Avec ce quatrième opus Emile Zola va nous dépeindre un monde d'illusion. Le premier ouvrage se situait en province, à Plassans, les deux suivants à Paris où des membres de la famille "sévissent". Ce nouvel ouvrage nous ramène dans le petit village du début. Avec la conquête Zola va nous présenter le visage des faux-semblants, de l'hypocrisie et des manigances suaves et mielleuses des imbus de pouvoir et d'argent. Tout le monde sera concerné, jusqu'à l'abbé envoyé de Paris pour s'intégrer et être utilisé par Félicité. On y retrouve l'ambition poussée à son paroxysme, les dépravations immorales. Ici tout le monde s'épie, s'observe, s'écoute. Aucun n'est blanc tous ont les mêmes objectifs et les mêmes travers. Jusqu'à l'abbé misogyne qui va utiliser les femmes qu'il hait pour parvenir à ses fins et tenter de devenir évèque ce dont il rêve. Dénonciation de l'ambition de ceux qui ont toujours vécu sans le sou et parviennent en haut de l'échelle grâce au coup d'état. A notre époque on appellerait çà des parvenus.. ce sont des opportunistes tout simplement qui vont se battre pour ne pas perdre leurs récents acquis. Ce quatrième volet des Rougon-Macquart prépare admirablement le suivant...
La conquête de Plassans raconte l'histoire de Faujas, un abbé négligé sans le sou envoyé chez Mouret par l'abbé Bourrette. D'une ambition démesurée il a pour objectif de prendre le pouvoir de la petite ville dans laquelle il s'installe et de tout diriger grâce à son ministère. Mal froqué, il manque de coquetterie, ce dont il se moque éperdument. Mais les dévôtes voient d'un mauvais oeil cet air sale et négligé qu'il affiche. Doté d'une forte aversion pour les femmes Faujas n'en a cure mais s'aperçoit très vite que s'il veut réaliser son rêve il va devoir compter avec elles et se plie aux exigences de cette société qu'il a en aversion. Très engagé politique ce Bonapartiste se fait lentement accepter dans les salons les plus prestigieux et devient proche de Félicité, qui compte bien se servir de lui. Hélas son passé de traine savates le rattrapera, il s'entourera de mécréants trop gourmands comme lui. Criant victoire trop tôt Faujas tournera le dos des "dames" qu'il a fait semblant d'apprécier et disgracié par elles perdra tout le bénéfice de ses efforts. Un livre haut en couleurs où tous les pires défauts humains sont représentés avec une éclatante réalité. Les opportunistes se taillent la part du lion dans ces joutes sociales et dans cette course effrénée au pouvoir et à l'avoir...
Le ventre de Paris est le troisième de la fresque des Rougon-Macquart et le plus mal connu. Je m'explique, son titre et son auteur ne sont pas étrangers et ce, pour personne mais que l'on demande à l'un ou l'autre de quoi parle cet ouvrage et l'on va immanquablement se retrouver avec une description de ce gigantesque marché où l'on trouve de tout, des fleurs les plus simples telle la violette en passant par les étals de viande, les poissonneries, les divers fromages et toutes sortes de légumes. On se souvient de l'heure très matinale de l'installation, de la difficulté d'y apporter ses primeurs, des odeurs variées qui embaument ou dégoûtent. On y retient la sensation de mangeailles, de ripailles et de gras repas en perspective. Ce roman avait été presque méprisé lors de sa sortie, y compris par les contemporains de Zola dont Goncourt qui regardait le jeune-homme malingre qu'il était à l'époque d'un air désolé. On ne prêtait pas attention au message contenu dans l'ouvrage. Y prête t-on plus attention désormais ? Rien n'est moins sûr... En réalité sous fond de Halles ( Zola avait décidé que puisque Victor Hugo pouvait utiliser Notre Dame de Paris comme "actrice" principale de son roman, lui pouvait bien utiliser les Halles de Paris... ) Zola va nous conter l'histoire d'une famille : les Quenu et nous montrer comment la faiblesse et la générosité peuvent vite se transformer en vice et en cupidité sitôt qu'un héritage se profile à l'horizon. Il va ainsi nous montrer le lent cheminement de la pensée humaine et des actes qui vont en découler uniquement par peur de manquer, par peur que l'autre ne "mange" au sens propre comme au figuré tout ce qu'ils ont réussi à construire. Le ventre de Paris est la continuité directe de la Curée dont il reprend la trame, les nantis qui se baffrent et qu'on imagine gras et repus, vils et faussement humains... Une sensation réelle de ventre plein nous envahit tout le long du roman et le dégoût de ces gens malveillants, calculteurs et cupides nous donnent la nausée comme si nous avions trop mangé. Trop mangé de saleté, la leur, leur façon d'être et de vivre en étant convaincus qu'ils agissent pour le bien de tous...
Le ventre de Paris c'est l'abondance de chair et de mets. La profusion de consommable, ces ménagères qui viennent faire leurs commissions pour les repas. Mais c'est aussi Florent le frère de Quenu, qui vient de s'échapper du bagne et qui affâmé par 3 jours de fuite, crève de faim lorsqu'il débarque chez son frère et sa belle-soeur Lisa. Il raconte sa faim, son errance. Il n'a pas changé, est resté le même qu'avant son emprisonnement et Quenu le reconnaissant partage les sentiments de son frère mais aussi ses rêves et ses ambitions. Lisa elle est outrée par les confidences de son beau-frère, confidences qu'il fait devant sa fille la petite Pauline. Elle est une femme douce et attentionnée, calme et maitresse de ses nerfs. Elle réfléchit et mène sa maison de main de maitre avec réserve et fermeté en même temps. Elle analyse toutes les situations et ne laisse jamais sa part au hasard ou aux aléas. Elle voit donc d'un mauvais oeil ce "gêneur" revenu de l'enfer. Lisa la sage va réussir à convaincre son faible époux que Florent est un danger pour leur bien être. Elle fera tant et si bien que Quenu persuadé que sa douce épouse sait tout gérer et se trompe rarement ouvre les yeux sur ce qu'il considère comme une vérité. Reste cette part d'héritage qu'il faut remettre à Florent puisque c'est son dû et Lisa insiste sur ce fait. Insensiblement, sans qu'elle en soit consciente elle même, en toute bonne foi pourrait-on dire va s'arranger pour faire disparaitre son beau-frère qu'elle renverra au bagne. Convaincue de bien agir puisqu'elle ira même jusqu'à consulter un prêtre pour la conseiller. Lisa dans cette quête de la tranquillité et de la quiètude fera ressortir le tempérament Macquart qui sommeille en elle.. Sa douceur et sa bonté prendront des allures monstrueuses lorsqu'elle réfléchira à la situation et arrivera à la conclusion que Florent ne peut pas rester avec eux sans les mettre en péril...
Avec ce second ouvrage Zola met le doigt de façon plus incisive sur les relations Rougon et Macquart et sur les influences croisées, de même que sur la prépondérance de la transmission des caractéristiques de l'aïeule Adélaïde. Ainsi, Aristide le fils de Pierre Rougon développe t-il les vices de Macquart, le bandit, l'homme des chemins sans foi ni loi. Aristide veuf de sa première femme qui lui a donné deux enfants : Clotilde et Maxime décide de monter à Paris. Sa soeur Sidonie lui permettra de rencontrer Renée Béraud du Chatel, riche jeune-fille qui lui apporte argent et terrains. Terrains qui lui offriront l'opportunité de se lancer dans les spéculations immobilières, relancée par les travaux d'Haussmann. Il compte acheter à faible coût des terrains qu'il revendra à la ville de Paris, ayant eu vent des gigantesques projets encore sur plans. Il échangera alors son nom de Rougon contre celui de Saccard pour prouver qu'il a l'intention de mettre à sac le marché et se remplir ainsi les poches. Il réussira mais à cause de son train de vie et ses dépenses énormes et inconsidérées il n'obtiendra pas le résultat escompté à la fin...
Renée s'ennuie à mourir et n'a pour tout intérêt que sa serre. Maxime rejoint son père à Paris et Renée tombe amoureuse de lui. Bien qu'elle ait plusieurs amants elle continue de s'ennuyer tant si et bien qu'en devenant la maitresse de Maxime elle commettra l'inceste. Dans le même temps Aristide connait ses premiers déboires financiers et il songe alors à escroquer sa femme pour se refaire. C'est lors d'une fête qu'il découvrira l'infidélité de sa femme et l'infâmie de son fils. Maxime qui s'est fiancé entre temps quitte Renée. La famille éclate et la débâcle financière se confirme. Renée mourra peu de temps après le mariage de Maxime.
La curée comme son nom l'indique est l'épreuve de force. La montée en puissance par tous les moyens même les plus vils et les plus bas. On y trouve aussi un fond de morale latente en voyant Saccard se débattre dans les soucis financiers. Finances qui ne lui appartiennent pas et qu'il dilapidera dans des spéculations hasardeuses et un train de vie trop élevé. La curée c'est aussi la douleur de Renée, son ennui perpétuel. L'impression de fragilité et de faiblesse qu'on sent en elle sauf face à Maxime où c'est elle qui dirige. S'ensuit sa lente descente dans l'univers de la dépravation multipliant les aventures adultère pour clore sur l'inceste, infâmie suprême. Avec cet ouvrage nous entrons dans le monde de la sauvagerie pour la course au pouvoir. On y décèle la précarité de l'illusion du matérialisme . L'être et le paraître s'entrechoquent et à la fin de l'ouvrage le constat s'impose. Cette faune est vide et creuse et leur vie construite sur du vent s'effondre à la moindre erreur.
Un style riche et limpide, cet opus se lit facilement. Les décors somptueux décrits par Zola enchantent et c'est là tout son art que cette capacité à décrire la noirceur des hommes tout en donnant un plaisir immense à lire...
NB : on me demande pourquoi je mets en illustration la version livre de poche. Je suis tentée de répondre : et pourquoi pas ? en effet le support d'une oeuvre m'importe peu et le livre de poche présente un intérêt majeur : il est transportable facilement, on le fourre dans son sac, il est peu cher, facilement remplaçable.. etc.. Je reste accroc aux oeuvres contenues dans les ouvrages. A quoi donc servirait une collection reliée cuir si l'on ne lit pas ? Et quand on aime lire les livres on les maltraite bien involontairement rien qu'à les manipuler. Dans tous les cas plusieurs versions existent dans diverses maisons d'édition, chacun peut choisir à son gré. Un conseil toutefois : prenez toujours en version intégrale originale.
PRINCE ALPHA
C’est une histoire à raconter,
Au coin du feu, les soirs d’hiver,
Que ce loup qui se prit à aimer,
Une louve au cœur solitaire.
Quand leurs deux âmes se sont croisées,
Sans même qu’ils y prêtent attention
Leurs esprits se sont mélangés,
Venait de naître une passion.
Mais le destin traîtreusement,
Tenta des coups, des maléfices,
Et plaça insidieusement
De très grands trous, des précipices.
Sans y penser, comme par magie
Les écueils ils ont évité
Aidés par on ne sait quel esprit,
Ils ont enfin pu se trouver.
Une histoire vraie, un conte de fée,
Qui se raconte dans les chaumières
Pour prouver à l’humanité
Qu’un loup çà n’est pas sanguinaire.
Même si parfois, lors des ébats,
Lorsque leurs corps sont en émoi,
Au moment de l’ultime instant,
C’est une lutte presque un combat.
Là il est temps de les laisser
Avancer, construire leur avenir,
S’éloigner sur la pointe des pieds
Peut-être un jour pour revenir.
En attendant dans le grand bois,
Parfois même jusqu’au petit jour,
On entend le grand mâle alpha
Pousser ses hurlements d’amour.
Ecrit perso du 20 Mai 2007 ( dépôt légal )
Muriel Alexandre Langlet 2007-2010 - Tous droits réservés.
Propriété intellectuelle. Toute reproduction même partielle, toute copie, modification ou utilisation même à des fins privées est strictement interdite sans mon consentement écrit.
Danse avec les Loups
Un intermède nécessaire pour vous annoncer que, désormais, le blog rédigé sur ce site ne sera plus dédié qu'aux textes et poèsies. Un blog généraliste, ouvert ailleurs, traitera de l'ensemble des sujets qui me préoccupent, ou de tous autres dont j'ai parfois envie de parler. En suite un dernier poème perso, mon préféré bien qu'il ne soit pas le plus parfait sur le plan littéraire, loin s'en faut d'ailleurs..
Danse avec les loups comme illustration pour ce semi-départ, parce que c'est l'un de mes deux films préférés d'une part et parce que Kevin Kostner reste et restera me semble t-il mon acteur favori avec un grand F. ( on ne se refait pas lol ). Cette image a une histoire, l'histoire d'une visite de bon matin, un jour de mars il y a quelques années...
Un jour, nous avons attendu de tes nouvelles... En vain, j'ai longtemps envoyé des mails, certaine que cette absence brutale ne pouvait avoir d'autres explications qu'un incident que j'espèrais technique ou bénin... Au fond de moi je me doutais bien... Mais on ignore souvent les signes ou les sensations laissées par une personne. Il aurait pu s'agir d'une autre personne proche, ce qui serait revenu au même finalement...
Ce 16 Avril tu devais venir, nous avions beaucoup de choses de prévues... Les jours, puis les semaines et les mois se sont écoulés sans aucun signe de vie... Trois mois pour être précise... Au terme desquels je viens d'apprendre la nouvelle...
A Nicolas, un ami sincère et drôle, toujours présent, bourré d'humour et de sérieux quand il fallait. A son épouse et sa petite fille de 4 ans à qui il va manquer cruellement.... Professeur d'escrime, champion dans sa spécialité, grand sportif... Il laissera son empreinte parce qu'on n'oublie pas les gens comme lui, trop rares pour partir si tôt.... A 32 ans...
Une foule d'émotions et de sentiments se bousculent, de moments de joie en moments de désespoir. De ceux où le laisser aller domine à ceux où l'énergie déborde de toutes parts... Tantôt rien ne sort et le papier reste vierge, sans forcer, inutile de vouloir les extirper, çà n'est pas le bon instant, pas encore, pas tout de suite... Soudain, sans y prendre garde, le papier est là et le stylo de lui même enchaine à une vitesse impressionnante les idées qui sortent à un débit vertigineux, les phrases se mettent alors en place toutes seules, sans aucun effort, nul besoin d'avoir conscience de ce qui se profile, nul besoin de rectifier ou modifier quoi que ce soit... çà coule comme un torrent limpide et çà se construit sans douleur... Rien ne peut laisser présager quel sujet sera dominant, sortie d'une période de doutes intenses et le texte pourra être très noir comme il pourra rayonner de mille feux braqués vers l'espoir et l'avenir... Souvent, toutefois il y a un rapport avec le vécu, pas forcément récent... Tout dépend du temps de rétention... Les émotions négatives, les chagrins, les douleurs sont les plus difficiles à exprimer et mettent souvent un temps retard dans l'expression pour s'exorciser quand le soleil brille de nouveau... Curieuse étude que cette auto-analyse de l'expression. Les dates systématiquement indiquées en sont la meilleure référence... Combien de temps après un évènement ? aucune relation d'un vécu à l'autre... Une joie, un bonheur verra son expression presque instantanément, voire au moment même où cela se produit... A l'intérieur c'est l'explosion et le portable et son bloc-notes deviennent très précieux pour ne rien perdre de ce qu'il est nécessaire de conserver. C'est un besoin bien plus qu'un travail... Comme une force vitale qui a besoin de sortir tout autant que la lave sort du volcan au moment de l'éruption... On imagine souvent un effort laborieux, des ratures, des rectifications de toutes sortes.. de longues heures pour rédiger un texte, parfois même des reprises et de nombreuses remises en question mais en réalité il n'en est rien.. la plupart des nouvelles courtes prennent à peine dix minutes tant le flot est intense. Les textes, pour les plus longs n'ont jamais été sur plus d'une semaine... Je parle bien entendu de création pas d'execution pour une autre personne qui demande une appropriation et une plongée dans le vécu de quelqu'un d'autre. Tout aussi passionnant, plutôt vécu du côté "travail" que du côté "thérapie" perso cependant... Pas la même approche, pas la même façon de réaliser l'écrit. Plus reposant d'une certaine façon tout en étant moins purgatif.. Pas simple à expliquer ce qu'est la maladie de l'écriture... Est-ce pour transmettre quelque chose à autrui ? Que nenni ! même pas... Juste le besoin d'exprimer à huis clos comme çà tout de suite, de manière impérieuse presque vitale une tranche de vie, un moment ou une fiction sortie de l'imaginaire... Une idée qui germe et sur laquelle va se greffer toutes sortes de situations dont certaines seront issues du vécu du rédacteur... La rédaction d'un livre est plus complexe, naît d'abord l'idée, puis l'atmosphère qui se construit, il faut à ce stade construire une trame avec les personnages, les lieux et les grands évènements pour ne pas construire quelque chose de fouillis ou d'ingeste par trop de répétitions qui ne manqueraient pas de se produire sans cette mise en place préalable. Ce guide de la pensée. Ce travail effectué avec soin permettra ensuite d'écrire à "l'instinct" de la même manière qu'on écrit les nouvelles en procédant par chapitres et en laissant germer les idées nouvelles au fur et à mesure que l'ouvrage avance et selon que l'on soit satisfait du résultat, si la tonalité que l'on veut transmettre est présente... Il est inutile de préciser que l'on ne rédige pas un courrier administratif de cette façon là... Là il est question de rigueur, et l'on établit un courrier qui doit être clair et concis et dont toute émotion doit être parfaitement absente...
Pensée et expression de l'expression écrite justement, la plus noble..Je crée personnellement avec une feuille et un stylo ou n'importe où avec mon portable à qui je confie une foule de petites choses qui naissent en des lieux parfois incongrus. Quand çà me prend. Les poésies sont presque toutes construites ainsi...
En illustration deux dessins de Luis Royo, mon artiste préféré.
Oeuvres sous copyright et protégées par les droits d'auteurs.
La Messagère
Elle se réveille en sursaut en cette mi-avril, il fait toujours nuit et elle cherche fébrilement de la main la présence rassurante qui a bercé ses nuits des années durant... Les brumes du sommeil s'estompent et elle se souvient alors... La solitude, sa compagne privilégiée, devenue son quotidien, lui revient en mémoire. Une larme roule doucement le long de sa joue, elle restera unique, il n'en reste plus suffisamment pour apaiser sa souffrance et malgré l'heure très matinale elle se lève, bien décidée à ne pas se laisser gagner par le passé, qui fait d'elle un pantin gonflé d'émotions négatives... Une sensation particulière l'a assaillie alors qu'elle était encore à demi-consciente. Cà n'était pas un cauchemar qui l'avait tirée de sa torpeur mais une présence, elle en était sûre. Une vision floue lui était apparue brièvement et c'est de manière imprécise qu'elle tentait de se remémorer les traits inconnus... Qui était-elle donc ? Et quel message pouvait-elle bien chercher à lui transmettre ? Elle n'avait rien laissé de concret, juste des émotions, des images, une forme de communication codée... La jeune-fille de la nuit était déjà venue lui rendre visite au cours des mois précédents mais rien ne laissait penser à une visite volontaire; un rêve plutôt et elle n'avait pas songé une seule seconde qu'il pouvait s'agir d'une messagère accomplissant une mission qui semblait lui tenir à coeur, compte tenu de son insistance et de la fréquence de ses apparitions. Ce matin elle avait été plus insistante qu'à l'ordinaire et en sirotant son café elle ne pouvait s'empêcher d'y penser comme si leurs âmes avaient communiqué, à son insu... Une foule de questions se pressaient... Depuis quelques temps il lui arrivait nombre de visions et sensations de cet ordre et elle ne voyait pas quel rapport ils pouvaient avoir entre eux. Tout avait réellement commencé au lendemain de son veuvage, après que les démarches et accomplissements douloureux aient été terminés... Il lui était alors apparu heureux et confiant. Pour la première fois "elle" était à ses côtés et ils semblaient rayonner comme pour dire qu'il fallait trouver la sérénité et que désormais, plus rien ne s'opposait à un avenir radieux. Elle sortait toujours très fatiguée lorsque ses pensées étaient envahies de la sorte. Elle ne parvenait toujours pas à comprendre la signification de ce qu'ils tentaient de lui insuffler. Inquiète pour son équilibre mental elle en avait même parlé au thérapeute qui la suivait depuis le suicide de son mari. Celui ci comportementaliste croyait plus en une façon d'intégrer la mort de manière constructive au quotidien qu'à de réelles visites d'entités durant son sommeil. Il était satisfait de voir l'évolution positive et le déni de responsabilité que cela entraine, responsabilité engendrée par de tels drames au sein des familles... Au lendemain des obsèques il était donc accompagné mais aucune visualisation n'avait été possible. Il n'était pas seul mais aucune réalité vraie n'était près de lui. Ce matin là dans sa fin de sommeil, c'est elle, qui lui était apparue, seule... Au premier abord çà ne pouvait être en relation avec aucun fait de sa vie actuelle. Elle ne voyait aucun rapport de près ou de loin.. Un an après pourquoi cette personne revenait-elle lui parler ? Qu'avait-elle donc à lui dire ? Cette fois ci elle n'en parlera à personne, elle gardera pour elle, inutile d'inquièter et de risquer de passer pour une folle. Convaincue que certaines âmes continuent d'errer autour de ceux qu'ils ont aimé et qui les ont aimés jusqu'à ce que, apaisés, ils puissent rejoindre ceux partis avant eux; quand le message qu'ils veulent transmettre est passé, quand l'amour et la vie ont repris leurs droits... Peut-être est-ce aussi le fait d'y croire qui les provoque ? Peut-être n'ont-ils aucune réalité que dans l'esprit de celui ou celle qui les vit ? Elle ne souhaitait pas un débat d'idées, elle croyait ce qu'elle ressentait, elle n'avait aucun doute et la seule question qui se posait à elle était ce "pourquoi ?" auquel elle ne trouvait aucune réponse raisonnable. Il était venu la voir seul, puis très vite un nuage l'accompagnait comme l'ayant attendu et accueilli à son arrivée, et elle, dans son grand lit froid, même si cette idée la réconfortait, ne comprenait rien à ce qui se passait... Aujourd'hui, jour du premier anniversaire de ce départ brutal, une commémoration difficile et les images revenaient comme semblant toujours vivantes et attendant d'elle une action précise.. Un évènement qui ne venait pas, elle envisageait presque une attente de leur part à tous deux, se disait que peut-être l'attendaient-ils elle ? Serait-ce le moment pour elle aussi de faire le grand voyage ? Celui d'où l'on ne revient pas ? Une année entière s'était écoulée, qu'elle n'avait pas vu passer, les yeux rivés en arrière, refusant de voir les choses, n'acceptant pas l'inacceptable. Et ce matin, en ce jour particulier "elle" était revenue, lui répéter inlassablement la même chose, sans mots, juste avec le coeur, là d'où viennent les mots les plus purs, ceux que l'on n'écrit pas mais que l'on transmet par la pensée avec son âme.. Sauf que ces mots là n'avaient aucun sens pour elle. La jeune-fille insistait mais elle ne savait quoi faire.. Soudain en fin de journée, alors qu'elle ressassait ses songes en boucle, elle imagina que sans doute la défunte avait laissé quelqu'un derrière elle... Un enfant peut-être ?... Dans ce cas souhaitait-elle qu'elle le retrouve ? son voeu était-il qu'elle entre en contact avec un vivant ? Pour lui transmettre un message ? Ses yeux semblaient dire : trouves-le ou quelque chose de similaire... trouves-le ? De qui s'agissait-il ? Aurait-elle un jour la réponse à sa question ?
Ecrit perso du 16/04/2009 ( dépôt légal )
Muriel Langlet .2010
Tous droits réservés. Propriété intellectuelle. Toute reproduction même partielle, toute copie,modification ou utilisation même à des fins privées est strictement interdite sans mon consentement écrit.
L'Eternelle chanson
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête,
Nous nous croirons encore de jeunes amoureux,
Et je te sourirai tout en branlant la tête,
Et nous ferons un couple adorable de vieux.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.
Sur notre banc ami, tout verdâtre de mousse,
Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer,
Nous aurons une joie attendrie et très douce,
La phrase finissant toujours par un baiser.
Combien de fois jadis j'ai pu dire " Je t'aime " ?
Alors avec grand soin nous le recompterons.
Nous nous ressouviendrons de mille choses, même
De petits riens exquis dont nous radoterons.
Un rayon descendra, d'une caresse douce,
Parmi nos cheveux blancs, tout rose, se poser,
Quand sur notre vieux banc tout verdâtre de mousse,
Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer.
Et comme chaque jour je t'aime davantage,
Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain,
Qu'importeront alors les rides du visage ?
Mon amour se fera plus grave et serein.
Songe que tous les jours des souvenirs s'entassent,
Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens.
Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent
Et sans cesse entre nous tissent d'autres liens.
C'est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l'âge,
Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main
Car vois-tu chaque jour je t'aime davantage,
Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain.
Et de ce cher amour qui passe comme un rêve,
Je veux tout conserver dans le fond de mon coeur,
Retenir s'il se peut l'impression trop brève
Pour la ressavourer plus tard avec lenteur.
J'enfouis tout ce qui vient de lui comme un avare,
Thésaurisant avec ardeur pour mes vieux jours ;
Je serai riche alors d'une richesse rare
J'aurai gardé tout l'or de mes jeunes amours !
Ainsi de ce passé de bonheur qui s'achève,
Ma mémoire parfois me rendra la douceur ;
Et de ce cher amour qui passe comme un rêve
J'aurai tout conservé dans le fond de mon coeur.
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête,
Nous nous croirons encore aux jours heureux d'antan,
Et je te sourirai tout en branlant la tête
Et tu me parleras d'amour en chevrotant.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.
Rosemonde GERARD ( 1871 - 1933 )
Certains vers de ce délicieux poème sont très connus, pour avoir été repris en symbole sur de célèbres bijoux : les médailles d'amour... A chaque publication on voit les gens réfléchir, et se dire "tiens çà me dit quelque chose, je connais oui..." J'ai pensé bien longtemps que çà avait un peu terni ce texte, en réalité en le lisant il illustre bien, avec sobriété, les années qui passent tout en ne laissant aucune faille dans la tendresse qui unit deux êtres... Ecrit par une femme avec toute la sensibilité et la lucidité que lui ont donné l'âge... Tout simplement parfait...
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