Esprit de soi
Des reflets irisés scintillaient tout le long du chemin où la menaient ses pas. Les déplacements incessants avaient eu raison de son énergie et c’est en flânant qu’elle reprenait lentement ses esprits. Sillonnant la France dans toutes ses dimensions elle en avait vu récemment, et entendu aussi. Comme les enfants qui découvrent le mauvais côté des choses elle restait songeuse en se demandant bien comment elle avait pu vivre aussi longtemps en ignorant les perversités humaines. Pas de simples roublardises dont elle avait toujours eu conscience mais bel et bien d’ignominies latentes et universelles… Elle qui n’aspirait qu’à un idéalisme non conservateur mais emprunt d’un certain traditionalisme se trouvait soudain confrontée à des comportements que même les animaux n’adoptent pas. Cela n’altérait en rien sa propre vision des choses et de la vie mais la laissait perplexe… L’on annonçait la fin du monde depuis la nuit des temps, les prophéties s’étaient succédées et jusqu’alors rien ne permettait de prêter foi à ces élucubrations toutes plus fantaisistes les unes que les autres. Cette fois ci c’était les comportements et les réactions, associés aux modifications climatiques qui lui faisaient penser à une fin très proche. Ce peut-il que le comportement humain « moral » ait plus d’impact sur le futur que tout le reste réuni ? Elle poursuivait son chemin laissant ses pensées la déborder… Un sourire se dessina sur ses traits. Le vent marin lui balayait le visage et elle se disait que çà n’avait aucune importance. Elle se sentait unique d’un seul coup, marchant là, seule, les idées dans le désordre, l’âme légère de savoir qu’elle connaissait sur la planète les seules personnes qui lui ressemblaient… Cette idée la rassurait et lui faisait voir la vie sous un autre angle. Qu’importaient les agissements de l’ensemble de l’humanité ? Elle était riche d’un trésor inestimable… Celui dont peu jouissent sur terre. L’amour de certains proches, même absents. La tendresse et l’amitié vraie. Ces valeurs qui font bouger quand vient le manque. Ces idéaux, ces signes de reconnaissance qui n’appartiennent qu’à peu d’élus… Elle poursuivait sa promenade en chantonnant, le soleil lui réchauffait le cœur, les mouettes criardes se disputaient un invisible butin, au loin des enfants profitaient des vacances… Août faisait une entrée fracassante, et elle se glissait lentement au travers du temps. D’un seul coup, fière d’être elle, se moquant éperdument du jugement des autres. Ne cherchant plus à ressembler à ce qu’elle ne comprendrait jamais…
4 Août 2011 (dépôt légal en cours)
Muriel Langlet.2011 - Tous droits réservés.
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LES CHEVAUX D'ACHILLE
A la vue de Patrocle sans vie,
lui, si vaillant, si vigoureux, si jeune,
les chevaux d’Achille se mirent à pleurer,
leur nature immortelle se révoltait
devant ce spectacle de la mort.
Ils remuaient leurs longues crinières,
secouaient leurs têtes, battaient la terre,
ils se lamentaient sur Patrocle, à présent sans âme,
ravagé, un rebut de chair sans vie ,
son esprit disparu, sans défense, sans souffle,
rendu de la vie au grand Rien.
Zeus, voyant ses chevaux immortels en larmes, fut touché.
“Aux noces de Pylée” dit-il,
“Je ne devais pas me laisser à mon impulsion,
on n’aurait pas dû vous donner, mes pauvres chevaux.
Votre place n’était point parmi les humains,
ces pitoyables jouets du destin.
Vous, que ni la mort, ni la vieillesse n’atteignent
vous êtes en train de souffrir de misères temporelles,
participant aux malheurs des hommes”.
Pourtant, les deux nobles bêtes, versaient toujours leurs larmes
devant l’indicible désastre de la mort.
av. 1911 – 20
K. Kavafy
( d'après l'Illiade d'homère )
PRINCE ALPHA
C’est une histoire à raconter,
Au coin du feu, les soirs d’hiver,
Que ce loup qui se prit à aimer,
Une louve au cœur solitaire.
Quand leurs deux âmes se sont croisées,
Sans même qu’ils y prêtent attention
Leurs esprits se sont mélangés,
Venait de naître une passion.
Mais le destin traîtreusement,
Tenta des coups, des maléfices,
Et plaça insidieusement
De très grands trous, des précipices.
Sans y penser, comme par magie
Les écueils ils ont évité
Aidés par on ne sait quel esprit,
Ils ont enfin pu se trouver.
Une histoire vraie, un conte de fée,
Qui se raconte dans les chaumières
Pour prouver à l’humanité
Qu’un loup çà n’est pas sanguinaire.
Même si parfois, lors des ébats,
Lorsque leurs corps sont en émoi,
Au moment de l’ultime instant,
C’est une lutte presque un combat.
Là il est temps de les laisser
Avancer, construire leur avenir,
S’éloigner sur la pointe des pieds
Peut-être un jour pour revenir.
En attendant dans le grand bois,
Parfois même jusqu’au petit jour,
On entend le grand mâle alpha
Pousser ses hurlements d’amour.
Ecrit perso du 20 Mai 2007 ( dépôt légal )
Muriel Alexandre Langlet 2007-2010 - Tous droits réservés.
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Lettre au père
Franz Kafka
Il est des ouvrages que l'on qualifie "d'incontournables" cette lettre au père de Kafka est l'un de ceux là. Parfaitement traduit de l'allemand par Marthe Robert.
Franz Kafka est né à Pragues en 1883. Son père peu tendre, très autoritaire et égocentrique inspira une très grande peur à son fils tout au long de son enfance, modifiant sa perception du monde. A l'aube de sa mort, alors qu'il est atteint de tuberculose, il se décide à lui écrire cette lettre, que son destinataire ne lira jamais... Il y écrit sa vie d'enfant, ses émotions, ses craintes permanentes. Il y répond aux questions posées par son père, mais auxquelles il n'avait apporté aucune réponse par crainte des réactions de ce dernier. Ce livre est un hymne à l'enfance selon la manière dont on le percoit. Kafka y aborde tous les sujets, faisant le lien avec le comportement de son père et expliquant à ce dernier pourquoi il faisait tel choix plutôt que tel autre dans certaines situations précises. C'est un plaidoyer aussi un peu quelque part. Ecrit sans haine avec toute la clairvoyance apportée par l'âge et la mort qu'il sait proche. Point de reproches vrais mais une lucidité acide. Il est heureux pour cet homme de n'avoir jamais eu à lire ce texte. Kafka y dépeint son père comme un être imbu de sa personne, égocentrique, colèrique et suffisant. Méprisant tout autour de lui sauf lui même. Bien que très bien amené, dans un style limpide et aéré que n'a pas dénaturé la traduction, sans exagération, on ne peut que mépriser à notre tour ce père que Kafka sous certains angles semble admirer malgré tout... Un réquisitoire sans faux-semblant...
A lire.. Cet ouvrage bien qu'écrit alors que Franz Kafka a déjà trente-six ans est au centre de l'oeuvre tout entière dont il explique les contours et les nuances.
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