risques de grêle apportée par les orages aussi brusques que ravageurs.. Gel de printemps, suivant la période et l'état d'avancement de la pousse qui peut être soit destructeur si les contre-bourgeons sont sortis eux aussi ou simplement déstabilisants quand on doit attendre de voir si dame nature a comme souvent prévu la relève. Le gel est démoralisant, par la couleur tabac qu'il donne à la vigne au lendemain de son passage, effacant les magnifiques couleurs roses et vertes pour les remplacer par cette sécheresse qui ne tarde pas à tomber ramenant l'ensemble à un stade presque hivernal. Il n'a pas que des inconvénients, cependant, il a pour effet de rendre à fruit, les rameaux de l'année qui ne l'étaient pas encore, donnant la possibilité l'année de taille suivante, de tailler sur tous les brins et ainsi de rajeunir l''ensemble plus vite. La grêle, je n'en parlerai pas, tant ses ravages sont destructeurs et bousillent les chais pour plusieurs années rendant pénible le travail, faisant perdre son latin aux bons professionnels, donnant dix fois plus de travail, en particulier au moment des tailles, celle d'hiver et celle d'été dite taille verte. Il faut alors rassembler tout son courage, sachant que l'année sera quasi stérile, que l'on travaille plus à une remise en état pour les années qui viennent sans aucune garantie, en particulier sanitaire si l'année est froide et pluvieuse rendant la cicatrisation difficile voire impossible et obligeant à l'arrachage... Je me ballade donc dans le chemin repensant à toutes ces années, aussi différentes les unes des autres, chacune ayant "son souvenir" de celui où la neige s'est mise à tomber en Mars, mois de taille par excellence, en gros flocons, s'étalant sur la vallée en contre-bas et où j'étais restée de très longues minutes à la regarder tomber, émerveillée par un aussi beau spectacle, aussi tard en saison.. de verte elle était brusquement devenue blanche, les oiseaux s'étaient tus et la nature habillée de son long manteau blanc était feutrée et douce. Seules les fumées des brouettes à feu étaient visibles au loin et donnaient à l'ensemble un air d'antan, un air de campagne vraie. Je n'oublierai jamais cet instant magique.. c'était il y a longtemps, dans une autre vie, un autre siècle et pourtant... De cet autre jour aussi, où le vent s'était brusquement levé, alors qu'en haut d'une vigne j'avais "senti" le chaud et froid de ce dernier et où je m'étais mise à courir d'instinct pour retourner à ma voiture le plus vite que pouvaient courir mes jambes et où j'étais arrivée pile à la seconde où la tempête s'était déchainée. La nature nous donne au fil du temps une intuition que l'on écoute sans réfléchir, sans savoir que l'on sait... De ces brusques silences quand un essaim de guêpes arrive.. On sait, on se met à l'abri.. Les signes de la vie sont là, et la vie simple et répétive à son contact nous apporte cette primalité nécessaire à la survie en milieu naturel... En serait il de même dans une autre région, que l'on n'a pas l'habitude de fréquenter? Je pense que oui, c'est un état d'esprit, une confiance en communion avec dame nature plus qu'une connaissance du lieu. Seuls les indices "d'arrivée" seraient à établir. Par chez nous suivant que l'orage arrive de tel ou tel endroit on sait si l'on doit remballer et partir ou simplement surveiller du coin de l'oeil au cas où les vents ramèneraient dans le mauvais sens.. Par l'ouest çà amène l'eau, mais par le nord ouest çà "glisse" sur la marne et l'on ne risque pas grand chose... Je regarde et je me souviens. Du passé ne reste que les bons moments, ceux que l'on garde à l'esprit parce qu'on les appellent expérience.../... J'ai marché un très long moment ainsi, sans me soucier de l'heure, sachant que personne ne m'attend à la maison, et qu'on ne s'inquiètera pas de ne pas me voir rentrer. J'ai humé l'odeur des arbres et de l'herbe, laissant mes pensées vagabonder et explorer l'intérieur de mon âme. Chaque recoin inspecté sans crier gare, chaque moment revisité, une foule de questions qui se pressent, comme dans toutes les situations où l'on se retrouve avec soi-même, laissant libre cours à son imagination, laissant les idées vagabonder, faisant la part de choses, relativisant des évènements, prenant conscience d'autres. Ces embardées à l'intérieur de soi, que l'on peut tout aussi bien faire chez soi, en méditation, mais qui sont toujours plus positives parce que non voulues, non dirigées, non empreintes d'obligation. Il apparait alors une foule de réponses auxquelles on n'aurait pas pensé, une foule de décisions que l'on n'aurait sans doute pas prises si l'on était resté devant sa télé ou son pc à travailler. Trop proche des réalités, des obligations qui nous placent dans une situation de contrainte incompatible avec l'essence même de la vie. A notre époque, où par intérêt nombre de personnes nous disent ce que nous voulons entendre autant que nécessaire pour changer de langage et de comportement sitôt qu'ils ont obtenu satisfaction, époque où nous devons rester vigilants à tenter de déjouer ces jeux machiavéliques d'êtres immoraux et vicieux imbus de leurs propres rêves au détriment de la sincérité. Chassez le naturel et il revient au galop. Je passe beaucoup de temps à observer les autres autour de moi et une vérité constante m'est apparue. Celle qui fait que l'on voit les autres à son image. Aussi la présence de quelqu'un qui va prétendre avoir les mêmes goûts, les mêmes envies à l'identique, ou être trop méfiant ou trop confiant m'incitera à la prudence. De même les personnes prétendant n'en avoir rien à faire de rien, se disant tolérant à l'infini ou faciles à vivre. Ou tout simplement prétendant à tout propos que rien n'est grave me verront tourner les talons extrèmement vite. Ce genre de réalité n'existe pas. Elle ne peut être que calculée jusqu'au moment où après avoir obtenu gain de cause, le mal fasse son apparition et le naturel se montrant sous son vrai jour, fait des ravages passant de la lumière à l'ombre avec la cohorte de souffrance que cela produit. Je suis d'un caractère entier et direct et jamais pour quelque raison que ce soit, ou dans quelque but que ce soit, je ne pourrai me résoudre à dire ce que l'on veut que je dise si çà n'est pas ce que je pense ou que je ressens vraiment. Cela donne au futur plus de solidité, parce qu'aucune mauvaise surprise n'est à prévoir : çà passe ou çà casse mais dans tous les cas je reste fidèle à moi même, à mes ideaux, à mes passions quelles qu'elles soient... Lue comme çà , on dirait une espèce d'animal sortant d'une caverne, associale ou socialement difficile, je ne pense pas qu'il en soit ainsi, mais je pense tout de même qu'il y a incompatibilité avec des personnes fonctionnant diamétralement à l'opposé.. A moins que l'adage qui dit que les contraires s'attirent, puissent parfois être applicable. Je ne le crois pas. Je pense plus à une complémentarité. Qui se ressemble s'assemble ( valable dans toutes les situations de la vie, amicale, amoureuse, professionnelle...) Cela n'empêche que parfois, on puisse être différents tout en ayant les mêmes goûts, les mêmes attirances, les mêmes passions, avec des degrés de connaissance différentes.. Il m''est arrivé de rencontrer des "âmes" qui, au fil des discussions présentaient le même profil... Souvent il faut être de la même génération pour avoir la chance de les croiser. Un passé presque à l'identique... Avec des variantes saines qui permettent un apport de l'un à l'autre, un partage, un échange bénéfique... J'ai souvent ces pensées vagabondes, ces rêves partagés uniquement avec moi même. Pour les garder au chaud ou pour les communiquer de façon différente, très personnelle, et ciblée. Une connection extra sensorielle en quelque sorte. Peu de receveurs, peu de destinataires. Cela reste une affaire entre moi et moi... Cà évite les conflits me direz-vous. Je me suis égarée au fil de l'écriture pour me retrouver là à passer d'une passion à l'autre,  non pas tout à fait opposées mais tout de même suffisamment différente l'une et l'autre pour être exposées dans un seul texte. Plus une expression qu'un texte réel d'ailleurs. Les mots sortent, ils s'étalent là d'eux mêmes et forment un mélange peu commun j'en conviens bien avant d'avoir relu. Relirais-je d'ailleurs ? rien n'est moins sûr. Au delà du rêve, plus qu'une passion, un besoin vital de laisser l'esprit se purger, de laisser le corps faire confiance à l'âme et à l'intérieur, au plus profond de soi pour y puiser l'espoir, pour se dire que rien n'est jamais perdu, que la vie nous offre aussi de bons moments, pour y croire encore et toujours, plus fort. Rester optimiste, ne pas se laisser gagner par le découragement qui nous assaille parfois quand les chagrins se font lancinants, quand les autres ne comprennent plus, quand on ne les comprend plus. Quand ils sont loin, absents, silencieux. Quand l'attente commence et qu'on ne sait combien de temps elle va durer, si elle prendra fin. Si elle vaut la peine d'être attente au lieu de renoncement. Y aura t-il un après, se peut il qu'un toujours se transforme en jamais ? ou qu'un jamais devienne un toujours alors que l'on n'y croit plus, que l'on ait raison ou tort d'y croire ou de n'y croire plus ? Philosophie de nuit, qui disparait à l'aube, questions auxquelles nulle réponse n'apportera l'aisance tout simplement parce que lorsqu'elles se présenteront les questions elles même auront été oubliées. L'esprit est subjectif et s'arrange pour dorer à l'or fin ce qui lui convient à l'instant où çà lui convient, d'où l'importance de ne pas se laisser influencer par autrui lors de ce cheminement personnel. Quand à la réflexion on ne sait pas toujours ce que l'on veut, n'est pas déjà une bonne chose que de savoir ce dont l'on ne veut pas ? Soi même pour soi ou pour ceux qu'on aime ? Quels sont les routes que l'on est prêt à empreinter pour suivre son destin, là où la vie nous mène, là où nous souhaitons qu'elle nous mène, là où nous savons que nous devons aller... Que le destin accomplisse le rêve intime, qu'il nous emmène au delà de lui, sur les chemins de la vérité, sans s'occuper des alentours, du qu'en dira-t-on, du qu'en pensera-t-on, pourvu que l'on soit entièrement en osmose sans aucune gêne, sans aucun frein, moral, social ou autre..

 Libre pensée 

 9 JUIN 2010

 

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La messagère

Sensation pure

 La Messagère

Elle se réveille en sursaut en cette mi-avril, il fait toujours nuit et elle cherche fébrilement de la main la présence rassurante qui a bercé ses nuits des années durant... Les brumes du sommeil s'estompent et elle se souvient alors... La solitude, sa compagne privilégiée, devenue son quotidien, lui revient en mémoire. Une larme roule doucement le long de sa joue, elle restera unique, il n'en reste plus suffisamment pour apaiser sa souffrance et malgré l'heure très matinale elle se lève, bien décidée à ne pas se laisser gagner par le passé, qui fait d'elle un pantin gonflé d'émotions négatives... Une sensation particulière l'a assaillie alors qu'elle était encore à demi-consciente. Cà n'était pas un cauchemar qui l'avait tirée de sa torpeur mais une présence, elle en était sûre. Une vision floue lui était apparue brièvement et c'est de manière imprécise qu'elle tentait de se remémorer les traits inconnus... Qui était-elle donc ? Et quel message pouvait-elle bien chercher à lui transmettre ? Elle n'avait rien laissé de concret, juste des émotions, des images, une forme de communication codée... La jeune-fille de la nuit était déjà venue lui rendre visite au  cours des mois précédents mais rien ne laissait penser à une visite volontaire; un rêve plutôt et elle n'avait pas songé une seule seconde qu'il pouvait s'agir d'une messagère accomplissant une mission qui semblait lui tenir à coeur, compte tenu de son insistance et de la fréquence de ses apparitions. Ce matin elle avait été plus insistante qu'à l'ordinaire et en sirotant son café elle ne pouvait s'empêcher d'y penser comme si leurs âmes avaient communiqué, à son insu... Une foule de questions se pressaient... Depuis quelques temps il lui arrivait nombre de visions et sensations de cet ordre et elle ne voyait pas quel rapport ils pouvaient avoir entre eux. Tout avait réellement commencé au lendemain de son veuvage, après que les démarches et accomplissements douloureux aient été terminés... Il lui était alors apparu heureux et confiant. Pour la première fois "elle" était à ses côtés et ils semblaient rayonner comme pour dire qu'il fallait trouver la sérénité et que désormais, plus rien ne s'opposait à un avenir radieux. Elle sortait toujours très fatiguée lorsque ses pensées étaient envahies de la sorte. Elle ne parvenait toujours pas à comprendre la signification de ce qu'ils tentaient de lui insuffler. Inquiète pour son équilibre mental elle en avait même parlé au thérapeute qui la suivait depuis le suicide de son mari. Celui ci comportementaliste croyait plus en une façon d'intégrer la mort de manière constructive au quotidien qu'à de réelles visites d'entités durant son sommeil. Il était satisfait de voir l'évolution positive et le déni de responsabilité que cela entraine, responsabilité engendrée par de tels drames au sein des familles... Au lendemain des obsèques il était donc accompagné mais aucune visualisation n'avait été possible. Il n'était pas seul mais aucune réalité vraie n'était près de lui. Ce matin là dans sa fin de sommeil,  c'est elle, qui lui était apparue, seule... Au premier abord çà ne pouvait être en relation avec aucun fait de sa vie actuelle. Elle ne voyait aucun rapport de près ou de loin..  Un an après pourquoi cette personne revenait-elle lui parler ? Qu'avait-elle donc à lui dire ? Cette fois ci elle n'en parlera à personne, elle gardera pour elle, inutile d'inquièter et de risquer de passer pour une folle. Convaincue que certaines âmes continuent d'errer autour de ceux qu'ils ont aimé et qui les ont aimés jusqu'à ce que, apaisés, ils puissent rejoindre ceux partis avant eux; quand le message qu'ils veulent transmettre est passé, quand l'amour et la vie ont repris leurs droits... Peut-être est-ce aussi le fait d'y croire qui les provoque ? Peut-être n'ont-ils aucune réalité que dans l'esprit de celui ou celle qui les vit ? Elle ne souhaitait pas un débat d'idées, elle croyait ce qu'elle ressentait, elle n'avait aucun doute et la seule question qui se posait à elle était ce "pourquoi ?" auquel elle ne trouvait aucune réponse raisonnable. Il était venu la voir seul, puis très vite un nuage l'accompagnait comme l'ayant attendu et accueilli à son arrivée, et elle, dans son grand lit froid, même si cette idée la réconfortait, ne comprenait rien à ce qui se passait... Aujourd'hui, jour du premier anniversaire de ce départ brutal, une commémoration difficile et les images revenaient comme semblant toujours vivantes et attendant d'elle une action précise.. Un évènement qui ne venait pas, elle envisageait presque une attente de leur part à tous deux, se disait que peut-être l'attendaient-ils elle ? Serait-ce le moment pour elle aussi de faire le grand voyage ? Celui d'où l'on ne revient pas ? Une année entière s'était écoulée, qu'elle n'avait pas vu passer, les yeux rivés en arrière, refusant de voir les choses, n'acceptant pas l'inacceptable. Et ce matin, en ce jour particulier "elle" était revenue, lui répéter inlassablement la même chose, sans mots, juste avec le coeur, là d'où viennent les mots les plus purs, ceux que l'on n'écrit pas mais que l'on transmet par la pensée avec son âme.. Sauf que ces mots là n'avaient aucun sens pour elle. La jeune-fille insistait mais elle ne savait quoi faire.. Soudain en fin de journée, alors qu'elle ressassait ses songes en boucle, elle imagina que sans doute la défunte avait laissé quelqu'un derrière elle... Un enfant peut-être ?... Dans ce cas souhaitait-elle qu'elle le retrouve ? son voeu était-il qu'elle entre en contact avec un vivant ? Pour lui transmettre un message ? Ses yeux semblaient dire : trouves-le ou quelque chose de similaire... trouves-le ? De qui s'agissait-il ? Aurait-elle un jour la réponse à sa question ?

 

Ecrit perso du 16/04/2009 ( dépôt légal )

Muriel Langlet .2010

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L'hymne à l'amour

 

Edith PIAF

 

L'hymne à l'amour

  

 Le ciel bleu sur nous peut s'effondrer
Et la terre peut bien s'écrouler
Peu m'importe si tu m'aimes
Je me fous du monde entier
Tant qu'l'amour inond'ra mes matins
Tant que mon corps frémira sous tes mains
Peu m'importe les problèmes
Mon amour puisque tu m'aimes

J'irais jusqu'au bout du monde
Je me ferais teindre en blonde
Si tu me le demandais
J'irais décrocher la lune
J'irais voler la fortune
Si tu me le demandais

Je renierais ma patrie
Je renierais mes amis
Si tu me le demandais
On peut bien rire de moi
Je ferais n'importe quoi
Si tu me le demandais

Si un jour la vie t'arrache à moi
Si tu meurs que tu sois loin de moi
Peu m'importe si tu m'aimes
Car moi je mourrais aussi
Nous aurons pour nous l'éternité
Dans le bleu de toute l'immensité
Dans le ciel plus de problèmes
Mon amour crois-tu qu'on s'aime
Dieu réunit ceux qui s'aiment.

Texte d'Edith Piaf (1915 - 1963)

 

   Lien vidéo dailymotion        : http://www.dailymotion.com/video/x87vx6_inoubliable-edith-piaf_creation

  Biographie de la môme Piaf : http://www.ramdam.com/bio/edith-piaf-biographie/

 

 

La mort du Loup d'Alfred de Vigny

LA MORT DU LOUP

 


Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
Nous marchions, sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçu les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine 
Et le pas suspendu. -- Ni le bois ni la plaine
Ne poussaient un soupir dans les airs; seulement
La girouette en deuil criait au firmament;
Car le vent, élevé bien au-dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires, 
Et les chênes d'en bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque, baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
A regardé le sable en s'y couchant; bientôt,
Lui que jamais ici l'on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçaient la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux, 
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions, pas à pas, en écartant les branches.
Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères 
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse,
Mais les enfants du Loup se jouaient en silence, 
Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,
Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa Louve reposait comme celle de marbre
Qu'adoraient les Romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées,
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris; 
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante,
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair,
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri, 
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri. 

 

J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils, qui, tous trois,
Avaient voulu l'attendre; et, comme je le crois, 
Sans ses deux Louveteaux, la belle et sombre veuve
Ne l'eût pas laissé seul subir la grande épreuve;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes 
Que l'homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher. 

 

Hélas! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes! 
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez, sublimes animaux!
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse,
Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse. 
Ah! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur!
Il disait : " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté. 
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le sort a voulu t'appeler,
Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler. " 

Alfred de Vigny ( 1797-1863 )

Je publie de nouveau ce sublime poème écrit dans la douleur par Alfred de Vigny alors que sa mère est morte et qu'il laisse parler son coeur en transposant sa souffrance, y mêlant intimement des souvenirs d'enfance, souvenirs de chasse avec son père...

Publié pour NICO qui se reconnaîtra... Très érudit et mature pour son âge, un plaisir de voir et de savoir que la relève est assurée et que la passion de la littérature et de la poésie n'est pas près de s'éteindre à mon plus grand plaisir...

 





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