rien

Le chemin de l'oubli

 

Dans les méandres de l'esprit se joue parfois une mascarade quand la mémoire se travestit et renvoie des illusions capables de nous faire avancer. Coûte que coûte sans s'arrêter, laisser le temps défiler. Lui qui, dit-on adoucit les peines et les rend plus supportables. La peine parlons-en. Ne serait elle pas, elle aussi, une simple vue de l'esprit ? Rien n'est plus relatif que les sentiments. De toutes sortes, de toute nature. On joue à faire semblant, comme si de rien n'était jusqu'à ce qu'un évènement, une date, une odeur, un timbre de voix nous ramène à la réalité toute nue. Alors à l'intérieur le manque se fait sentir. Brusquement apparait la vérité, celle que le cerveau cherche à masquer, et l'on se sent vidé de toute trace de vie... Quand ce qui faisait notre substance, notre raison de continuer disparait. Sans crier gare ce que l'on cherche à oublier nous rattrape et nous saisit au vol. On reste là comme stupéfait de voir à quel point à l'intérieur tout est pareil. De vieux réflexes se manifestent, on est perdu. Tant de temps passé pour rien. Tout çà pour çà. Rien que pour comprendre qu'il faudra encore bien plus de temps et d'efforts. Quand tout cela prendra t-il fin ? Y aura t-il une fin digne de la longueur de l'absence ? Pourquoi n'y a t-il pas de prise directe sur nos pensées, qui s'entrechoquent au rythme du manque ? Pourquoi cette fatigue qui rend plus épuisant les actes de la vie quand aux yeux du monde tout parait parfait. Quand autour personne ne sait qu'à l'intérieur des nuits, dans les rêves, tout est comme avant, à l'identique. Que l'espoir reste là tapi aux tréfonds de soi comme un illusionniste qui nous fait aimer les jours tempérés par les nuits magiques. L'âme joue à cache-cache et l'on fait semblant. Il est difficile d'admettre que l'on se ment à soi même... Mentir aux autres, quand on en est conscient, est une vilaine chose mais que dire du mensonge que l'on se fait à soi, dans l'inconscience du désir profond de l'oubli comme si rien ne s'était passé, comme si une tranche de notre vie, si petite et insignifiante soit-elle pouvait ne pas avoir existé...

 

 

 

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Les chevaux d'Achille de K.Kavafy

Amour et tendresse...

LES CHEVAUX D'ACHILLE

 

A la vue de Patrocle sans vie,

lui, si vaillant, si vigoureux, si jeune,

les chevaux d’Achille se mirent à pleurer,

leur nature immortelle se révoltait

devant ce spectacle de la mort.

Ils remuaient leurs longues crinières,

secouaient leurs têtes, battaient la terre,

ils se lamentaient sur Patrocle, à présent sans âme,

ravagé, un rebut de chair sans vie ,

son esprit disparu,  sans défense,  sans souffle,  

rendu de la vie au grand Rien.

Zeus, voyant ses chevaux immortels en larmes, fut touché.

“Aux noces de Pylée” dit-il,

“Je ne devais pas me laisser à mon impulsion,

on n’aurait pas dû vous donner, mes pauvres chevaux.

Votre place n’était point parmi les humains,

ces pitoyables jouets du destin.

Vous, que ni la mort, ni la vieillesse n’atteignent

vous êtes en train de souffrir de misères temporelles,

participant aux malheurs des hommes”. 

Pourtant, les deux nobles bêtes, versaient toujours leurs larmes

devant l’indicible désastre de la mort.

av. 1911 – 20

 

K. Kavafy

( d'après l'Illiade d'homère )

 

 

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