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Antonin Artaud ou la Force de vie

Antonin Artaud

 

Qui suis-je?

d'où je viens?

je suis Antonin Artaud

Et que je le dise

comme je sais le dire

immédiatement

vous verrez mon corps actuel

voler en éclats

et se ramasser

sous dix mille aspects

notoires

un corps neuf

où vous ne pourrez

plus jamais

m'oublier.

Antonin Artaud (1896-1948)

Conscience de son moi profond

C'est un jeune homme qui arrive à Paris. Son désir avoué : devenir poète. Il entend par poète être un artiste complet. Très doué pour le dessin et la peinture il s'interesse également au théatre. Il mêlera intimement tous ces arts pour en faire une littérature hors du commun. Déchirante, passionnante, envôutante...

Il se mettra donc à écrire des poèmes mais verra ses oeuvres refusées par les éditeurs. Il insiste, persuadé qu'il est vital pour lui que ses oeuvres soient mises à disposition de tous. Il dira comme argument à Rivière, à qui il écrira de nombreuses correspondances :

" Je suis témoin, je suis le seul témoin de moi-même. " " Je me connais, et cela me suffit, et cela doit suffire, je me connais parce que je m’assiste, j’assiste Antonin Artaud. "

L’Ombilic des Limbes, Le Pèse-Nerfs, Fragments d’un Journal d’Enfer, peuvent être considérés comme les textes les plus denses et les plus fulgurants de leur époque, parce qu’ils sont les témoins de la difficulté à penser, de la douleur physique qui ne le quitte pas depuis qu'il a été réformé, avec tant de lucidité qu’il est peu de critiques qui aient pu s'approcher de l'essence même des oeuvres avec perspicacité. Ils sont la représentation de l'expression de Antonin Artaud lui même qui disait "quelque chose de furtif qui m’enlève les mots que j’ai trouvés, qui diminue ma tension mentale, qui détruit au fur et à mesure dans sa substance la masse de ma pensée... ". il s'y définira ainsi, montrant qu'il écrit avec tous les sens de son être " Je suis homme par mes mains et mes pieds, mon ventre, mon cœur de viande, mon estomac dont les nœuds me rejoignent à la putréfaction de la vie. "

L'oeuvre d'Antonin Artaud est une biographie permanente. Les quelques rares à lui faire confiance et à apprécier ses écrits à leur juste valeur seront visionnaires et quelques années plus tard, bien après sa mort l'écrivain fut l'objet d'un véritable mouvement de mode.

André Breton dira :

" A jamais la jeunesse reconnaîtra pour sien cet oriflamme calciné. "

Il explosa littéralement et ces manifestations de passion furent variées mais se concentrèrent principalement sur les planches. Les oeuvres complètes de l'auteur furent publiées sous le titre : "Théatre et son double" Ceci explique sans doute cela.. Cette superbe dura environ une dizaine d'années mais ce qui est surprenant est que dans la majorité des cas quand le public se détourne d'un auteur il a tendance à oublier son adoration précédente et à renier totalement l'objet de son attirance. Pour Artaud il n'en fut rien. Les strass des premiers temps éteints, il restait tout de même ce respect et cette reconnaissance qui faisait définitivement de lui un grand écrivain..

Pour lire Artaud il faut garder à l'esprit cet attachement profond qu'il se vouait à lui même. Il considérait ses propres oeuvres et créations comme les meilleures et il est fort probable qu'il ne lisait aucun autre auteur.

Ses poèmes sont d'une excellence absolue. Il faut toutefois toujours garder un certain détachement en les lisant, et prendre garde de ne pas entrer dans le personnage. Sa folie réelle se trouve sur chaque mot, chaque phrase et au détours des pages que l'on tourne elle nous observe prête à nous envahir...

Il n'est qu'à se souvenir de quelle manière il les écrivait, à l'hopital psychiatrique où il était enfermé..

Plusieurs ouvrages en même temps, quelques lignes sur chaque au hasard de ses ressentis, de ses émotions. Le tout illustré de ses dessins. Un artiste complet, un peu dingue.. De là à penser que c'est justement ce qui fait de lui un auteur d'exception il n'y a qu'un pas...

La conquête de Plassans d'Emile Zola

La conquête de Plassans

Avec ce quatrième opus Emile Zola va nous dépeindre un monde d'illusion. Le premier ouvrage se situait en province, à Plassans, les deux suivants à Paris où des membres de la famille "sévissent". Ce nouvel ouvrage nous ramène dans le petit village du début. Avec la conquête Zola va nous présenter le visage des faux-semblants, de l'hypocrisie et des manigances suaves et mielleuses des imbus de pouvoir et d'argent. Tout le monde sera concerné, jusqu'à l'abbé envoyé de Paris pour s'intégrer et être utilisé par Félicité. On y retrouve l'ambition poussée à son paroxysme, les dépravations immorales. Ici tout le monde s'épie, s'observe, s'écoute. Aucun n'est blanc tous ont les mêmes objectifs et les mêmes travers. Jusqu'à l'abbé misogyne qui va utiliser les femmes qu'il hait pour parvenir à ses fins et tenter de devenir évèque ce dont il rêve. Dénonciation de l'ambition de ceux qui ont toujours vécu sans le sou et parviennent en haut de l'échelle grâce au coup d'état. A notre époque on appellerait çà des parvenus.. ce sont des opportunistes tout simplement qui vont se battre pour ne pas perdre leurs récents acquis. Ce quatrième volet des Rougon-Macquart prépare admirablement le suivant...

 

La conquête de Plassans raconte l'histoire de Faujas, un abbé négligé sans le sou envoyé chez Mouret par l'abbé Bourrette. D'une ambition démesurée il a pour objectif de prendre le pouvoir de la petite ville dans laquelle il s'installe et de tout diriger grâce à son ministère. Mal froqué, il manque de coquetterie, ce dont il se moque éperdument. Mais les dévôtes voient d'un mauvais oeil cet air sale et négligé qu'il affiche. Doté d'une forte aversion pour les femmes Faujas n'en a cure mais s'aperçoit très vite que s'il veut réaliser son rêve il va devoir compter avec elles et se plie aux exigences de cette société qu'il a en aversion. Très engagé politique ce Bonapartiste se fait lentement accepter dans les salons les plus prestigieux et devient proche de Félicité, qui compte bien se servir de lui. Hélas son passé de traine savates le rattrapera, il s'entourera de mécréants trop gourmands comme lui. Criant victoire trop tôt Faujas tournera le dos des "dames" qu'il a fait semblant d'apprécier et disgracié par elles perdra tout le bénéfice de ses efforts. Un livre haut en couleurs où tous les pires défauts humains sont représentés avec une éclatante réalité. Les opportunistes se taillent la part du lion dans ces joutes sociales et dans cette course effrénée au pouvoir et à l'avoir...

Le ventre de Paris d'Emile Zola

 

Le ventre de Paris

Le ventre de Paris est le troisième de la fresque des Rougon-Macquart et le plus mal connu. Je m'explique, son titre et son auteur ne sont pas étrangers et ce, pour personne mais que l'on demande à l'un ou l'autre de quoi parle cet ouvrage et l'on va immanquablement se retrouver avec une description de ce gigantesque marché où l'on trouve de tout, des fleurs les plus simples telle la violette en passant par les étals de viande, les poissonneries, les divers fromages et toutes sortes de légumes. On se souvient de l'heure très matinale de l'installation, de la difficulté d'y apporter ses primeurs, des odeurs variées qui embaument ou dégoûtent. On y retient la sensation de mangeailles, de ripailles et de gras repas en perspective. Ce roman avait été presque méprisé lors de sa sortie, y compris par les contemporains de Zola dont Goncourt qui regardait le jeune-homme malingre qu'il était à l'époque d'un air désolé. On ne prêtait pas attention au message contenu dans l'ouvrage. Y prête t-on plus attention désormais ? Rien n'est moins sûr... En réalité sous fond de Halles ( Zola avait décidé que puisque Victor Hugo pouvait utiliser Notre Dame de Paris comme "actrice" principale de son roman, lui pouvait bien utiliser les Halles de Paris... ) Zola va nous conter l'histoire d'une famille : les Quenu et nous montrer comment la faiblesse et la générosité peuvent vite se transformer en vice et en cupidité sitôt qu'un héritage se profile à l'horizon. Il va ainsi nous montrer le lent cheminement de la pensée humaine et des actes qui vont en découler uniquement par peur de manquer, par peur que l'autre ne "mange" au sens propre comme au figuré tout ce qu'ils ont réussi à construire.  Le ventre de Paris est la continuité directe de la Curée dont il reprend la trame, les nantis qui se baffrent et qu'on imagine gras et repus, vils et faussement humains... Une sensation réelle de ventre plein nous envahit tout le long du roman et le dégoût de ces gens malveillants, calculteurs et cupides nous donnent la nausée comme si nous avions trop mangé. Trop mangé de saleté, la leur, leur façon d'être et de vivre en étant convaincus qu'ils agissent pour le bien de tous...

 

Le ventre de Paris c'est l'abondance de chair et de mets. La profusion de consommable, ces ménagères qui viennent faire leurs commissions pour les repas. Mais c'est aussi Florent le frère de Quenu, qui vient de s'échapper du bagne et qui affâmé par 3 jours de fuite, crève de faim lorsqu'il débarque chez son frère et sa belle-soeur Lisa. Il raconte sa faim, son errance. Il n'a pas changé, est resté le même qu'avant son emprisonnement et Quenu le reconnaissant partage les sentiments de son frère mais aussi ses rêves et ses ambitions. Lisa elle est outrée par les confidences de son beau-frère, confidences qu'il fait devant sa fille la petite Pauline. Elle est une femme douce et attentionnée, calme et maitresse de ses nerfs. Elle réfléchit et mène sa maison de main de maitre avec réserve et fermeté en même temps. Elle analyse toutes les situations et ne laisse jamais sa part au hasard ou aux aléas. Elle voit donc d'un mauvais oeil ce "gêneur" revenu de l'enfer. Lisa la sage va réussir à convaincre son faible époux que Florent est un danger pour leur bien être. Elle fera tant et si bien que Quenu persuadé que sa douce épouse sait tout gérer et se trompe rarement ouvre les yeux sur ce qu'il considère comme une vérité. Reste cette part d'héritage qu'il faut remettre à Florent puisque c'est son dû et Lisa insiste sur ce fait. Insensiblement, sans qu'elle en soit consciente elle même, en toute bonne foi pourrait-on dire va s'arranger pour faire disparaitre son beau-frère qu'elle renverra au bagne. Convaincue de bien agir puisqu'elle ira même jusqu'à consulter un prêtre pour la conseiller. Lisa dans cette quête de la tranquillité et de la quiètude fera ressortir le tempérament Macquart qui sommeille en elle.. Sa douceur et sa bonté prendront des allures monstrueuses lorsqu'elle réfléchira à la situation et arrivera à la conclusion que Florent ne peut pas rester avec eux sans les mettre en péril...

 

Les Rougon-Macquart d'Emile Zola

Emile Zola

 

A la fin de l'année 1867 Emile Zola projette d'écrire une grande oeuvre familiale , largement inspiré par "la comédie humaine" de Balzac dont il termine la lecture. Très marqué par ses lectures il vient de terminer Thérèse Raquin, roman appuyé sur la théorie des quatre tempéraments présentée par Emile Deschanel dans "psychologie des écrivains et des artistes ou Essai de critique naturelle" paru chez Hachette en 1864, là où Zola travaille en qualité de chef de la publicité. Zola tente alors de faire des "écrits scientifiques" en appliquant au roman les bases analytiques proches de la chirurgie et de la logique mathématique. Il met en place cette analyse de la société dans laquelle il vit tant sur le plan humain que politique ou même géographique.. une bonne partie de sa propre histoire et de son expérience transparaitrons dans les ouvrages de cette fresque humaine : les Rougon-Macquart. Emile Zola est très organisé et la série de roman qu'il prépare fait l'objet d'une étude attentive et d'un "plan" qu'il suivra s'écartant très peu avant la parution, et supprimant très peu de passages qui ne seront jamais publiés... Nombre de notes sont conservées à la bibliothèque nationale. Pour la préparation de cette oeuvre, on y trouve, sans qu'il soit possible de déterminer dans quel ordre l'auteur les as utilisées : Une liste de livres dans ses réflexions liminaires, il a pris beaucoup de notes en particulier de Charles Letourneau ( physiologie des passions ) et surtout du Dr Lucas, auteur qui va avoir une importance prépondérante pour la génèse des Rougon-Macquart. Il commence par établir une liste de 10 romans, commençant par " roman initial, province" et c'est avec sa feuille de papier et sa plume qu'il réfléchit et monte son oeuvre, façon de travailler qui va devenir habituelle chez lui... Sur une autre note on trouve : " les différences entre Balzac et moi" puis des "notes générales sur la marche de l'oeuvre", "notes générales sur la nature de l'oeuvre". Là où la différence entre Zola et ses auteurs fétiches :Stendhal, les frères Goncourt, Balzac, Flaubert,... se fera la plus éclatante est que dans les Rougon-Macquart il n'écrira l'histoire que d'une seule famille. La théorie qu'a soutenu Zola et qui, personnellement, m'a le plus amusée est l'idée selon laquelle une femme serait toujours marquée par son premier amour à tel point que les enfants qu'elle aurait par la suite avec un autre homme présenteraient forcément les traits de caractère de l'amour perdu, tout autant moraux que physiques ( Nana dans l'assomoir ressemble à Lantier ( la bête humaine) le premier amant de sa mère). Le style très riche d'émile Zola, avec force détails et descriptions sous forme d'énumération, contenant des phrases très longues en font un auteur difficile à lire, non pas sur le plan littéraire où cette richesse est un atout mais sur le plan psychologique, car il est un auteur à  lire à tête reposée, en ayant conscience de chaque détours du livre. Chaque lecture nous apporte un plus culturel, tant sur le plan géographique, qu'historique. Lire Zola c'est se fondre dans le XIX ème siècle, c'est assister à l'arrivée de l'electricité, c'est aller laver son linge au lavoir, c'est descendre dans les mines ou batifoler dans le salon de nana, c'est visiter les grands magasins parisiens ou souffrir en même temps que la famille de coupeau... C'est prendre conscience de la différence de rémunération entre la capitale et la province. C'est comprendre le fossé des classes sociales mais aussi les efforts de charité des "nantis" et de la grogne salariale. Cette oeuvre est la mémoire du régime issu de Louis Napoléon Bonaparte..  Son oeuvre mise en place avec tant de soins que rien n'est laissé au hasard. On n'y trouve aucun anachronisme, ce qui est très rare chez les grands auteurs. Même chez ceux qui situent les faits à leur époque.. Je vais tenter de vous présenter chaque ouvrage dans l'ordre chronologique. La fresque se compose de : La fortune des Rougon - La curée - Le ventre de Paris - La conquête de Plassans - La faute de l'abbé Mouret - Son excellence Eugène Rougon - L'Assomoir - Une page d'amour - Nana - Pot-bouille - Au bonheur des dames - La joie de vivre - Germinal - L'Oeuvre - La terre - Le rêve - La bête humaine - L'Argent - La débâcle - Le docteur Pascal

Mon souhait serait de vous donner envie de lire cette fresque humaine qui contient 20 romans, en tentant d'y attirer les plus jeunes. J'ai bien sûr une raison à cela, la voici : Alors que je suis en 6ème, déjà très attirée par les lettres, avec des notes Français frisant l'indécence, entrée au collège... Tout est nouveau, les méthodes de travail diffèrent et... plusieurs personnes doivent s'occuper des jeunes : les professeurs ayant chacun leur matière ou parfois deux tout au plus. Me voilà donc avec UN professeur de français... J'ai du mal à accepter sa façon de prononcer atone, tout autant les dictées que les poèmes. Enfin bref il n'a pas la passion et je crois que 40 ans après j'en suis toujours aussi convaincue... Ce manque de passion va, à l'époque me faire passer à côté de quelqu'un de sublime : Emile Zola. Dès les premières leçons nous est servi : Germinal, je vais haïr cet ouvrage au delà de l'acceptable, à un point qu'il ne sera jamais ouvert à la maison, moi qui passe mon temps à lire les romans et contes de Voltaire et à éplucher toute l'oeuvre de Molière, je fais une "allergie" à Zola. Ce professeur avait oublié un élément essentiel : pour capter l'attention il faut tout autant parler de l'histoire que nous conte l'auteur que de la façon dont il nous la sert. Il me semble largement plus judicieux d'intéresser son jeune public, de lui donner des repères qu'il sera capable de comprendre et d'amener dans son univers. J'en veux à cet homme car je ne découvrirai cette fresque que 15 ans plus tard... Et longtemps après je sais que ce qu'il nous en a dit était débile et inutile... Il aurait suffit d'un peu de passion, d'un peu de bonne volonté... Je précise que si je me souviens bien de cet homme c'est bel et bien qu'il fut le seul à croiser ma route.. Tous les autres professeurs, quelque soit la matière qu'ils aient enseigné ont toujours su attirer mon attention et n'ont jamais déclenché de telles réactions négatives mais il fallait que ce soit dit...

Goethe

Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832)

Quelques oeuvres pêle-mêle... Un tout petit aperçu de son oeuvre gigantesque, auteur prolifique ayant plusieurs cordes à son arc. Passionné émérite qui a même découvert un os de la mâchoire. Parler de lui est difficile sans risquer d'oublier un fait important. De nombreux sites lui sont consacrés, des spécialistes, des littéraires, des artistes, des scientifiques... Goethe, der wanderer, l'homme aux multiples talents, l'homme qui a aimé la France, l'a défendue contre les siens, a aimé notre langue et lui a fait honneur... 

 

Ganymed (1)

Wie im Morgenrot

Du rings mich anglühst,

Frühling, Geliebter !

Mit tausendfacher Liebeswonne

Sich an mein Herz drängt

Deiner ewigen Wärme

Heilig Gefühl,

Unendliche Schöne !

Daß ich dich fassen möcht’

In diesen Arm !

Ach, an deinem Busen

Lieg’ ich, schmachte,

Und deine Blumen, dein Gras

Drängen sich an mein Herz.

Du kühlst den brennenden

Durst meines Busens,

Lieblicher Morgenwind,

Ruft drein die Nachtigall

Liebend nach mir aus dem Nebeltal.

Ich komme ! ich komme !

Wohin ? Ach, wohin ?

Hinauf, Hinauf strebt’s,

Es schweben die Wolken

Abwärts, die Wolken

Neigen sich der sehnenden Liebe,

Mir, mir !

In eurem Schoße

Aufwärts,

Umfangend umfangen !

Aufwärts

An deinem Busen,

Alliebender Vater !

 

 

Sehnsucht (2)

Dies wird die letzte Trän’ nicht sein,

Die glühend Herz-auf quillet,

Das mit unsäglich-neuer Pein

Sich schmerzvermhrend stillet.

O laß doch immer hier und dort

Mich ewig Liebe fühlen,

Und möcht’ der Schmerz auch also fort

Durch Nerv und Adern wühlen.

Könnt’ ich doch ausgefüllt einmal

Von dir, o Ew’ger, werden !

Ach, diese lange tiefe Qual,

Wie dauert sie auf Erden !

 

Warum gabst du uns die tiefen Blicke … (3)

Warum gabst du uns die tiefen Blicke,

Unsre Zukunft ahnungsvoll zu schaun,

Unsrer Liebe, unserm Erdenglücke

Wähnend selig nimmer hinzutraun ?

Warum gabst uns, Schicksal, die Gefühle,

Uns einander in das Herz zu sehn,

Um durch all die seltenen Gewühle

Unser wahr Verhältnis auszuspähn ?

Ach, so viele tausend Menschen kennen,

Dumpf sich treibend, kaum ihr eigen Herz,

Schweben zwecklos hin und her und rennen

Hoffnungslos in unversehnem Schmerz ;

Jauchzen wieder, wenn der schnellen Freuden

Unerwart’te Morgenröte tagt.

Nur uns armen liebevollen beiden

Ist das wechselseit’ge Glück versagt,

Uns zu lieben, ohn uns zu verstehen,

In dem andern sehn, was er nie war,

Immer frisch auf Traumglück auszugehen

Und zu schwanken auch in Traumgefahr.

Glücklich, den ein leerer Traum beschäftigt !

Glücklich, dem die Ahnung eitel wär !

Jede Gegenwart und jeder Blick bekräftigt

Traum und Ahndung leider uns noch mehr.

Sag’, was will das Schicksal uns bereiten ?

Sag’, wie band es uns so rein genau ?

Ach, du warst in abgelebten Zeiten

Meine Schwester oder meine Frau ;

Kanntest jeden Zug in meinem Wesen,

Spähtest, wie die reinste Nerve klingt,

Konntest mich mit einem Blicke lesen,

Den so schwer ein sterblich Aug durchdringt.

Tropftest Mäßigung dem heißen Blute,

Richtetest den wilden irren Lauf,

Und in deinen Engelsarmen ruhte

Die zerstörte Brust sich wieder auf ;

Hieltest zauberleicht ihn angebunden

Und vergaukeltest ihm manchen Tag.

Welche Seligkeit glich jenen Wonnestunden,

Da er dankbar dir zu Füßen lag,

Fühlt’ sein Herz an deinem Herzen schwellen,

Fühlte sich in deinem Auge gut,

Alle seine Sinnen sich erhellen

Und beruhigen sein brausend Blut.

Und von allem dem schwebt ein Erinnern

Nur noch um das ungewisse Herz,

Fühlt die alte Wahrheit ewig gleich im Innern,

Und der neue Zustand wird ihm Schmerz.

Und wir scheinen uns nur halb beseelet,

Dämmernd ist um uns der hellste Tag.

Glücklich, daß das Schicksal, das uns quälet,

Uns doch nicht verändern mag.

 

 

Maifest (4)

Wie herrlich leuchtet

Mir die Natur !

Wie glänzt die Sonne !

Wie lacht die Flur !

Es dringen Blüten

Aus jedem Zweig

Und tausend Stimmen

Aus dem Gesträuch

Und Freud und Wonne

Aus jeder Brust.

O Erd’, o Sonne !

O Glück, o Lust,

O Lieb’, o Liebe,

So golden schön

Wie Morgenwolken

Auf jenen Höhn,

Du segnest herrlich

Das frische Feld -

Im Blütendampfe

Die volle Welt !

O Mädchen, Mädchen,

Wie lieb’ ich dich !

Wie blinkt dein Auge,

Wie liebst du mich !

So liebt die Lerche

Gesang und Luft,

Und Morgenblumen

Den Himmelsduft,

Wie ich dich liebe

Mit warmem Blut,

Die du mir Jugend

Und Freud’ und Mut

Zu neuen Liedern

Und Tänzen gibst.

Sei ewig glücklich,

Wie du mich liebst !

 

 

Auf dem See (5)

Und frische Nahrung, neues Blut

saug’ ich aus freier Welt ;

Wie ist Natur so hold und gut,

Die mich am Busen hält !

Die Welle wieget unsern Kahn

Im Rudertakt hinauf,

Und Berge, wolkig himmelan,

Begegnen unserm Lauf.

Aug mein Aug, was sinkst du nieder ?

Goldne Träume, kommt ihr wieder ?

Weg, du Traum, so gold du bist :

Hier auch Lieb und Leben ist.

Auf der Welle blinken

Tausend schwebende Sterne,

Weiche Nebel trinken

Rings die türmende Ferne ;

Morgenwind umflügelt

Die beschattete Bucht,

Und im See bespiegelt

Sich die reifende Frucht.

 

Traductions :

(1) Ganymède

Comme dans l’aurore

Ton feu me caresse,

Printemps, bien-aimé !

Par mille félicités d’amour

Se presse contre mon cœur

De ton éternelle flamme

La sainte sensation,

Beauté infinie !

Comme j'ai envie de te prendre dans ces bras,

Dans mes bras !

Ah ! contre ton sein

Etendu, je meurs,

Et tes fleurs, ton herbe

Se pressent contre mon cœur.

Tu étanches la soif

Brûlante de mon sein,

Douce brise du matin,

Le rossignol chante

Dans la vallée embrumée le chant d’amour m’appelle.

Ah ! je viens ! Ah ! je viens, mais

Où,

Où aller ?

Là-haut, plus haut encore,

Les nuages

descendent, les nuages

Se penchent vers le désir d’amour,

Vers moi, jusqu’à moi !

Dans ton sein toujours plus haut

Emportes-moi !

Embrassant embrassé !

Plus haut, plus haut,

Contre ton sein

Père tout-aimant !

 

(2) Désir

Ceci ne sera pas la dernière larme

Jaillissant brûlante de mon cœur

Qui dans une autre indicible torture

S’apaise en augmentant sa douleur.

Ô fais moi donc partout éternellement

Ressentir l’amour,

Même si la douleur dans mon corps et mes veines

A tout jamais doit faire rage.

Puissé-je un jour enfin, Ô Seigneur,

Etre rempli de toi !

Ah ! ce long, ce profond tourment,

Comme il dure sur cette terre !

 

 

(3) Pourquoi nous donnas-tu ce regard pénétrant...

Pourquoi nous donnas-tu ce regard pénétrant

Qui d’intuition profonde voyant notre avenir,

Ne nous laisse jamais, nous berçant d’illusions, nous fier un instant

En notre amour et terrestre bonheur ?

Pourquoi nous donnas-tu, destin, ce sentiment

Qui nous fait voir dans le cœur l’un de l’autre,

Et au travers de tant d’étranges turbulences,

Discerner et saisir notre lien véritable ?

Ah ! Tant de milliers d’hommes connaissent à peine

Dans leur agitation obscure, leur propre cœur,

Flottent sans but de çà de là, et soudain affolés

Courent sous l’aiguillon de douleurs imprévues,

Puis retrouvent le rire quand à nouveau paraît

L’aurore inattendue des plaisirs éphémères.

A nous deux seuls, malheureux pleins d’amour,

Est refusé le bonheur partagé

De nous aimer sans nous comprendre,

De voir en l’autre ce qu’il ne fut jamais,

De poursuivre sans fin des rêves de bonheur,

Pour divaguer au bord de dangers irréels.

Heureux celui qu’occupe un rêve vide !

Heureux qui de l’intuition se rirait !

Toute présence et tout regard, hélas ! donnent à nos rêves

A l’intuition force plus grande encore.

Dis-moi, quelle est sur nous l’intention du destin ?

Dis-moi, comment nous unit-il de si juste union ?

Ah ! tu fus en des temps depuis longtemps vécus,

Ma sœur, ou mon épouse.

Tu connaissais chaque trait de mon être,

Percevais le son du coeur le plus pur,

D’un seul regard tu me lisais

Moi que nul ne pénètre un œil mortel.

Au sang brûlant tu versais goutte à goutte

Un baume, tu rattrapais mon errance sauvage,

Et le repos dans tes bras amoureux

Restaurait l’être dévasté.

A la légèreté d’un fil imaginaire tu le tenais près de toi attaché,

Et dans l’enchantement faisais couler ses jours.

Quelle félicité s’égale aux heures de délices

Où, plein de gratitude, il gisait à tes pieds,

Sentait son cœur gonfler contre le tien,

Se sentant bon dans ton regard,

Sentait en lui s’éclairer tous ses sens,

Et son sang en tumulte lentement s’apaiser.

Et de tout cela ne flotte désormais qu’un souvenir

Autour du cœur troublé,

Il sent au fond de lui l’ancienne vérité éternelle et  vraie,

Et l’état nouveau ne lui est que douleur.

Il nous semble n’avoir qu’âme à demi vivante,

Crépuscule pour nous est le jour le plus clair.

Heureux, que le destin qui nous tourmente

De nous changer n’ait pourtant pas pouvoir.

 

(4) Fête de mai

Comme resplendit

A mes yeux la nature !

Comme le soleil brille !

Comme rit la campagne !

Les fleurs jaillissent

De chaque rameau

Et mille voix

Hors des buissons

Et joie et délices

De tous les cœurs.

Ô terre, Ô soleil,

Ô bonheur, Ô plaisir

Ô amour, amour,

Splendeur dorée

Comme là-haut, sur ces collines

Les nuages du matin,

Tu bénis magnifique

Le champ verdoyant

Dans la brume de fleurs

Le monde gonflé de sève !

Ô jeune fille, jeune fille

Combien je t’aime !

Comme ton regard brille

Comme tu m’aimes !

Comme l’alouette aime

L’air et les champs,

Et les fleurs du matin

La rosée du ciel,

Ainsi je t’aime

D’un sang plein de vie,

Toi qui me donnes

Jeunesse et joie, et désir

De chants nouveaux

Et de danses nouvelles

Eternellement sois heureuse

Comme tu m’aimes.

 

(5) Sur le lac

Et du libre univers nourriture nouvelle

En moi j’aspire au sang neuf dans mes veines ;

Comme Nature est bienveillante et bonne

Qui me presse contre son sein !

La vague berce notre barque

Vers l’amont au rythme de ses rames,

Et les montagnes, dressées dans les nuages,

traversent notre course.

Mes yeux, mes yeux, pourquoi vous fermez-vous ?

Rêves dorés, reviendrez-vous ?

Va-t-en, rêve, si doré que tu sois ;

Ici aussi est l’amour, ici aussi la vie.

Sur la vague scintillent

Mille étoiles flottantes,

Les brumes moelleuses boivent

Les hautes masses des lointains alentour ;

La brise du matin ondule

Sur les bords de la baie ombreuse,

Et dans le lac se reflète,

Mûrissante, la moisson à venir.

 

 

 

Moments plaisir...

 

Le Loup Solitaire

 sur un poème de jack Harris 

 

 

Les Loups 

 

 

Celle-ci à visionner directement sur you-tube à cause d'un véto de Sony sur certains sites !?

http://www.youtube.com/watch?v=CVf4xLwOS6k

 

 Pensées vagabondes...

 

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