Le ventre de Paris est le troisième de la fresque des Rougon-Macquart et le plus mal connu. Je m'explique, son titre et son auteur ne sont pas étrangers et ce, pour personne mais que l'on demande à l'un ou l'autre de quoi parle cet ouvrage et l'on va immanquablement se retrouver avec une description de ce gigantesque marché où l'on trouve de tout, des fleurs les plus simples telle la violette en passant par les étals de viande, les poissonneries, les divers fromages et toutes sortes de légumes. On se souvient de l'heure très matinale de l'installation, de la difficulté d'y apporter ses primeurs, des odeurs variées qui embaument ou dégoûtent. On y retient la sensation de mangeailles, de ripailles et de gras repas en perspective. Ce roman avait été presque méprisé lors de sa sortie, y compris par les contemporains de Zola dont Goncourt qui regardait le jeune-homme malingre qu'il était à l'époque d'un air désolé. On ne prêtait pas attention au message contenu dans l'ouvrage. Y prête t-on plus attention désormais ? Rien n'est moins sûr... En réalité sous fond de Halles ( Zola avait décidé que puisque Victor Hugo pouvait utiliser Notre Dame de Paris comme "actrice" principale de son roman, lui pouvait bien utiliser les Halles de Paris... ) Zola va nous conter l'histoire d'une famille : les Quenu et nous montrer comment la faiblesse et la générosité peuvent vite se transformer en vice et en cupidité sitôt qu'un héritage se profile à l'horizon. Il va ainsi nous montrer le lent cheminement de la pensée humaine et des actes qui vont en découler uniquement par peur de manquer, par peur que l'autre ne "mange" au sens propre comme au figuré tout ce qu'ils ont réussi à construire. Le ventre de Paris est la continuité directe de la Curée dont il reprend la trame, les nantis qui se baffrent et qu'on imagine gras et repus, vils et faussement humains... Une sensation réelle de ventre plein nous envahit tout le long du roman et le dégoût de ces gens malveillants, calculteurs et cupides nous donnent la nausée comme si nous avions trop mangé. Trop mangé de saleté, la leur, leur façon d'être et de vivre en étant convaincus qu'ils agissent pour le bien de tous...
Le ventre de Paris c'est l'abondance de chair et de mets. La profusion de consommable, ces ménagères qui viennent faire leurs commissions pour les repas. Mais c'est aussi Florent le frère de Quenu, qui vient de s'échapper du bagne et qui affâmé par 3 jours de fuite, crève de faim lorsqu'il débarque chez son frère et sa belle-soeur Lisa. Il raconte sa faim, son errance. Il n'a pas changé, est resté le même qu'avant son emprisonnement et Quenu le reconnaissant partage les sentiments de son frère mais aussi ses rêves et ses ambitions. Lisa elle est outrée par les confidences de son beau-frère, confidences qu'il fait devant sa fille la petite Pauline. Elle est une femme douce et attentionnée, calme et maitresse de ses nerfs. Elle réfléchit et mène sa maison de main de maitre avec réserve et fermeté en même temps. Elle analyse toutes les situations et ne laisse jamais sa part au hasard ou aux aléas. Elle voit donc d'un mauvais oeil ce "gêneur" revenu de l'enfer. Lisa la sage va réussir à convaincre son faible époux que Florent est un danger pour leur bien être. Elle fera tant et si bien que Quenu persuadé que sa douce épouse sait tout gérer et se trompe rarement ouvre les yeux sur ce qu'il considère comme une vérité. Reste cette part d'héritage qu'il faut remettre à Florent puisque c'est son dû et Lisa insiste sur ce fait. Insensiblement, sans qu'elle en soit consciente elle même, en toute bonne foi pourrait-on dire va s'arranger pour faire disparaitre son beau-frère qu'elle renverra au bagne. Convaincue de bien agir puisqu'elle ira même jusqu'à consulter un prêtre pour la conseiller. Lisa dans cette quête de la tranquillité et de la quiètude fera ressortir le tempérament Macquart qui sommeille en elle.. Sa douceur et sa bonté prendront des allures monstrueuses lorsqu'elle réfléchira à la situation et arrivera à la conclusion que Florent ne peut pas rester avec eux sans les mettre en péril...
Avec ce second ouvrage Zola met le doigt de façon plus incisive sur les relations Rougon et Macquart et sur les influences croisées, de même que sur la prépondérance de la transmission des caractéristiques de l'aïeule Adélaïde. Ainsi, Aristide le fils de Pierre Rougon développe t-il les vices de Macquart, le bandit, l'homme des chemins sans foi ni loi. Aristide veuf de sa première femme qui lui a donné deux enfants : Clotilde et Maxime décide de monter à Paris. Sa soeur Sidonie lui permettra de rencontrer Renée Béraud du Chatel, riche jeune-fille qui lui apporte argent et terrains. Terrains qui lui offriront l'opportunité de se lancer dans les spéculations immobilières, relancée par les travaux d'Haussmann. Il compte acheter à faible coût des terrains qu'il revendra à la ville de Paris, ayant eu vent des gigantesques projets encore sur plans. Il échangera alors son nom de Rougon contre celui de Saccard pour prouver qu'il a l'intention de mettre à sac le marché et se remplir ainsi les poches. Il réussira mais à cause de son train de vie et ses dépenses énormes et inconsidérées il n'obtiendra pas le résultat escompté à la fin...
Renée s'ennuie à mourir et n'a pour tout intérêt que sa serre. Maxime rejoint son père à Paris et Renée tombe amoureuse de lui. Bien qu'elle ait plusieurs amants elle continue de s'ennuyer tant si et bien qu'en devenant la maitresse de Maxime elle commettra l'inceste. Dans le même temps Aristide connait ses premiers déboires financiers et il songe alors à escroquer sa femme pour se refaire. C'est lors d'une fête qu'il découvrira l'infidélité de sa femme et l'infâmie de son fils. Maxime qui s'est fiancé entre temps quitte Renée. La famille éclate et la débâcle financière se confirme. Renée mourra peu de temps après le mariage de Maxime.
La curée comme son nom l'indique est l'épreuve de force. La montée en puissance par tous les moyens même les plus vils et les plus bas. On y trouve aussi un fond de morale latente en voyant Saccard se débattre dans les soucis financiers. Finances qui ne lui appartiennent pas et qu'il dilapidera dans des spéculations hasardeuses et un train de vie trop élevé. La curée c'est aussi la douleur de Renée, son ennui perpétuel. L'impression de fragilité et de faiblesse qu'on sent en elle sauf face à Maxime où c'est elle qui dirige. S'ensuit sa lente descente dans l'univers de la dépravation multipliant les aventures adultère pour clore sur l'inceste, infâmie suprême. Avec cet ouvrage nous entrons dans le monde de la sauvagerie pour la course au pouvoir. On y décèle la précarité de l'illusion du matérialisme . L'être et le paraître s'entrechoquent et à la fin de l'ouvrage le constat s'impose. Cette faune est vide et creuse et leur vie construite sur du vent s'effondre à la moindre erreur.
Un style riche et limpide, cet opus se lit facilement. Les décors somptueux décrits par Zola enchantent et c'est là tout son art que cette capacité à décrire la noirceur des hommes tout en donnant un plaisir immense à lire...
NB : on me demande pourquoi je mets en illustration la version livre de poche. Je suis tentée de répondre : et pourquoi pas ? en effet le support d'une oeuvre m'importe peu et le livre de poche présente un intérêt majeur : il est transportable facilement, on le fourre dans son sac, il est peu cher, facilement remplaçable.. etc.. Je reste accroc aux oeuvres contenues dans les ouvrages. A quoi donc servirait une collection reliée cuir si l'on ne lit pas ? Et quand on aime lire les livres on les maltraite bien involontairement rien qu'à les manipuler. Dans tous les cas plusieurs versions existent dans diverses maisons d'édition, chacun peut choisir à son gré. Un conseil toutefois : prenez toujours en version intégrale originale.
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