pensée

Au delà du rêve

 

 

La belle et la bête de Luis Royo

 

Le soleil semble avoir laissé une empreinte de feu sur la terre sèche et de longues trainées  indiquent que l'été est déjà bien avancé sans qu'une seule goutte d'eau ne soit venue l'abreuver la libérant de son carcant aride. Eparses, quelques touffes résitantes ont survécu au fléau et attendent courageusement cette pluie divine qui les fera renaitre. Malgré la chaleur accablante, détestable, je décide de sortir, pour me promener, de par les champs et les vignes.. Elles ne souffent pas de la sècheresse, contrairement à la majorité des végétaux; bien au contraire cette dernière semble leur être profitable, décourageant les parasites à sortir de leur cachette, cautérisant les plaies laissées par d'aucun d'entre eux au printemps précédent. Il suffira que la pluie fasse son apparition au bon moment, faisant gonfler les raisins, les gorgeant d'un coup, tendant leur peau, hydradant leur pulpe. Pas trop cependant, pas trop longtemps non plus, pas trop près de la récolte pour que le degré ( taux de sucre ) ne soit trop bas, présage d'une année mémorable voire même d'un millésime. Les années de canicule étant propices à l'exception... Je m'en moque un peu désormais, enfin c'est ce que je prétends souvent, pour ne pas retomber dans la passion, celle de leur culture, celle qui fait aimer tout autant les jours de pluie, les jours d'hiver où il gèle fort, les jours de printemps où tombe le grésil, les jours où la vigne tout de rose et de vert vêtue s'étale en long rubans, magnifique à l'oeil... Ces moments où tout petits les raisins apparaissent, juste après que les bourgeons, de par leur forme nous aient indiqué quelle année se profile. Longs et pointus ils sont vides ou presque et les soins devront être très importants pour mener à l'automne le peu que la nature a décidé de produire. Rétrécis à leur base et s'étalant soudain en large carré, ils annoncent une année prolifique, où l'on peut espèrer sans être trop optimiste, un "trois" de haut voire un quatre même !!! par endroits. Le trois de haut, c'est tout simplement trois grappes sur un même pisse-vin. Année souvent chaude en tous points, chaude parce que les risques d'orage sont plus importants et avec eux les risques de gel au sol, ou gel de printemps, risques de grêle apportée par les orages aussi brusques que ravageurs.. Gel de printemps, suivant la période et l'état d'avancement de la pousse qui peut être soit destructeur si les contre-bourgeons sont sortis eux aussi ou simplement déstabilisants quand on doit attendre de voir si dame nature a comme souvent prévu la relève. Le gel est démoralisant, par la couleur tabac qu'il donne à la vigne au lendemain de son passage, effacant les magnifiques couleurs roses et vertes pour les remplacer par cette sécheresse qui ne tarde pas à tomber ramenant l'ensemble à un stade presque hivernal. Il n'a pas que des inconvénients, cependant, il a pour effet de rendre à fruit, les rameaux de l'année qui ne l'étaient pas encore, donnant la possibilité l'année de taille suivante, de tailler sur tous les brins et ainsi de rajeunir l''ensemble plus vite. La grêle, je n'en parlerai pas, tant ses ravages sont destructeurs et bousillent les chais pour plusieurs années rendant pénible le travail, faisant perdre son latin aux bons professionnels, donnant dix fois plus de travail, en particulier au moment des tailles, celle d'hiver et celle d'été dite taille verte. Il faut alors rassembler tout son courage, sachant que l'année sera quasi stérile, que l'on travaille plus à une remise en état pour les années qui viennent sans aucune garantie, en particulier sanitaire si l'année est froide et pluvieuse rendant la cicatrisation difficile voire impossible et obligeant à l'arrachage... Je me ballade donc dans le chemin repensant à toutes ces années, aussi différentes les unes des autres, chacune ayant "son souvenir" de celui où la neige s'est mise à tomber en Mars, mois de taille par excellence, en gros flocons, s'étalant sur la vallée en contre-bas et où j'étais restée de très longues minutes à la regarder tomber, émerveillée par un aussi beau spectacle, aussi tard en saison.. de verte elle était brusquement devenue blanche, les oiseaux s'étaient tus et la nature habillée de son long manteau blanc était feutrée et douce. Seules les fumées des brouettes à feu étaient visibles au loin et donnaient à l'ensemble un air d'antan, un air de campagne vraie. Je n'oublierai jamais cet instant magique.. c'était il y a longtemps, dans une autre vie, un autre siècle et pourtant... De cet autre jour aussi, où le vent s'était brusquement levé, alors qu'en haut d'une vigne j'avais "senti" le chaud et froid de ce dernier et où je m'étais mise à courir d'instinct pour retourner à ma voiture le plus vite que pouvaient courir mes jambes et où j'étais arrivée pile à la seconde où la tempête s'était déchainée. La nature nous donne au fil du temps une intuition que l'on écoute sans réfléchir, sans savoir que l'on sait... De ces brusques silences quand un essaim de guêpes arrive.. On sait, on se met à l'abri.. Les signes de la vie sont là, et la vie simple et répétive à son contact nous apporte cette primalité nécessaire à la survie en milieu naturel... En serait il de même dans une autre région, que l'on n'a pas l'habitude de fréquenter? Je pense que oui, c'est un état d'esprit, une confiance en communion avec dame nature plus qu'une connaissance du lieu. Seuls les indices "d'arrivée" seraient à établir. Par chez nous suivant que l'orage arrive de tel ou tel endroit on sait si l'on doit remballer et partir ou simplement surveiller du coin de l'oeil au cas où les vents ramèneraient dans le mauvais sens.. Par l'ouest çà amène l'eau, mais par le nord ouest çà "glisse" sur la marne et l'on ne risque pas grand chose... Je regarde et je me souviens. Du passé ne reste que les bons moments, ceux que l'on garde à l'esprit parce qu'on les appellent expérience.../... J'ai marché un très long moment ainsi, sans me soucier de l'heure, sachant que personne ne m'attend à la maison, et qu'on ne s'inquiètera pas de ne pas me voir rentrer. J'ai humé l'odeur des arbres et de l'herbe, laissant mes pensées vagabonder et explorer l'intérieur de mon âme. Chaque recoin inspecté sans crier gare, chaque moment revisité, une foule de questions qui se pressent, comme dans toutes les situations où l'on se retrouve avec soi-même, laissant libre cours à son imagination, laissant les idées vagabonder, faisant la part de choses, relativisant des évènements, prenant conscience d'autres. Ces embardées à l'intérieur de soi, que l'on peut tout aussi bien faire chez soi, en méditation, mais qui sont toujours plus positives parce que non voulues, non dirigées, non empreintes d'obligation. Il apparait alors une foule de réponses auxquelles on n'aurait pas pensé, une foule de décisions que l'on n'aurait sans doute pas prises si l'on était resté devant sa télé ou son pc à travailler. Trop proche des réalités, des obligations qui nous placent dans une situation de contrainte incompatible avec l'essence même de la vie. A notre époque, où par intérêt nombre de personnes nous disent ce que nous voulons entendre autant que nécessaire pour changer de langage et de comportement sitôt qu'ils ont obtenu satisfaction, époque où nous devons rester vigilants à tenter de déjouer ces jeux machiavéliques d'êtres immoraux et vicieux imbus de leurs propres rêves au détriment de la sincérité. Chassez le naturel et il revient au galop. Je passe beaucoup de temps à observer les autres autour de moi et une vérité constante m'est apparue. Celle qui fait que l'on voit les autres à son image. Aussi la présence de quelqu'un qui va prétendre avoir les mêmes goûts, les mêmes envies à l'identique, ou être trop méfiant ou trop confiant m'incitera à la prudence. De même les personnes prétendant n'en avoir rien à faire de rien, se disant tolérant à l'infini ou faciles à vivre. Ou tout simplement prétendant à tout propos que rien n'est grave me verront tourner les talons extrèmement vite. Ce genre de réalité n'existe pas. Elle ne peut être que calculée jusqu'au moment où après avoir obtenu gain de cause, le mal fasse son apparition et le naturel se montrant sous son vrai jour, fait des ravages passant de la lumière à l'ombre avec la cohorte de souffrance que cela produit. Je suis d'un caractère entier et direct et jamais pour quelque raison que ce soit, ou dans quelque but que ce soit, je ne pourrai me résoudre à dire ce que l'on veut que je dise si çà n'est pas ce que je pense ou que je ressens vraiment. Cela donne au futur plus de solidité, parce qu'aucune mauvaise surprise n'est à prévoir : çà passe ou çà casse mais dans tous les cas je reste fidèle à moi même, à mes ideaux, à mes passions quelles qu'elles soient... Lue comme çà , on dirait une espèce d'animal sortant d'une caverne, associale ou socialement difficile, je ne pense pas qu'il en soit ainsi, mais je pense tout de même qu'il y a incompatibilité avec des personnes fonctionnant diamétralement à l'opposé.. A moins que l'adage qui dit que les contraires s'attirent, puissent parfois être applicable. Je ne le crois pas. Je pense plus à une complémentarité. Qui se ressemble s'assemble ( valable dans toutes les situations de la vie, amicale, amoureuse, professionnelle...) Cela n'empêche que parfois, on puisse être différents tout en ayant les mêmes goûts, les mêmes attirances, les mêmes passions, avec des degrés de connaissance différentes.. Il m''est arrivé de rencontrer des "âmes" qui, au fil des discussions présentaient le même profil... Souvent il faut être de la même génération pour avoir la chance de les croiser. Un passé presque à l'identique... Avec des variantes saines qui permettent un apport de l'un à l'autre, un partage, un échange bénéfique... J'ai souvent ces pensées vagabondes, ces rêves partagés uniquement avec moi même. Pour les garder au chaud ou pour les communiquer de façon différente, très personnelle, et ciblée. Une connection extra sensorielle en quelque sorte. Peu de receveurs, peu de destinataires. Cela reste une affaire entre moi et moi... Cà évite les conflits me direz-vous. Je me suis égarée au fil de l'écriture pour me retrouver là à passer d'une passion à l'autre,  non pas tout à fait opposées mais tout de même suffisamment différente l'une et l'autre pour être exposées dans un seul texte. Plus une expression qu'un texte réel d'ailleurs. Les mots sortent, ils s'étalent là d'eux mêmes et forment un mélange peu commun j'en conviens bien avant d'avoir relu. Relirais-je d'ailleurs ? rien n'est moins sûr. Au delà du rêve, plus qu'une passion, un besoin vital de laisser l'esprit se purger, de laisser le corps faire confiance à l'âme et à l'intérieur, au plus profond de soi pour y puiser l'espoir, pour se dire que rien n'est jamais perdu, que la vie nous offre aussi de bons moments, pour y croire encore et toujours, plus fort. Rester optimiste, ne pas se laisser gagner par le découragement qui nous assaille parfois quand les chagrins se font lancinants, quand les autres ne comprennent plus, quand on ne les comprend plus. Quand ils sont loin, absents, silencieux. Quand l'attente commence et qu'on ne sait combien de temps elle va durer, si elle prendra fin. Si elle vaut la peine d'être attente au lieu de renoncement. Y aura t-il un après, se peut il qu'un toujours se transforme en jamais ? ou qu'un jamais devienne un toujours alors que l'on n'y croit plus, que l'on ait raison ou tort d'y croire ou de n'y croire plus ? Philosophie de nuit, qui disparait à l'aube, questions auxquelles nulle réponse n'apportera l'aisance tout simplement parce que lorsqu'elles se présenteront les questions elles même auront été oubliées. L'esprit est subjectif et s'arrange pour dorer à l'or fin ce qui lui convient à l'instant où çà lui convient, d'où l'importance de ne pas se laisser influencer par autrui lors de ce cheminement personnel. Quand à la réflexion on ne sait pas toujours ce que l'on veut, n'est pas déjà une bonne chose que de savoir ce dont l'on ne veut pas ? Soi même pour soi ou pour ceux qu'on aime ? Quels sont les routes que l'on est prêt à empreinter pour suivre son destin, là où la vie nous mène, là où nous souhaitons qu'elle nous mène, là où nous savons que nous devons aller... Que le destin accomplisse le rêve intime, qu'il nous emmène au delà de lui, sur les chemins de la vérité, sans s'occuper des alentours, du qu'en dira-t-on, du qu'en pensera-t-on, pourvu que l'on soit entièrement en osmose sans aucune gêne, sans aucun frein, moral, social ou autre..

 Libre pensée 

 9 JUIN 2010

 

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Les jours avec...

 

Marlène et Jimmy

Marlène ma fille et Jimmy

Ce matin mon horoscope m'annonçait une bonne surprise en fin de journée. Je lis çà d'un oeil sans y croire plus que çà, comme tout le monde plus par habitude qu'autre chose. Et pourtant... Il y a un peu plus d'une heure, alors que je prépare l'article sur Emile Zola, le mp3 sur les oreilles,  les chiennes sont agitées et vont de bas en haut.. Puis la plus jeune Victoria, qui doit trouver mon immobilisme agaçant vient me donner des coups de tête en aboyant violemment. Cà n'est pas dans ses habitudes alors je retire le casque et me décide à aller voir ce qui cloche.. A la porte-fenêtre Jimmy mon gendre tente de voir si je suis là.. Ma fille est montée de Valras avec sa petite famille !!!! Je n'étais pas au courant, et c'est une super surprise.. Dans la semaine mon autre fille va venir aussi avec les siens... Des années que çà n'est pas arrivé, ici, là où elles ont grandi... Beaucoup d'émotions positives. Ils restent une semaine entière tous les quatre. Semaine qui va être bien remplie... Ils logent à Reims chez un cousin mais vont être là souvent...Je mets quelques photos, j'en mettrai  d'autres plus tard, de ce séjour...

Emma et Lucas

Emma à gauche, et Lucas à droite mes petits-enfants

QUE DU BONHEUR !!!

quelques photos à la suite...

 

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L'envie ...

Luis Royo 

Une foule d'émotions et de sentiments se bousculent, de moments de joie en moments de désespoir. De ceux où le laisser aller domine à ceux où l'énergie déborde de toutes parts... Tantôt rien ne sort et le papier reste vierge, sans forcer, inutile de vouloir les extirper, çà n'est pas le bon instant, pas encore, pas tout de suite... Soudain, sans y prendre garde, le papier est là et le stylo de lui même enchaine à une vitesse impressionnante les idées qui sortent à un débit vertigineux, les phrases se mettent alors en place toutes seules, sans aucun effort, nul besoin d'avoir conscience de ce qui se profile, nul besoin de rectifier ou modifier quoi que ce soit... çà coule comme un torrent limpide et çà se construit sans douleur... Rien ne peut laisser présager quel sujet sera dominant, sortie d'une période de doutes intenses et le texte pourra être très noir comme il pourra rayonner de mille feux braqués vers l'espoir et l'avenir... Souvent, toutefois il y a un rapport avec le vécu, pas forcément récent... Tout dépend du temps de rétention... Les émotions négatives, les chagrins, les douleurs sont les plus difficiles à exprimer et mettent souvent un temps retard dans l'expression pour s'exorciser quand le soleil brille de nouveau... Curieuse étude que cette auto-analyse de l'expression. Les dates systématiquement indiquées en sont la meilleure référence... Combien de temps après un évènement ? aucune relation d'un vécu à l'autre... Une joie, un bonheur verra son expression presque instantanément, voire au moment même où cela se produit... A l'intérieur c'est l'explosion et le portable et son bloc-notes deviennent très précieux pour ne rien perdre de ce qu'il est nécessaire de conserver. C'est un besoin bien plus qu'un travail... Comme une force vitale qui a besoin de sortir tout autant que la lave sort du volcan au moment de l'éruption... On imagine souvent un effort laborieux, des ratures, des rectifications de toutes sortes.. de longues heures pour rédiger un texte, parfois même des reprises et de nombreuses remises en question mais en réalité il n'en est rien.. la plupart des nouvelles courtes prennent à peine dix minutes tant le flot est intense. Les textes, pour les plus longs n'ont jamais été sur plus d'une semaine... Je parle bien entendu de création pas d'execution pour une autre personne qui demande une appropriation et une plongée dans le vécu de quelqu'un d'autre. Tout aussi passionnant, plutôt vécu du côté "travail" que du côté "thérapie" perso cependant... Pas la même approche, pas la même façon de réaliser l'écrit. Plus reposant d'une certaine façon tout en étant moins purgatif.. Pas simple à expliquer ce qu'est la maladie de l'écriture... Est-ce pour transmettre quelque chose à autrui ? Que nenni ! même pas... Juste le besoin d'exprimer à huis clos comme çà tout de suite, de manière impérieuse presque vitale une tranche de vie, un moment ou une fiction sortie de l'imaginaire... Une idée qui germe et sur laquelle va se greffer toutes sortes de situations dont certaines seront issues du vécu du rédacteur... La rédaction d'un livre est plus complexe, naît d'abord l'idée, puis l'atmosphère qui se construit, il faut à ce stade construire une trame avec les personnages, les lieux et les grands évènements pour ne pas construire quelque chose de fouillis ou d'ingeste par trop de répétitions qui ne manqueraient pas de se produire sans cette mise en place préalable. Ce guide de la pensée. Ce travail effectué avec soin permettra ensuite d'écrire à "l'instinct" de la même manière qu'on écrit les nouvelles en procédant par chapitres et en laissant germer les idées nouvelles au fur et à mesure que l'ouvrage avance et selon que l'on soit satisfait du résultat, si la tonalité que l'on veut transmettre est présente... Il est inutile de préciser que l'on ne rédige pas un courrier administratif de cette façon là... Là il est question de rigueur, et l'on établit un courrier qui doit être clair et concis et dont toute émotion doit être parfaitement absente...

Pensée et expression de l'expression écrite justement, la plus noble..Je crée personnellement avec une feuille et un stylo ou n'importe où avec mon portable à qui je confie une foule de petites choses qui naissent en des lieux parfois incongrus. Quand çà me prend. Les poésies sont presque toutes construites ainsi...

Luis Royo

En illustration deux dessins de Luis Royo, mon artiste préféré.

Oeuvres sous copyright et protégées par les droits d'auteurs.

Le bateau ivre

Le Bateau Ivre.

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs:
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots!

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour!

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants: je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir!

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets!

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs!

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs!

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux!

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan!
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et des lointains vers les gouffres cataractant!

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises!
Echouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums!

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux.

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons!

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets!

J'ai vu des archipels sidéraux! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur:
Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur?

Mais, vrai, j'ai trop pleuré! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer:
L'Acre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
O que ma quille éclate! O que j'aille à la mer!

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

 Arthur Rimbaud

( 1854 - 1891 )

Joyeux Anniversaire

Il y a un peu plus de trois ans sur un blog, celui d'orange j'ai fait une rencontre d'exception, de celle que l'on n'oublie pas puisqu'elle a scellé une amitié inaltérable qui survit à tout, même à l'éloignement, à l'absence ou aux petites ruptures de contacts imposées par la vie... Un ptitoiseaublessé est venu poser ses lignes en dessous des miennes... L'une écoutant l'autre, l'autre soutenant l'une... Les échanges furent riches et nombreux et le passage du virtuel au réel était évident. Une confiance sans limite, une amitié sans faille et sans ombre.... Aujourd'hui le ptitoiseau fête son Anniversaire, nous ne pouvons plus comme alors organiser de véritables fêtes par lignes interposées comme nous le faisions jadis.. Alors c'est ici que je les mets, pour toi quand tu vas passer...

 

Que cette journée te soit douce, entourée des tiens et de l'homme que tu aimes... Plein d'amour, de joie, de tendresse et de douceur et surtout que ta santé soit bonne... De gros bisous tendresse ma Marie en attendant qu'on puisse enfin se voir...

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