passion

Esprit de soi

 

Esprit de soi

Des reflets irisés scintillaient tout le long du chemin où la menaient ses pas. Les déplacements incessants avaient eu raison de son énergie et c’est en flânant qu’elle reprenait lentement ses esprits. Sillonnant la France dans toutes ses dimensions elle en avait vu récemment, et entendu aussi. Comme les enfants qui découvrent le mauvais côté des choses elle restait songeuse en se demandant bien comment elle avait pu vivre aussi longtemps en ignorant les perversités humaines. Pas de simples roublardises dont elle avait toujours eu conscience mais bel et bien d’ignominies latentes et universelles… Elle qui n’aspirait qu’à un idéalisme non conservateur mais emprunt d’un certain traditionalisme se trouvait soudain confrontée à des comportements que même les animaux n’adoptent pas. Cela n’altérait en rien sa propre vision des choses et de la vie mais la laissait perplexe… L’on annonçait la fin du monde depuis la nuit des temps, les prophéties s’étaient succédées et jusqu’alors rien ne permettait de prêter foi à ces élucubrations toutes plus fantaisistes les unes que les autres. Cette fois ci c’était les comportements et les réactions, associés aux modifications climatiques qui lui faisaient penser à une fin très proche. Ce peut-il que le comportement humain « moral » ait plus d’impact sur le futur que tout le reste réuni ? Elle poursuivait son chemin laissant ses pensées la déborder… Un sourire se dessina sur ses traits. Le vent marin lui balayait le visage et elle se disait que çà n’avait aucune importance. Elle se sentait unique d’un seul coup, marchant là, seule, les idées dans le désordre, l’âme légère de savoir qu’elle connaissait sur la planète les seules personnes qui lui ressemblaient… Cette idée la rassurait et lui faisait voir la vie sous un autre angle. Qu’importaient les agissements de l’ensemble de l’humanité ? Elle était riche d’un trésor inestimable… Celui dont peu jouissent sur terre. L’amour de certains proches, même absents. La tendresse et l’amitié vraie. Ces valeurs qui font bouger quand vient le manque. Ces idéaux, ces signes de reconnaissance qui n’appartiennent qu’à peu d’élus… Elle poursuivait sa promenade en chantonnant, le soleil lui réchauffait le cœur, les mouettes criardes se disputaient un invisible butin, au loin des enfants profitaient des vacances… Août faisait une entrée fracassante, et elle se glissait lentement au travers du temps. D’un seul coup, fière d’être elle, se moquant éperdument du jugement des autres. Ne cherchant plus à ressembler à ce qu’elle ne comprendrait jamais…

 

4 Août 2011 (dépôt légal en cours)

Muriel Langlet.2011 - Tous droits réservés.

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Le chemin de l'oubli

 

Dans les méandres de l'esprit se joue parfois une mascarade quand la mémoire se travestit et renvoie des illusions capables de nous faire avancer. Coûte que coûte sans s'arrêter, laisser le temps défiler. Lui qui, dit-on adoucit les peines et les rend plus supportables. La peine parlons-en. Ne serait elle pas, elle aussi, une simple vue de l'esprit ? Rien n'est plus relatif que les sentiments. De toutes sortes, de toute nature. On joue à faire semblant, comme si de rien n'était jusqu'à ce qu'un évènement, une date, une odeur, un timbre de voix nous ramène à la réalité toute nue. Alors à l'intérieur le manque se fait sentir. Brusquement apparait la vérité, celle que le cerveau cherche à masquer, et l'on se sent vidé de toute trace de vie... Quand ce qui faisait notre substance, notre raison de continuer disparait. Sans crier gare ce que l'on cherche à oublier nous rattrape et nous saisit au vol. On reste là comme stupéfait de voir à quel point à l'intérieur tout est pareil. De vieux réflexes se manifestent, on est perdu. Tant de temps passé pour rien. Tout çà pour çà. Rien que pour comprendre qu'il faudra encore bien plus de temps et d'efforts. Quand tout cela prendra t-il fin ? Y aura t-il une fin digne de la longueur de l'absence ? Pourquoi n'y a t-il pas de prise directe sur nos pensées, qui s'entrechoquent au rythme du manque ? Pourquoi cette fatigue qui rend plus épuisant les actes de la vie quand aux yeux du monde tout parait parfait. Quand autour personne ne sait qu'à l'intérieur des nuits, dans les rêves, tout est comme avant, à l'identique. Que l'espoir reste là tapi aux tréfonds de soi comme un illusionniste qui nous fait aimer les jours tempérés par les nuits magiques. L'âme joue à cache-cache et l'on fait semblant. Il est difficile d'admettre que l'on se ment à soi même... Mentir aux autres, quand on en est conscient, est une vilaine chose mais que dire du mensonge que l'on se fait à soi, dans l'inconscience du désir profond de l'oubli comme si rien ne s'était passé, comme si une tranche de notre vie, si petite et insignifiante soit-elle pouvait ne pas avoir existé...

 

 

 

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Pierre Michel BILLON

 

"Une rencontre entre un vertige fascinant et la magie de la vision qui s'affine, un pinceau, une toile, des couleurs ! Et l'éveil : celui de ma perception. Et mon histoire commence ! J'embarque pour un univers merveilleux... Celui de la liberté. Aujourd'hui je vous invite à la partager avec moi. Venez me donner vos impressions et vos conseils car il me faut encore grandir." Pierre Michel BILLON

Pierre Michel Billon est né le 15 Novembre 1978 à Paris 16ème. C'est un soir, alors que sa maman dessinatrice a délaissé son oeuvre qu'il "touche" l'art pour la toute première fois. Alors que celle ci s'est absentée il se risque à finir le dessin commencé... Le virus vient de le toucher de plein fouet. Lui qui ignorait ce don inné, va alors se prendre au jeu et aller encore plus loin. 

Pierre Michel me dira : Les clowns sont pour moi une passion. L'univers du cirque donne à la vie cette dérision nécessaire. C'est une partie de moi que je retranscris dans mes oeuvres, la manière dont je perçois le monde et la vie au quotidien...

J'ai aimé cette délicatesse dans le tracé, cette émotion qui traverse l'oeuvre et vient nous parler de l'artiste. Quand on regarde une de ses toiles on l'imagine en train de peindre, dans le calme, concentré sur son art. Pierre Michel est d'un naturel calme et pondéré. Très organisé aussi, son book est impressionnant. Un de ces artistes qui méritent d'être connus et reconnus. Plus que des mots voici un très bref aperçu de quelques unes de ses oeuvres que j'ai eu le privilège de découvrir...

 

 

 Il se raconte avec tendresse,  toujours à l'écoute de qui se trouve à ses côtés. D'un naturel avenant tout en restant discret, il nous invite dans son monde avec la candeur de sa passion. Il peint des clowns mais pas seulement... Son âme l'emmène là où vous souhaitez la guider et il peint sur commande imprégné de vos envies...

 

 

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur cet artiste vous pouvez me contacter ici, je lui transmettrai vos coordonnées. Pierre Michel est également sur facebook.



 

Merci à toi Pierre Mi pour ces bons moments passés et à très bientôt se voir. J'ai hâte de découvrir tes dernières créations :)



NDLA : tous droits réservés 2011

Les photos publiées dans cet article sont strictement privées et m'ont été confiées par leur propriétaire. Toute reproduction, même partielle sans son autorisation écrite est strictement interdite.

 

 

Le monde littéraire en Deuil

 

 

Jean DUTOURD

Jean DUTOURD (1920-2011)   photo google

« La mission de l’écrivain, c’est de troubler les agonies. »

« La seule chose dont on soit sûr, en ce qui concerne l’avenir, c’est qu’il n’est jamais conforme aux prévisions »

Jean Dutourd, académicien, ancien résistant,  a tiré sa révérence, sans bruit, nous laissant orphelin d’une langue française bafouée par la venue des langages codés de type sms.

Il alliait avec l'élégance de son savoir et la brutalité propre aux gens défendant une juste cause le respect des convenances et du savoir-vivre et faisait preuve d'une ouverture d'esprit rare chez les personnes de sa génération. Il avait la particularité de chercher à comprendre, toujours en toutes circonstances.

Pour lui l'important n'était pas les choses que l'on a à dire mais la façon dont on les dit...

Philippe Bouvard lui rend hommage en disant de lui :

« C’était le patriarche des Grosses Têtes, c’était notre bonne conscience culturelle. De temps en temps nous l’entrainions dans nos facéties, mais nous lui devons beaucoup car il a donné aux Grosses Têtes leurs lettres de noblesse".

Jean Dutourd était un homme au savoir incommensurable. Il savait toujours tout, sobrement, sans se prendre pour un être supérieur. Il savait tout simplement, avec modestie et ne détestait pas la franche rigolade, tournant en dérision certains sujets qui le méritaient. Il avait l'humeur joyeuse et même ses coups de gueule étaient justifiés...

Conseiller littéraire chez Gallimard, il a obtenu le Prix interallié en 1952 pour son roman :

« Au Bon Beurre ».

Il était entré à l'Académie en 1978, élu au fauteuil de Jacques Rueff.

Jean Dutourd aimait aussi la polémique et l'avait dévoilé dans :  Henri et l'Education nationale (1983),

« Démission des parents: action consistant à donner beaucoup d'argent de poche et peu de gifles »Gaulliste convaincu il avait mis son grain de sel après l'élection de François Mitterand dans : La gauche la plus bête du monde (1985)

Il s'est éteint le 17 Janvier à l'âge de 91 ans... Ses obsèques ont eu lieu ce matin. Un grand homme nous a quitté, la littérature se retrouve orpheline, une grosse perte pour la défense de notre belle langue française, dans toute sa splendeur. Ses écrits resteront à jamais. Nous ne l'oublierons pas.

Salut l'artiste...

L'Epée de Damoclès

 

Denys l'Ancien, tyran de Syracuse, vivait dans un château cerné d’une fosse et sans cesse sous la surveillance de nombreux gardes. Grand inquiet il trouva des courtisans qui devaient passer leur temps à le flatter et surtout le rassurer. Damoclès, roi des orfèvres, ne cessait de le flatter en répetant qu'il avait beaucoup de chance d'être le tyran de Syracuse. Agacé, Denys lui proposa de prendre sa place pendant un an. Au milieu du festin, Damoclès leva la tête et vit qu’une épée était suspendue au-dessus de lui, et qu'elle n’était retenue que par un crin du cheval de Denys. D'autres prétendent que cette épée était suspendue par le tyran Denys lui-même. Ainsi il montra à Damoclès que son rôle de tyran possédait deux faces, la puissance et la mort.

A notre époque on utilise cette expression pour définir une situation qui indique que désormais la personne n'a plus le droit à l'erreur. Bien entendu dans des faits importants et mettant en péril un aspect important de la vie : liberté, santé, etc... C'est en quelque sorte un dernier avertissement, une forme de sursis.

 

Antonin Artaud ou la Force de vie

Antonin Artaud

 

Qui suis-je?

d'où je viens?

je suis Antonin Artaud

Et que je le dise

comme je sais le dire

immédiatement

vous verrez mon corps actuel

voler en éclats

et se ramasser

sous dix mille aspects

notoires

un corps neuf

où vous ne pourrez

plus jamais

m'oublier.

Antonin Artaud (1896-1948)

Conscience de son moi profond

C'est un jeune homme qui arrive à Paris. Son désir avoué : devenir poète. Il entend par poète être un artiste complet. Très doué pour le dessin et la peinture il s'interesse également au théatre. Il mêlera intimement tous ces arts pour en faire une littérature hors du commun. Déchirante, passionnante, envôutante...

Il se mettra donc à écrire des poèmes mais verra ses oeuvres refusées par les éditeurs. Il insiste, persuadé qu'il est vital pour lui que ses oeuvres soient mises à disposition de tous. Il dira comme argument à Rivière, à qui il écrira de nombreuses correspondances :

" Je suis témoin, je suis le seul témoin de moi-même. " " Je me connais, et cela me suffit, et cela doit suffire, je me connais parce que je m’assiste, j’assiste Antonin Artaud. "

L’Ombilic des Limbes, Le Pèse-Nerfs, Fragments d’un Journal d’Enfer, peuvent être considérés comme les textes les plus denses et les plus fulgurants de leur époque, parce qu’ils sont les témoins de la difficulté à penser, de la douleur physique qui ne le quitte pas depuis qu'il a été réformé, avec tant de lucidité qu’il est peu de critiques qui aient pu s'approcher de l'essence même des oeuvres avec perspicacité. Ils sont la représentation de l'expression de Antonin Artaud lui même qui disait "quelque chose de furtif qui m’enlève les mots que j’ai trouvés, qui diminue ma tension mentale, qui détruit au fur et à mesure dans sa substance la masse de ma pensée... ". il s'y définira ainsi, montrant qu'il écrit avec tous les sens de son être " Je suis homme par mes mains et mes pieds, mon ventre, mon cœur de viande, mon estomac dont les nœuds me rejoignent à la putréfaction de la vie. "

L'oeuvre d'Antonin Artaud est une biographie permanente. Les quelques rares à lui faire confiance et à apprécier ses écrits à leur juste valeur seront visionnaires et quelques années plus tard, bien après sa mort l'écrivain fut l'objet d'un véritable mouvement de mode.

André Breton dira :

" A jamais la jeunesse reconnaîtra pour sien cet oriflamme calciné. "

Il explosa littéralement et ces manifestations de passion furent variées mais se concentrèrent principalement sur les planches. Les oeuvres complètes de l'auteur furent publiées sous le titre : "Théatre et son double" Ceci explique sans doute cela.. Cette superbe dura environ une dizaine d'années mais ce qui est surprenant est que dans la majorité des cas quand le public se détourne d'un auteur il a tendance à oublier son adoration précédente et à renier totalement l'objet de son attirance. Pour Artaud il n'en fut rien. Les strass des premiers temps éteints, il restait tout de même ce respect et cette reconnaissance qui faisait définitivement de lui un grand écrivain..

Pour lire Artaud il faut garder à l'esprit cet attachement profond qu'il se vouait à lui même. Il considérait ses propres oeuvres et créations comme les meilleures et il est fort probable qu'il ne lisait aucun autre auteur.

Ses poèmes sont d'une excellence absolue. Il faut toutefois toujours garder un certain détachement en les lisant, et prendre garde de ne pas entrer dans le personnage. Sa folie réelle se trouve sur chaque mot, chaque phrase et au détours des pages que l'on tourne elle nous observe prête à nous envahir...

Il n'est qu'à se souvenir de quelle manière il les écrivait, à l'hopital psychiatrique où il était enfermé..

Plusieurs ouvrages en même temps, quelques lignes sur chaque au hasard de ses ressentis, de ses émotions. Le tout illustré de ses dessins. Un artiste complet, un peu dingue.. De là à penser que c'est justement ce qui fait de lui un auteur d'exception il n'y a qu'un pas...

La faute de l'abbé Mouret - Emile Zola

La faute de l'abbé Mouret

 

Ce roman est le cinquième volume des Rougon-Macquart. Il est la continuité parfaite du précédent en ce sens qu'il se situe toujours dans le monde clérical. Dans celui-ci Zola va beaucoup plus loin et ne cache pas ses idées pro-calviniste bien qu'il ne le reconnaisse qu'implicitement et à plusieurs reprises il s'était prononcé contre le célibat des prêtres. En 1874 Emile Zola avait commenté " la tentation de Saint-Antoine", commentaire adressé au Sémaphore de Marseille, qui avait censuré toute la partie religieuse de la critique. Il s'en était confié à Flaubert dans une lette qu'il lui adressait le 9 Avril 1874. Frustré de cette découpe c'est donc dans " La faute de l'abbé Mouret" que l'écrivain avait abordé l'histoire d'une tentation : celle d'un homme de religion. Ce cinquième roman se démarque de l'ensemble de l'oeuvre en ce sens où il est plus instinctif, qu'un pur produit du naturalisme*genre littéraire opposé au romantisme. Il est toutefois parfaitement intégré puisque l'on y retrouve toujours cette opposition latente en toute chose. Serge Mouret élevé dans la foi, qui a des principes et des interdits, et Albine qui est athée. Là où la prouesse de l'auteur est exceptionnelle c'est que la présentation d'Alvine, ses motivations et son comportement ne font pas d'elle une impie mais une femme au sens originel du terme, illustrant l'amour simple et non-raisonné, indemne du pêché. Dans l'ouvrage précédent Zola dépeint le prêtre avide de pouvoir et de reconnaissance; dans celui-ci l'homme d'église tombe amoureux et découvre les tourments du désir charnel. On voit dans ce volume poindre la notion qui oppose le christianisme au catholicisme. Chacun mêlant dans son pot, à sa sauce, les ingrédients qui lui conviennent au moment où çà lui convient ( tels les bourgeois pseudo-puritains qui se dévergondent dans les cabarets par exemple mais tiennent à faire bonne contenance en perpétuant les traditions ). Ce livre met en lumière l'hypocrisie d'une société prétendument pure et respectueuse des conventions sociales en dénonçant l'amour entre un prêtre ayant fait voeu de chasteté et d'une femme( forcément mauvaise) qui signe sa perte spirituelle. Ils sont rabaissés au rang animal dans une relation bestiale. Fait rare dans cette grande saga, une fin dramatique peu commune. A mon sens cet ouvrage est un pur chef-d'oeuvre à tous les niveaux, le meilleur des vingt volumes que compte "les Rougon-Macquart", malgré de lourdes critiques lors de sa sortie.

 

Serge Mouret, prêtre dans un petit village, vit avec sa soeur Désirée et sa servante la teuse. Il pratique sa foi avec force et conviction. Alors qu'il est en compagnie du Docteur Pascal, Albine apparait brièvement puis disparait parmi les fleurs. Cette vision furtive  fera battre son coeur de plus en plus jusqu'à lui donner la fièvre. L'amour vient de s'emparer de lui. Amour réciproque que la morale réprouve. Le combat intérieur d'un homme d'église qui en oubliera tout pour l'amour d'elle. Elle qui mourra pour l'amour de lui... Le tout avec le style et la richesse d'expression propre à Zola.

* Le naturalisme est l'art de parler d'évènements proches, vérifiables et réalistes. Le romancier prépare un plan et passe de longs moments à préparer la mise en forme de son ouvrage. De nombreuses notes sont prises. Peu de place à l'imagination puisque lorsque le plan est terminé le livre est quasiment écrit. Par opposition au romantisme où l'écrivain travaille à l'instinct et monte sa trame au fur et à mesure qu'avancent ses écrits. Bien souvent il ne sait pas à l'avance ce que çà donnera ( Georges Sand écrivait ainsi). Le naturalisme n'enlevant rien au talent de l'auteur s'il en a et ne lui en rajoutant pas s'il n'en a pas..

Paul Verlaine - Prince des poètes

 

Paul Verlaine est  né à Metz le 30 Mars 1844 et s'est éteint à Paris le 8 Janvier 1896 d'usure prématurée, probablement dûe à la consommation excessive d'absinthe qu'il appréciait particulièrement. Il est le précurseur des "poètes maudits". Il utilise les rythmes impairs et les assonances et sa façon de créer ses textes et poésies est unique et ne répond pas aux normes utilisées jusqu'à présent. Cela en fera un poète d'exception, tout en émotion, dépeignant les paysages en demi-teinte. Le maitre des clairs-obscurs. A la suite du décès de son père il s'installe avec sa mère à Paris où il fréquente les salons littéraires. En 1866 il participe au "Parnasse contemporain". Il y publie les "Poèmes saturniens"  qui comporte  "chanson d'Automne, dont quatre vers seront très connus puisque utilisés par radio Londres  : " Les sanglots longs des violons de l'automne.. " suivi de  : " Blessent mon coeur d'une langueur monotone." On sent l'influence qu'a sur lui un autre poète maudit : Baudelaire. Verlaine a des penchants contre lesquels il lutte avec acharnement et c'est ainsi qu'en 1870 il épouse Mathilde Mauté pour qui il vient de composer : "La bonne chanson". La France entre en guerre contre la Prusse et l'empire Allemand est proclamé à Versailles. Verlaine qui prend parti pour la Commune doit quitter Paris avec sa famille. A leur retour à Paris il fera une rencontre qui bouleversera sa vie. Il révélera ses penchants homosexuels et s'enfuiera avec son amant : Arthur Rimbaud. Cet amour le rendra prolifique et il écrira presque tout le recueil des "Romances sans paroles" pendant sa fuite amoureuse. En 1873 à la suite d'une dispute il tire sur Rimbaud avec un révolver et le blesse à la main. Celui ci apeuré se rend à la police et porte plainte. Verlaine sera emprisonné deux ans, jugement très sévère quand on sait que Rimbaud a immédiatement retiré sa plainte... En cellule il écrira deux recueils : "Cellulairement" et "sagesse" qui ne seront jamais publiés mais dont les écrits serviront pour d'autres oeuvres qu'il créera par la suite : "Jadis et naguère" et "Parallèlement". En 1883 il se fera connaitre en publiant dans "Lutèce" une première partie des poètes maudits dont font partie Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé et Tristan Corbières. En 1887 alors qu'il est de plus en plus connu il sombre dans la misère noire. Les recettes de ses ventes ne lui fournissent que le souper et sa situation se détériore tant et si bien qu'il passe beaucoup de temps à l'hopital. En 1894 il connait enfin la consécration en étant sacré "Prince des poètes" et on lui attribue une pension de subsistance. Paul Verlaine très fougueux aura connu la prison très vite remplacé par l'hopital. Il consacrera deux ouvrages à ces deux endroits : "Mes prisons" et "Mes hopitaux", poésies en prose qui valent le détour.

 

Paul Verlaine

Paul Verlaine (1844-1896)

Cet auteur est à mon sens le meilleur poète qu'il nous soit donné de lire tant l'émotion transparait dans chacun de ses textes, l'auto-biographie y est toujours latente, et sa sensibilité y est sublimée. La fougue qu'il manifeste dans la vie de tous les jours laissant la place à l'âme de l'homme qu'il est. Rimbaud aura une influence prépondérante sur la couleur des écrits et sur leur intensité.

Comme suite logique quelques oeuvres choisies, souvent très connues parce qu'il est plus facile de présenter quelqu'un de cette façon, dans un premier temps, pour continuer plus tard sur des oeuvres plus méconnues mais tout aussi merveilleuses si ce n'est plus pour certaines...

 

Chanson d'automne (1)

Les sanglots longs

Des violons

De l'automne

Blessent mon coeur

D'une langueur

Monotone.

Tout suffocant

Et blême, quand

Sonne l'heure,

Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure

Et je m'en vais

Au vent mauvais

Qui m'emporte

Deçà, delà,

Pareil à la

Feuille morte.

 

A Madame X...

En lui envoyant une pensée

Au temps où vous m'aimiez (bien sûr ?),

Vous m'envoyâtes, fraîche éclose,

Une chère petite rose,

Frais emblème, message pur.

Elle disait en son langage

Les "serments du premier amour",

Votre coeur à moi pour toujours

Et toutes les choses d'usage.

Trois ans sont passés. Nous voilà !

Mais moi j'ai gardé la mémoire

De votre rose, et c'est ma gloire

De penser encore à cela.

Hélas ! si j'ai la souvenance,

Je n'ai plus la fleur, ni le coeur !

Elle est aux quatre vents, la fleur.

Le coeur ? mais, voici que j'y pense,

Fut-il mien jamais ? entre nous ?

Moi, le mien bat toujours de même,

Il est toujours simple. Un emblème

A mon tour. Dites, voulez-vous

Que, tout pesé, je vous envoie,

Triste sélam, mais c'est ainsi,

Cette pauvre négresse-ci ?

Elle n'est pas couleur de joie,

Mais elle est couleur de mon coeur.

Je l'ai cueillie à quelque fente

Du pavé captif que j'arpente

En ce lieu de juste douleur.

A-t-elle besoin d'autres preuves ?

Acceptez-la pour le plaisir.

J'ai tant fait que de la cueillir,

Et c'est presque une fleur des veuves.

 

Mon rêve familier 

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,

Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur transparent

Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l'ignore.

Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore,

Comme ceux des aimés que la vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

 

Green

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches

Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.

Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches

Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée

Que le vent du matin vient glacer à mon front.

Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée

Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête

Toute sonore encor de vos derniers baisers,

Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête.

Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

 

Il pleure dans mon coeur

Il pleure dans mon coeur

Comme il pleut sur la ville,

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie

Par terre et sur les toits !

Pour un coeur qui s'ennuie,

Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison

Dans ce coeur qui s'écoeure.

Quoi ? nulle trahison ?...

Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi

Sans amour et sans haine

Mon coeur a tant de peine !

 

Clair de lune

Votre âme est un paysage choisi

Que vont charmant masques et bergamasques

Jouant du luth et dansant et quasi

Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur

L'amour vainqueur et la vie opportune

Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur

Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,

Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres

Et sangloter d'extase les jets d'eau,

Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.

 

Colloque sentimental

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,

Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux spectres ont évoqué le passé.

 Te souvient-il de notre extase ancienne?

 Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?

 Toujours vois-tu mon âme en rêve?  Non.

Ah ! les beaux jours de bonheur indicible

Où nous joignions nos bouches !  C'est possible.

 Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !

 L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,

Et la nuit seule entendit leurs paroles.

 

Spleen

Les roses étaient toutes rouges,

Et les lierres étaient tout noirs.

Chère, pour peu que tu te bouges,

Renaissent tous mes désespoirs.

Le ciel était trop bleu, trop tendre

La mer trop verte et l'air trop doux.

Je crains toujours,  ce qu'est d'attendre!

Quelque fuite atroce de vous.

Du houx à la feuille vernie

Et du luisant buis je suis las,

Et de la campagne infinie

Et de tout, fors de vous, hélas !

 

Nevermore

Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L’automne

Faisait voler la grive à travers l’air atone,

Et le soleil dardait un rayon monotone

Sur le bois jaunissant où la bise détonne.

 

Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,

Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.

Soudain, tournant vers moi son regard émouvant :

« Quel fut ton plus beau jour ? » fit sa voix d’or vivant,

 

Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.

Un sourire discret lui donna la réplique,

Et je baisais sa main blanche, dévôtement.

 

 Ah ! les premières fleurs, qu’elles sont parfumées !

Et qu’il bruit avec un murmure charmant

Le premier oui qui sort de lèvres bien-aimées !

 

 (1) Chanson d'automne a été publié par diverses maisons d'édition, des plus connues aux plus anonymes. J'ai récemment lu ce poème dans une édition supposée regrouper les plus grands poèmes classiques tout auteurs confondus et à ma grande désolation celui ci était tronqué. Je précise donc ce fait :

On doit bien lire : ... blessent mon coeur d'une langueur monotone et non : ... bercent mon coeur d'une langueur monotone.

 

 

Les chevaux d'Achille de K.Kavafy

Amour et tendresse...

LES CHEVAUX D'ACHILLE

 

A la vue de Patrocle sans vie,

lui, si vaillant, si vigoureux, si jeune,

les chevaux d’Achille se mirent à pleurer,

leur nature immortelle se révoltait

devant ce spectacle de la mort.

Ils remuaient leurs longues crinières,

secouaient leurs têtes, battaient la terre,

ils se lamentaient sur Patrocle, à présent sans âme,

ravagé, un rebut de chair sans vie ,

son esprit disparu,  sans défense,  sans souffle,  

rendu de la vie au grand Rien.

Zeus, voyant ses chevaux immortels en larmes, fut touché.

“Aux noces de Pylée” dit-il,

“Je ne devais pas me laisser à mon impulsion,

on n’aurait pas dû vous donner, mes pauvres chevaux.

Votre place n’était point parmi les humains,

ces pitoyables jouets du destin.

Vous, que ni la mort, ni la vieillesse n’atteignent

vous êtes en train de souffrir de misères temporelles,

participant aux malheurs des hommes”. 

Pourtant, les deux nobles bêtes, versaient toujours leurs larmes

devant l’indicible désastre de la mort.

av. 1911 – 20

 

K. Kavafy

( d'après l'Illiade d'homère )

 

 

Les Rougon-Macquart d'Emile Zola

Emile Zola

 

A la fin de l'année 1867 Emile Zola projette d'écrire une grande oeuvre familiale , largement inspiré par "la comédie humaine" de Balzac dont il termine la lecture. Très marqué par ses lectures il vient de terminer Thérèse Raquin, roman appuyé sur la théorie des quatre tempéraments présentée par Emile Deschanel dans "psychologie des écrivains et des artistes ou Essai de critique naturelle" paru chez Hachette en 1864, là où Zola travaille en qualité de chef de la publicité. Zola tente alors de faire des "écrits scientifiques" en appliquant au roman les bases analytiques proches de la chirurgie et de la logique mathématique. Il met en place cette analyse de la société dans laquelle il vit tant sur le plan humain que politique ou même géographique.. une bonne partie de sa propre histoire et de son expérience transparaitrons dans les ouvrages de cette fresque humaine : les Rougon-Macquart. Emile Zola est très organisé et la série de roman qu'il prépare fait l'objet d'une étude attentive et d'un "plan" qu'il suivra s'écartant très peu avant la parution, et supprimant très peu de passages qui ne seront jamais publiés... Nombre de notes sont conservées à la bibliothèque nationale. Pour la préparation de cette oeuvre, on y trouve, sans qu'il soit possible de déterminer dans quel ordre l'auteur les as utilisées : Une liste de livres dans ses réflexions liminaires, il a pris beaucoup de notes en particulier de Charles Letourneau ( physiologie des passions ) et surtout du Dr Lucas, auteur qui va avoir une importance prépondérante pour la génèse des Rougon-Macquart. Il commence par établir une liste de 10 romans, commençant par " roman initial, province" et c'est avec sa feuille de papier et sa plume qu'il réfléchit et monte son oeuvre, façon de travailler qui va devenir habituelle chez lui... Sur une autre note on trouve : " les différences entre Balzac et moi" puis des "notes générales sur la marche de l'oeuvre", "notes générales sur la nature de l'oeuvre". Là où la différence entre Zola et ses auteurs fétiches :Stendhal, les frères Goncourt, Balzac, Flaubert,... se fera la plus éclatante est que dans les Rougon-Macquart il n'écrira l'histoire que d'une seule famille. La théorie qu'a soutenu Zola et qui, personnellement, m'a le plus amusée est l'idée selon laquelle une femme serait toujours marquée par son premier amour à tel point que les enfants qu'elle aurait par la suite avec un autre homme présenteraient forcément les traits de caractère de l'amour perdu, tout autant moraux que physiques ( Nana dans l'assomoir ressemble à Lantier ( la bête humaine) le premier amant de sa mère). Le style très riche d'émile Zola, avec force détails et descriptions sous forme d'énumération, contenant des phrases très longues en font un auteur difficile à lire, non pas sur le plan littéraire où cette richesse est un atout mais sur le plan psychologique, car il est un auteur à  lire à tête reposée, en ayant conscience de chaque détours du livre. Chaque lecture nous apporte un plus culturel, tant sur le plan géographique, qu'historique. Lire Zola c'est se fondre dans le XIX ème siècle, c'est assister à l'arrivée de l'electricité, c'est aller laver son linge au lavoir, c'est descendre dans les mines ou batifoler dans le salon de nana, c'est visiter les grands magasins parisiens ou souffrir en même temps que la famille de coupeau... C'est prendre conscience de la différence de rémunération entre la capitale et la province. C'est comprendre le fossé des classes sociales mais aussi les efforts de charité des "nantis" et de la grogne salariale. Cette oeuvre est la mémoire du régime issu de Louis Napoléon Bonaparte..  Son oeuvre mise en place avec tant de soins que rien n'est laissé au hasard. On n'y trouve aucun anachronisme, ce qui est très rare chez les grands auteurs. Même chez ceux qui situent les faits à leur époque.. Je vais tenter de vous présenter chaque ouvrage dans l'ordre chronologique. La fresque se compose de : La fortune des Rougon - La curée - Le ventre de Paris - La conquête de Plassans - La faute de l'abbé Mouret - Son excellence Eugène Rougon - L'Assomoir - Une page d'amour - Nana - Pot-bouille - Au bonheur des dames - La joie de vivre - Germinal - L'Oeuvre - La terre - Le rêve - La bête humaine - L'Argent - La débâcle - Le docteur Pascal

Mon souhait serait de vous donner envie de lire cette fresque humaine qui contient 20 romans, en tentant d'y attirer les plus jeunes. J'ai bien sûr une raison à cela, la voici : Alors que je suis en 6ème, déjà très attirée par les lettres, avec des notes Français frisant l'indécence, entrée au collège... Tout est nouveau, les méthodes de travail diffèrent et... plusieurs personnes doivent s'occuper des jeunes : les professeurs ayant chacun leur matière ou parfois deux tout au plus. Me voilà donc avec UN professeur de français... J'ai du mal à accepter sa façon de prononcer atone, tout autant les dictées que les poèmes. Enfin bref il n'a pas la passion et je crois que 40 ans après j'en suis toujours aussi convaincue... Ce manque de passion va, à l'époque me faire passer à côté de quelqu'un de sublime : Emile Zola. Dès les premières leçons nous est servi : Germinal, je vais haïr cet ouvrage au delà de l'acceptable, à un point qu'il ne sera jamais ouvert à la maison, moi qui passe mon temps à lire les romans et contes de Voltaire et à éplucher toute l'oeuvre de Molière, je fais une "allergie" à Zola. Ce professeur avait oublié un élément essentiel : pour capter l'attention il faut tout autant parler de l'histoire que nous conte l'auteur que de la façon dont il nous la sert. Il me semble largement plus judicieux d'intéresser son jeune public, de lui donner des repères qu'il sera capable de comprendre et d'amener dans son univers. J'en veux à cet homme car je ne découvrirai cette fresque que 15 ans plus tard... Et longtemps après je sais que ce qu'il nous en a dit était débile et inutile... Il aurait suffit d'un peu de passion, d'un peu de bonne volonté... Je précise que si je me souviens bien de cet homme c'est bel et bien qu'il fut le seul à croiser ma route.. Tous les autres professeurs, quelque soit la matière qu'ils aient enseigné ont toujours su attirer mon attention et n'ont jamais déclenché de telles réactions négatives mais il fallait que ce soit dit...

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