songe

Prince Alpha

PRINCE ALPHA

  

C’est une histoire à raconter,

Au coin du feu, les soirs d’hiver,

Que ce loup qui se prit à aimer,

Une louve au cœur solitaire.

Quand leurs deux âmes se sont croisées,

Sans même qu’ils y prêtent attention

Leurs esprits se sont mélangés,

Venait de naître une passion.

Mais le destin traîtreusement,

Tenta des coups, des maléfices,

Et plaça insidieusement

De très grands trous, des précipices.

Sans y penser, comme par magie

Les écueils ils ont évité

Aidés par on ne sait quel esprit,

Ils ont enfin pu se trouver.

Une histoire vraie, un conte de fée,

Qui se raconte dans les chaumières

Pour prouver à l’humanité

Qu’un loup çà n’est pas sanguinaire.

Même si parfois, lors des ébats,

Lorsque leurs corps sont en émoi,

Au moment de l’ultime instant,

C’est une lutte presque un combat.

Là il est temps de les laisser

Avancer, construire leur avenir,

S’éloigner sur la pointe des pieds

Peut-être un jour pour revenir.

En attendant dans le grand bois,

Parfois même jusqu’au petit jour,

On entend le grand mâle alpha

Pousser ses hurlements d’amour.

  

Ecrit perso du 20 Mai 2007 ( dépôt légal )

  

Muriel Alexandre Langlet  2007-2010 - Tous droits réservés.

Propriété intellectuelle. Toute reproduction même partielle, toute copie, modification ou utilisation même à des fins privées est strictement interdite sans mon consentement écrit.

 


 

L'Histoire de la licorne

 

 

Je m’appelle Thomas Porec. La première fois que j’ai rencontré la Dame à la Licorne, j’avais sept ans. A cette époque, je croyais aux licornes. Aujourd’hui j’ai vingt ans mais, à cause d’elle, je crois toujours aux licornes. J’habitais une petite ville nichée au fond d’une vallée, une jolie petite ville certes, mais très ordinaire. Je le sais bien maintenant. Mais quand j’avais sept ans, c’était pour moi un lieu empli de magie et de merveilles. C’était chez moi. Je connaissais les pavés de chaque ruelle, les lampadaires de chaque allée. Je pêchais dans la rivière sous l’église, l’hiver je faisais du toboggan sur les pentes enneigées, et en été je nageais dans le lac. Le dimanche, ma mère et mon père m'emmenaient en promenade ou en pique-nique, je me laissais rouler jusqu'au bas des collines, sans me lasser, et je finissais étendu sur le dos, étourdi de joie, le monde tournoyant au-dessus de moi. Mais je n’ai jamais aimé l’école. Ce n’était pas la faute de l’école, ni des enseignants. Simplement, j’avais tout le temps envie d’être dehors. Je n’avais qu’une envie, courir librement dans les collines. Dès la fin des cours, je rentrais à la maison pour manger une tartine de miel – mon père élevait des abeilles sur la colline – et je filais jouer. Mais un après-midi,ma mère eut une autre idée. Elle devait faire des courses en ville, me dit-elle, et voulait que je l’accompagne.

 « Je déteste aller dans les magasins », lui rappelais-je.

« Je sais, mon chéri, répondit-elle. C’est pour cela que je veux t’emmener à la bibliothèque. Tu verras, ce sera intéressant. Différent. Tu peux écouter des histoires pendant une heure. Cela te fera du bien. Il y a une nouvelle bibliothécaire et après l'école, elle raconte des histoires à tous les enfants qui en ont envie. Tout le monde dit qu'elle est formidable. »

« Mais je ne veux pas écouter », protestais-je.

Ma mère ignora purement et simplement mes récriminations, me prit fermement par la main et m’amena jusqu’à la place principale. Elle me conduisit jusqu’en haut des marches de la bibliothèque.

 « Sois sage », dit-elle, avant de disparaître.

Dans un coin, je vis un groupe d’enfants excités. J’en connaissais quelques-uns de mon école, mais tous avaient l'air beaucoup plus jeunes que moi. Il y avait même des bébés ! Je n’avais aucune envie de les rejoindre. J’allais repartir, dégoûté, lorsque je remarquais qu’ils jouaient tous des coudes, comme s’ils essayaient désespérément d’apercevoir quelque chose de plus près. Je me rapprochais pour voir de quoi il s’agissait. Soudain, ils furent tous assis, comme frappés de stupeur, et là, dans le coin, je vis une licorne. Elle était couchée, parfaitement immobile, les pattes soigneusement rangées sous son corps. Je constatais alors qu’elle était en bois sculpté et peint en blanc, mais elle semblait si vivante que je n’aurais pas été surpris de la voir se lever et partir en trottant. A côté de la licorne, tout aussi immobile, tout aussi soignée, se tenait une femme au visage souriant, un châle à fleurs de couleurs vives sur les épaules. Lorsque son regard croisa le mien, son sourire m’invita à me joindre à eux. Quelques instants plus tard, j’étais assis par terre avec les autres, observant, attendant. Lorsqu’elle s’assit lentement sur la licorne, les mains croisées sur son giron, je sentis l’attente grandir autour de moi.

« L’histoire de la licorne ! s'écria une fillette. Racontez-nous l'histoire de la licorne. S'il vous plaît. »

Elle parlait si bas que je devais me pencher pour l’entendre. Mais, comme les autres, je ne voulais pas perdre une miette de ce qu’elle disait, car chaque parole qu’elle prononçait était chargée de sens et d’émotion, et sonnait comme une vérité. L’histoire parlait des deux dernières licornes magiques vivant sur la Terre, et racontait comment elles étaient arrivées trop tard pour monter sur l’Arche de Noé avec tous les autres animaux. Coincées au sommet de la montagne, sous la pluie battante, elles regardèrent l’Arche s’éloigner au milieu des flots. L'eau commença à monter autour d'elles, recouvrant leurs sabots, puis leurs pattes, puis leur dos, et enfin elles n'eurent d’autre choix que de se mettre à nager. Elles nagèrent pendant des heures, des jours, des semaines, des années. Elles nagèrent si longtemps, et si loin, qu’elles finirent par se transformer en baleines. Ainsi elles pouvaient nager plus facilement. Elles pouvaient plonger jusqu’au fond de la mer. Mais à aucun moment elles ne perdirent leurs pouvoirs magiques et elles gardèrent leurs magnifiques cornes, et c’est pourquoi aujourd’hui elles sont devenues des baleines licornes. On les appelle des narvals. Parfois, quand elles sont lassées de la mer et qu’elles souhaitent revoir des enfants, elles nagent jusqu’à une plage, retrouvent leurs pattes et redeviennent des licornes, des licornes magiques. Lorsqu’elle eût terminé, tous se turent. C'est comme si nous nous réveillions d'un rêve que nous ne voulions pas quitter. D'autres histoires suivirent, des poèmes aussi. Parfois elle les lisait dans des livres, parfois elle les inventait ou les racontait par coeur. Puis une main se leva. C’était un petit garçon de mon école, Milos aux cheveux hérissés de gel.

« Est-ce que je peux raconter une histoire, Madame ? » demanda-t-il.

Il s’assit sur la licorne et nous conta son histoire. Après cela, chacun à son tour voulut monter sur la licorne magique. J’en rêvais moi aussi, mais je n’osais pas. J’avais peur de me ridiculiser, je pense. L’heure passa en un éclair.

« Comment était-ce ? » me demanda ma mère sur le chemin du  retour.

« Pas mal », lui répondis-je.

 Mais le lendemain, à l’école, je racontais à tous mes amis comment cela s’était réellement passé, je leur dis tout sur la Dame à la Licorne – c’est ainsi que tout le monde l’appelait –, ses récits incroyables et le fantastique pouvoir magique de la licorne à raconter des histoires. Cet après-midi, ils vinrent avec moi à la bibliothèque. La nouvelle se répandit jour après jour et le petit groupe dans le coin devint une véritable foule d’enfants. Nous nous précipitions à la bibliothèque pour arriver le premier, trouver une place près de la licorne, près de la Dame à la Licorne. Chacune de ses histoires nous enchantait. Elle ne nous demandait jamais le silence. C'était inutile. A chaque fois, je mourais d’envie de m’asseoir sur la licorne et de raconter une histoire, mais je ne trouvais jamais le courage de le faire. Un après-midi, la Dame à la Licorne sortit de son sac un vieux livre tout abîmé, carbonisé sur les bords. Elle nous expliqua qu’il s’agissait de son exemplaire personnel de La Petite Fille aux Allumettes de Hans Christian Andersen. Ce jour-là, j’étais assis aux pieds de la Dame à la Licorne, le visage levé vers le livre.

 « Pourquoi est-il brûlé ? », lui demandais-je.

« C’est mon livre le plus précieux, Thomas, dit-elle. Je vais t’expliquer pourquoi. Quand j’étais toute petite, je vivais dans un autre pays. Il y avait dans ma ville des gens méchants qui avaient peur de la magie des histoires et du pouvoir des livres, parce que les histoires font réfléchir et rêver ; les livres nous amènent à poser des questions. Et ils ne voulaient pas de cela. J’étais avec mon père, nous les regardions brûler une grande pile de livres lorsque, soudain, mon père s’élança et saisit un livre dans le feu. Les soldats le frappèrent à coups de bâtons mais il s’accrocha au livre et ne voulut pas le rendre. C’est ce livre. C’est le livre au monde que je préfère. Thomas, est-ce que veux bien venir t’asseoir sur la licorne et nous le lire ? »  

Je n’ai jamais bien su lire à haute voix. J’avais tendance à bégayer sur les consonnes, les longs mots me faisaient peur. Mais maintenant, assis sur la licorne magique, ma voix s'éleva haute et claire. C'était comme de chanter. Les mots dansaient dans les airs et tout le monde écoutait. Ce même jour, j'amenais pour la première fois à la maison un livre de la bibliothèque, les Fables d’Esope, parce que la Dame à la Licorne nous les avaient lues et que je les adorais. Je les lus à haute voix à ma mère ce soirlà, c’était la première fois que je lui lisais quelque chose, et je vis bien son étonnement. J’adorais étonner ma mère. Puis, un matin d’été, de bonne heure, la guerre arriva dans notre vallée et ébranla nos vies. Avant ce matin, je ne savais que peu de choses sur la guerre. Je savais que certains hommes étaient partis se battre, mais j'ignorais pourquoi. J'avais vu à la télévision des tanks tirer sur des maisons et des soldats armés de fusils courir entre les arbres, mais ma mère me répétait que c’était loin et que je ne devais pas m’inquiéter. Je me souviens précisément du moment. J’étais dehors. Ma mère m’avait envoyé ouvrir la cage aux poules et les nourrir, et, levant les yeux, je remarquais un avion qui arrivait en rasant les toits de notre ville. Je l’observais effectuer un cercle et revenir. C’est là que les bombes commencèrent à tomber, d’abord au loin, puis plus près, de plus en plus près. Nous nous étions tous mis à courir, à courir vers les bois. J’étais trop terrifié pour pleurer. Mon père pleurait. Je ne l’avais jamais vu pleurer auparavant, mais c’était autant des larmes de rage que de peur. Tapis au fond des bois, nous pouvions voir les tanks et les soldats parcourir la ville, au milieu des explosions et des tirs. Après leur départ, quelques heures plus tard, nous ne parvenions plus à voir la ville, tant la fumée était épaisse. Nous attendîmes d’être sûrs qu’ils étaient bien tous partis avant de retourner en courant vers notre maison. Nous avons eu plus de chance que beaucoup d'autres. Notre maison n'avait pas été endommagée. Il apparut vite que le centre de la ville était le plus touché. Tout le monde semblait s’y diriger. Je courus en avant, espérant et priant pour que la bibliothèque n’ait pas été bombardée, pour que la Dame à la Licorne et la licorne soient saines et sauves. En arrivant sur la place, je vis de la fumée s’élever du toit de la bibliothèque et des flammes s’échapper des fenêtres du haut. Nous vîmes tous la Dame à la Licorne en même temps. Elle sortait de la bibliothèque en portant la licorne, chancelant sous son poids. Je courus en haut des marches pour l'aider. Elle me sourit et me remercia quand je la soulageais d'une partie du poids. Ses yeux étaient rougis par la fumée. Nous reposâmes la licorne entre nous au bas des marches, et elle s’assit, épuisée, assaillie d’une quinte de toux. Ma mère lui tendit un verre d’eau. Cela dut lui faire du bien car la toux cessa, et elle se releva sur le champ, en s’appuyant sur mon épaule.

« Les livres, haleta-t-elle. Les livres. »

Lorsqu’elle se retourna pour remonter les marches, je la suivis sans réfléchir.

« Non, Thomas, dit-elle. Toi, tu restes là et tu t’occupes de la licorne. »

 Elle courut en haut des marches jusque dans la bibliothèque pour réapparaître quelques instants plus tard, croulant sous un amas de livres. C’est alors que le sauvetage s’organisa. Soudain, des gens surgirent derrière moi, gravirent les marches de la bibliothèque. Parmi eux, ma mère et mon père. En quelques instants, tout un système avait été mis en place. Nous, les enfants, nous formions deux chaînes traversant la place depuis la bibliothèque jusqu’au café en face. Les livres que nous sauvions passaient de main en main, pour former des piles sur le sol du café. L’incendie faisait rage, les flammes crépitaient, des volutes de fumée s’élevaient du toit. Aucun camion de pompiers ne vint – nous découvrîmes plus tard que la caserne avait été touchée. Les livres continuaient à sortir. Le feu brûlait toujours et la foule de gens venus aider grossissait, jusqu’à ce que le café fût empli de livres et que nous dûmes utiliser l'épicerie voisine. Puis, soudain, il n’y eut plus de livres à passer, et nous nous demandâmes pourquoi. Nous vîmes alors tout le monde sortir de la bibliothèque, et en dernier, la Dame à la Licorne, soutenue par mon père. Ils descendirent lentement les marches ensemble, le visage sale et noirci. La Dame à la Licorne s’assit lourdement sur la licorne et leva les yeux vers le bâtiment en flammes. Tous les enfants étaient réunis autour d’elle comme s’ils attendaient une histoire.

« Nous avons réussi, les enfants, dit-elle. Nous avons sauvé tout ce qui était possible, n’est-ce pas ? Je suis assise sur la licorne, ainsi tout ce que je dis est vrai, parce que nous pensons que cela peut être vrai. Nous allons rebâtir notre bibliothèque à l'identique. Entre-temps, nous allons  nous occuper des livres. Chaque famille peut emporter autant de livres qu'elle veut, à condition d’en prendre soin. Et lorsque, dans un an ou deux, nous aurons notre nouvelle bibliothèque, nous rapporterons nos livres, nous remettrons la licorne à l'intérieur et nous recommencerons à raconter nos histoires. Tout ce qu'il faut maintenant, c'est faire en sorte que cette histoire devienne vraie. »

 Et cela se passa ainsi, exactement comme l’avait annoncé la Dame à la Licorne. Comme beaucoup d’autres familles, nous remplîmes une brouette de livres et nous en prîmes grand soin. La bibliothèque fut rebâtie exactement comme l’ancienne, mais maintenant tout le monde l’appelait La Licorne, et nous ramenâmes nos livres, conformément à ce qu’avait dit la Dame à la Licorne dans son histoire. Le jour de l’ouverture de la bibliothèque, comme j’avais aidé à porter la licorne pour la sortir, je fus invité à la remonter en haut des marches avec la Dame à la Licorne, sous les acclamations et les applaudissements de toute la ville, drapeaux déployés, au son d’une fanfare. Ce fut la journée la plus fière et la plus heureuse de ma vie. Aujourd’hui, bien des années plus tard, la paix est revenue dans notre vallée. La Dame à la Licorne est toujours la bibliothécaire municipale, elle continue à raconter ses histoires aux enfants après l’école. Quant à moi, je suis devenu écrivain, tisseur d’histoires. Et si parfois je perds le fil de mon histoire, il me suffit d’aller m’asseoir sur la licorne magique, et l’histoire reprend son cours. C’est pourquoi, croyez-moi, je crois aux licornes. J’y crois vraiment.

 Mickaël Morpugo

 

 

 

Marion - Fusain

 

En illustration un dessin au fusain de ma fille ainée Marion

Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite