poésies

Poésies

Paul Verlaine - Prince des poètes

 

Paul Verlaine est  né à Metz le 30 Mars 1844 et s'est éteint à Paris le 8 Janvier 1896 d'usure prématurée, probablement dûe à la consommation excessive d'absinthe qu'il appréciait particulièrement. Il est le précurseur des "poètes maudits". Il utilise les rythmes impairs et les assonances et sa façon de créer ses textes et poésies est unique et ne répond pas aux normes utilisées jusqu'à présent. Cela en fera un poète d'exception, tout en émotion, dépeignant les paysages en demi-teinte. Le maitre des clairs-obscurs. A la suite du décès de son père il s'installe avec sa mère à Paris où il fréquente les salons littéraires. En 1866 il participe au "Parnasse contemporain". Il y publie les "Poèmes saturniens"  qui comporte  "chanson d'Automne, dont quatre vers seront très connus puisque utilisés par radio Londres  : " Les sanglots longs des violons de l'automne.. " suivi de  : " Blessent mon coeur d'une langueur monotone." On sent l'influence qu'a sur lui un autre poète maudit : Baudelaire. Verlaine a des penchants contre lesquels il lutte avec acharnement et c'est ainsi qu'en 1870 il épouse Mathilde Mauté pour qui il vient de composer : "La bonne chanson". La France entre en guerre contre la Prusse et l'empire Allemand est proclamé à Versailles. Verlaine qui prend parti pour la Commune doit quitter Paris avec sa famille. A leur retour à Paris il fera une rencontre qui bouleversera sa vie. Il révélera ses penchants homosexuels et s'enfuiera avec son amant : Arthur Rimbaud. Cet amour le rendra prolifique et il écrira presque tout le recueil des "Romances sans paroles" pendant sa fuite amoureuse. En 1873 à la suite d'une dispute il tire sur Rimbaud avec un révolver et le blesse à la main. Celui ci apeuré se rend à la police et porte plainte. Verlaine sera emprisonné deux ans, jugement très sévère quand on sait que Rimbaud a immédiatement retiré sa plainte... En cellule il écrira deux recueils : "Cellulairement" et "sagesse" qui ne seront jamais publiés mais dont les écrits serviront pour d'autres oeuvres qu'il créera par la suite : "Jadis et naguère" et "Parallèlement". En 1883 il se fera connaitre en publiant dans "Lutèce" une première partie des poètes maudits dont font partie Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé et Tristan Corbières. En 1887 alors qu'il est de plus en plus connu il sombre dans la misère noire. Les recettes de ses ventes ne lui fournissent que le souper et sa situation se détériore tant et si bien qu'il passe beaucoup de temps à l'hopital. En 1894 il connait enfin la consécration en étant sacré "Prince des poètes" et on lui attribue une pension de subsistance. Paul Verlaine très fougueux aura connu la prison très vite remplacé par l'hopital. Il consacrera deux ouvrages à ces deux endroits : "Mes prisons" et "Mes hopitaux", poésies en prose qui valent le détour.

 

Paul Verlaine

Paul Verlaine (1844-1896)

Cet auteur est à mon sens le meilleur poète qu'il nous soit donné de lire tant l'émotion transparait dans chacun de ses textes, l'auto-biographie y est toujours latente, et sa sensibilité y est sublimée. La fougue qu'il manifeste dans la vie de tous les jours laissant la place à l'âme de l'homme qu'il est. Rimbaud aura une influence prépondérante sur la couleur des écrits et sur leur intensité.

Comme suite logique quelques oeuvres choisies, souvent très connues parce qu'il est plus facile de présenter quelqu'un de cette façon, dans un premier temps, pour continuer plus tard sur des oeuvres plus méconnues mais tout aussi merveilleuses si ce n'est plus pour certaines...

 

Chanson d'automne (1)

Les sanglots longs

Des violons

De l'automne

Blessent mon coeur

D'une langueur

Monotone.

Tout suffocant

Et blême, quand

Sonne l'heure,

Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure

Et je m'en vais

Au vent mauvais

Qui m'emporte

Deçà, delà,

Pareil à la

Feuille morte.

 

A Madame X...

En lui envoyant une pensée

Au temps où vous m'aimiez (bien sûr ?),

Vous m'envoyâtes, fraîche éclose,

Une chère petite rose,

Frais emblème, message pur.

Elle disait en son langage

Les "serments du premier amour",

Votre coeur à moi pour toujours

Et toutes les choses d'usage.

Trois ans sont passés. Nous voilà !

Mais moi j'ai gardé la mémoire

De votre rose, et c'est ma gloire

De penser encore à cela.

Hélas ! si j'ai la souvenance,

Je n'ai plus la fleur, ni le coeur !

Elle est aux quatre vents, la fleur.

Le coeur ? mais, voici que j'y pense,

Fut-il mien jamais ? entre nous ?

Moi, le mien bat toujours de même,

Il est toujours simple. Un emblème

A mon tour. Dites, voulez-vous

Que, tout pesé, je vous envoie,

Triste sélam, mais c'est ainsi,

Cette pauvre négresse-ci ?

Elle n'est pas couleur de joie,

Mais elle est couleur de mon coeur.

Je l'ai cueillie à quelque fente

Du pavé captif que j'arpente

En ce lieu de juste douleur.

A-t-elle besoin d'autres preuves ?

Acceptez-la pour le plaisir.

J'ai tant fait que de la cueillir,

Et c'est presque une fleur des veuves.

 

Mon rêve familier 

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,

Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur transparent

Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l'ignore.

Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore,

Comme ceux des aimés que la vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

 

Green

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches

Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.

Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches

Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée

Que le vent du matin vient glacer à mon front.

Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée

Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête

Toute sonore encor de vos derniers baisers,

Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête.

Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

 

Il pleure dans mon coeur

Il pleure dans mon coeur

Comme il pleut sur la ville,

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie

Par terre et sur les toits !

Pour un coeur qui s'ennuie,

Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison

Dans ce coeur qui s'écoeure.

Quoi ? nulle trahison ?...

Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi

Sans amour et sans haine

Mon coeur a tant de peine !

 

Clair de lune

Votre âme est un paysage choisi

Que vont charmant masques et bergamasques

Jouant du luth et dansant et quasi

Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur

L'amour vainqueur et la vie opportune

Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur

Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,

Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres

Et sangloter d'extase les jets d'eau,

Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.

 

Colloque sentimental

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,

Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux spectres ont évoqué le passé.

 Te souvient-il de notre extase ancienne?

 Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?

 Toujours vois-tu mon âme en rêve?  Non.

Ah ! les beaux jours de bonheur indicible

Où nous joignions nos bouches !  C'est possible.

 Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !

 L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,

Et la nuit seule entendit leurs paroles.

 

Spleen

Les roses étaient toutes rouges,

Et les lierres étaient tout noirs.

Chère, pour peu que tu te bouges,

Renaissent tous mes désespoirs.

Le ciel était trop bleu, trop tendre

La mer trop verte et l'air trop doux.

Je crains toujours,  ce qu'est d'attendre!

Quelque fuite atroce de vous.

Du houx à la feuille vernie

Et du luisant buis je suis las,

Et de la campagne infinie

Et de tout, fors de vous, hélas !

 

Nevermore

Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L’automne

Faisait voler la grive à travers l’air atone,

Et le soleil dardait un rayon monotone

Sur le bois jaunissant où la bise détonne.

 

Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,

Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.

Soudain, tournant vers moi son regard émouvant :

« Quel fut ton plus beau jour ? » fit sa voix d’or vivant,

 

Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.

Un sourire discret lui donna la réplique,

Et je baisais sa main blanche, dévôtement.

 

 Ah ! les premières fleurs, qu’elles sont parfumées !

Et qu’il bruit avec un murmure charmant

Le premier oui qui sort de lèvres bien-aimées !

 

 (1) Chanson d'automne a été publié par diverses maisons d'édition, des plus connues aux plus anonymes. J'ai récemment lu ce poème dans une édition supposée regrouper les plus grands poèmes classiques tout auteurs confondus et à ma grande désolation celui ci était tronqué. Je précise donc ce fait :

On doit bien lire : ... blessent mon coeur d'une langueur monotone et non : ... bercent mon coeur d'une langueur monotone.

 

 

Les chevaux d'Achille de K.Kavafy

Amour et tendresse...

LES CHEVAUX D'ACHILLE

 

A la vue de Patrocle sans vie,

lui, si vaillant, si vigoureux, si jeune,

les chevaux d’Achille se mirent à pleurer,

leur nature immortelle se révoltait

devant ce spectacle de la mort.

Ils remuaient leurs longues crinières,

secouaient leurs têtes, battaient la terre,

ils se lamentaient sur Patrocle, à présent sans âme,

ravagé, un rebut de chair sans vie ,

son esprit disparu,  sans défense,  sans souffle,  

rendu de la vie au grand Rien.

Zeus, voyant ses chevaux immortels en larmes, fut touché.

“Aux noces de Pylée” dit-il,

“Je ne devais pas me laisser à mon impulsion,

on n’aurait pas dû vous donner, mes pauvres chevaux.

Votre place n’était point parmi les humains,

ces pitoyables jouets du destin.

Vous, que ni la mort, ni la vieillesse n’atteignent

vous êtes en train de souffrir de misères temporelles,

participant aux malheurs des hommes”. 

Pourtant, les deux nobles bêtes, versaient toujours leurs larmes

devant l’indicible désastre de la mort.

av. 1911 – 20

 

K. Kavafy

( d'après l'Illiade d'homère )

 

 

Prince Alpha

PRINCE ALPHA

  

C’est une histoire à raconter,

Au coin du feu, les soirs d’hiver,

Que ce loup qui se prit à aimer,

Une louve au cœur solitaire.

Quand leurs deux âmes se sont croisées,

Sans même qu’ils y prêtent attention

Leurs esprits se sont mélangés,

Venait de naître une passion.

Mais le destin traîtreusement,

Tenta des coups, des maléfices,

Et plaça insidieusement

De très grands trous, des précipices.

Sans y penser, comme par magie

Les écueils ils ont évité

Aidés par on ne sait quel esprit,

Ils ont enfin pu se trouver.

Une histoire vraie, un conte de fée,

Qui se raconte dans les chaumières

Pour prouver à l’humanité

Qu’un loup çà n’est pas sanguinaire.

Même si parfois, lors des ébats,

Lorsque leurs corps sont en émoi,

Au moment de l’ultime instant,

C’est une lutte presque un combat.

Là il est temps de les laisser

Avancer, construire leur avenir,

S’éloigner sur la pointe des pieds

Peut-être un jour pour revenir.

En attendant dans le grand bois,

Parfois même jusqu’au petit jour,

On entend le grand mâle alpha

Pousser ses hurlements d’amour.

  

Ecrit perso du 20 Mai 2007 ( dépôt légal )

  

Muriel Alexandre Langlet  2007-2010 - Tous droits réservés.

Propriété intellectuelle. Toute reproduction même partielle, toute copie, modification ou utilisation même à des fins privées est strictement interdite sans mon consentement écrit.

 


 

Goethe

Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832)

Quelques oeuvres pêle-mêle... Un tout petit aperçu de son oeuvre gigantesque, auteur prolifique ayant plusieurs cordes à son arc. Passionné émérite qui a même découvert un os de la mâchoire. Parler de lui est difficile sans risquer d'oublier un fait important. De nombreux sites lui sont consacrés, des spécialistes, des littéraires, des artistes, des scientifiques... Goethe, der wanderer, l'homme aux multiples talents, l'homme qui a aimé la France, l'a défendue contre les siens, a aimé notre langue et lui a fait honneur... 

 

Ganymed (1)

Wie im Morgenrot

Du rings mich anglühst,

Frühling, Geliebter !

Mit tausendfacher Liebeswonne

Sich an mein Herz drängt

Deiner ewigen Wärme

Heilig Gefühl,

Unendliche Schöne !

Daß ich dich fassen möcht’

In diesen Arm !

Ach, an deinem Busen

Lieg’ ich, schmachte,

Und deine Blumen, dein Gras

Drängen sich an mein Herz.

Du kühlst den brennenden

Durst meines Busens,

Lieblicher Morgenwind,

Ruft drein die Nachtigall

Liebend nach mir aus dem Nebeltal.

Ich komme ! ich komme !

Wohin ? Ach, wohin ?

Hinauf, Hinauf strebt’s,

Es schweben die Wolken

Abwärts, die Wolken

Neigen sich der sehnenden Liebe,

Mir, mir !

In eurem Schoße

Aufwärts,

Umfangend umfangen !

Aufwärts

An deinem Busen,

Alliebender Vater !

 

 

Sehnsucht (2)

Dies wird die letzte Trän’ nicht sein,

Die glühend Herz-auf quillet,

Das mit unsäglich-neuer Pein

Sich schmerzvermhrend stillet.

O laß doch immer hier und dort

Mich ewig Liebe fühlen,

Und möcht’ der Schmerz auch also fort

Durch Nerv und Adern wühlen.

Könnt’ ich doch ausgefüllt einmal

Von dir, o Ew’ger, werden !

Ach, diese lange tiefe Qual,

Wie dauert sie auf Erden !

 

Warum gabst du uns die tiefen Blicke … (3)

Warum gabst du uns die tiefen Blicke,

Unsre Zukunft ahnungsvoll zu schaun,

Unsrer Liebe, unserm Erdenglücke

Wähnend selig nimmer hinzutraun ?

Warum gabst uns, Schicksal, die Gefühle,

Uns einander in das Herz zu sehn,

Um durch all die seltenen Gewühle

Unser wahr Verhältnis auszuspähn ?

Ach, so viele tausend Menschen kennen,

Dumpf sich treibend, kaum ihr eigen Herz,

Schweben zwecklos hin und her und rennen

Hoffnungslos in unversehnem Schmerz ;

Jauchzen wieder, wenn der schnellen Freuden

Unerwart’te Morgenröte tagt.

Nur uns armen liebevollen beiden

Ist das wechselseit’ge Glück versagt,

Uns zu lieben, ohn uns zu verstehen,

In dem andern sehn, was er nie war,

Immer frisch auf Traumglück auszugehen

Und zu schwanken auch in Traumgefahr.

Glücklich, den ein leerer Traum beschäftigt !

Glücklich, dem die Ahnung eitel wär !

Jede Gegenwart und jeder Blick bekräftigt

Traum und Ahndung leider uns noch mehr.

Sag’, was will das Schicksal uns bereiten ?

Sag’, wie band es uns so rein genau ?

Ach, du warst in abgelebten Zeiten

Meine Schwester oder meine Frau ;

Kanntest jeden Zug in meinem Wesen,

Spähtest, wie die reinste Nerve klingt,

Konntest mich mit einem Blicke lesen,

Den so schwer ein sterblich Aug durchdringt.

Tropftest Mäßigung dem heißen Blute,

Richtetest den wilden irren Lauf,

Und in deinen Engelsarmen ruhte

Die zerstörte Brust sich wieder auf ;

Hieltest zauberleicht ihn angebunden

Und vergaukeltest ihm manchen Tag.

Welche Seligkeit glich jenen Wonnestunden,

Da er dankbar dir zu Füßen lag,

Fühlt’ sein Herz an deinem Herzen schwellen,

Fühlte sich in deinem Auge gut,

Alle seine Sinnen sich erhellen

Und beruhigen sein brausend Blut.

Und von allem dem schwebt ein Erinnern

Nur noch um das ungewisse Herz,

Fühlt die alte Wahrheit ewig gleich im Innern,

Und der neue Zustand wird ihm Schmerz.

Und wir scheinen uns nur halb beseelet,

Dämmernd ist um uns der hellste Tag.

Glücklich, daß das Schicksal, das uns quälet,

Uns doch nicht verändern mag.

 

 

Maifest (4)

Wie herrlich leuchtet

Mir die Natur !

Wie glänzt die Sonne !

Wie lacht die Flur !

Es dringen Blüten

Aus jedem Zweig

Und tausend Stimmen

Aus dem Gesträuch

Und Freud und Wonne

Aus jeder Brust.

O Erd’, o Sonne !

O Glück, o Lust,

O Lieb’, o Liebe,

So golden schön

Wie Morgenwolken

Auf jenen Höhn,

Du segnest herrlich

Das frische Feld -

Im Blütendampfe

Die volle Welt !

O Mädchen, Mädchen,

Wie lieb’ ich dich !

Wie blinkt dein Auge,

Wie liebst du mich !

So liebt die Lerche

Gesang und Luft,

Und Morgenblumen

Den Himmelsduft,

Wie ich dich liebe

Mit warmem Blut,

Die du mir Jugend

Und Freud’ und Mut

Zu neuen Liedern

Und Tänzen gibst.

Sei ewig glücklich,

Wie du mich liebst !

 

 

Auf dem See (5)

Und frische Nahrung, neues Blut

saug’ ich aus freier Welt ;

Wie ist Natur so hold und gut,

Die mich am Busen hält !

Die Welle wieget unsern Kahn

Im Rudertakt hinauf,

Und Berge, wolkig himmelan,

Begegnen unserm Lauf.

Aug mein Aug, was sinkst du nieder ?

Goldne Träume, kommt ihr wieder ?

Weg, du Traum, so gold du bist :

Hier auch Lieb und Leben ist.

Auf der Welle blinken

Tausend schwebende Sterne,

Weiche Nebel trinken

Rings die türmende Ferne ;

Morgenwind umflügelt

Die beschattete Bucht,

Und im See bespiegelt

Sich die reifende Frucht.

 

Traductions :

(1) Ganymède

Comme dans l’aurore

Ton feu me caresse,

Printemps, bien-aimé !

Par mille félicités d’amour

Se presse contre mon cœur

De ton éternelle flamme

La sainte sensation,

Beauté infinie !

Comme j'ai envie de te prendre dans ces bras,

Dans mes bras !

Ah ! contre ton sein

Etendu, je meurs,

Et tes fleurs, ton herbe

Se pressent contre mon cœur.

Tu étanches la soif

Brûlante de mon sein,

Douce brise du matin,

Le rossignol chante

Dans la vallée embrumée le chant d’amour m’appelle.

Ah ! je viens ! Ah ! je viens, mais

Où,

Où aller ?

Là-haut, plus haut encore,

Les nuages

descendent, les nuages

Se penchent vers le désir d’amour,

Vers moi, jusqu’à moi !

Dans ton sein toujours plus haut

Emportes-moi !

Embrassant embrassé !

Plus haut, plus haut,

Contre ton sein

Père tout-aimant !

 

(2) Désir

Ceci ne sera pas la dernière larme

Jaillissant brûlante de mon cœur

Qui dans une autre indicible torture

S’apaise en augmentant sa douleur.

Ô fais moi donc partout éternellement

Ressentir l’amour,

Même si la douleur dans mon corps et mes veines

A tout jamais doit faire rage.

Puissé-je un jour enfin, Ô Seigneur,

Etre rempli de toi !

Ah ! ce long, ce profond tourment,

Comme il dure sur cette terre !

 

 

(3) Pourquoi nous donnas-tu ce regard pénétrant...

Pourquoi nous donnas-tu ce regard pénétrant

Qui d’intuition profonde voyant notre avenir,

Ne nous laisse jamais, nous berçant d’illusions, nous fier un instant

En notre amour et terrestre bonheur ?

Pourquoi nous donnas-tu, destin, ce sentiment

Qui nous fait voir dans le cœur l’un de l’autre,

Et au travers de tant d’étranges turbulences,

Discerner et saisir notre lien véritable ?

Ah ! Tant de milliers d’hommes connaissent à peine

Dans leur agitation obscure, leur propre cœur,

Flottent sans but de çà de là, et soudain affolés

Courent sous l’aiguillon de douleurs imprévues,

Puis retrouvent le rire quand à nouveau paraît

L’aurore inattendue des plaisirs éphémères.

A nous deux seuls, malheureux pleins d’amour,

Est refusé le bonheur partagé

De nous aimer sans nous comprendre,

De voir en l’autre ce qu’il ne fut jamais,

De poursuivre sans fin des rêves de bonheur,

Pour divaguer au bord de dangers irréels.

Heureux celui qu’occupe un rêve vide !

Heureux qui de l’intuition se rirait !

Toute présence et tout regard, hélas ! donnent à nos rêves

A l’intuition force plus grande encore.

Dis-moi, quelle est sur nous l’intention du destin ?

Dis-moi, comment nous unit-il de si juste union ?

Ah ! tu fus en des temps depuis longtemps vécus,

Ma sœur, ou mon épouse.

Tu connaissais chaque trait de mon être,

Percevais le son du coeur le plus pur,

D’un seul regard tu me lisais

Moi que nul ne pénètre un œil mortel.

Au sang brûlant tu versais goutte à goutte

Un baume, tu rattrapais mon errance sauvage,

Et le repos dans tes bras amoureux

Restaurait l’être dévasté.

A la légèreté d’un fil imaginaire tu le tenais près de toi attaché,

Et dans l’enchantement faisais couler ses jours.

Quelle félicité s’égale aux heures de délices

Où, plein de gratitude, il gisait à tes pieds,

Sentait son cœur gonfler contre le tien,

Se sentant bon dans ton regard,

Sentait en lui s’éclairer tous ses sens,

Et son sang en tumulte lentement s’apaiser.

Et de tout cela ne flotte désormais qu’un souvenir

Autour du cœur troublé,

Il sent au fond de lui l’ancienne vérité éternelle et  vraie,

Et l’état nouveau ne lui est que douleur.

Il nous semble n’avoir qu’âme à demi vivante,

Crépuscule pour nous est le jour le plus clair.

Heureux, que le destin qui nous tourmente

De nous changer n’ait pourtant pas pouvoir.

 

(4) Fête de mai

Comme resplendit

A mes yeux la nature !

Comme le soleil brille !

Comme rit la campagne !

Les fleurs jaillissent

De chaque rameau

Et mille voix

Hors des buissons

Et joie et délices

De tous les cœurs.

Ô terre, Ô soleil,

Ô bonheur, Ô plaisir

Ô amour, amour,

Splendeur dorée

Comme là-haut, sur ces collines

Les nuages du matin,

Tu bénis magnifique

Le champ verdoyant

Dans la brume de fleurs

Le monde gonflé de sève !

Ô jeune fille, jeune fille

Combien je t’aime !

Comme ton regard brille

Comme tu m’aimes !

Comme l’alouette aime

L’air et les champs,

Et les fleurs du matin

La rosée du ciel,

Ainsi je t’aime

D’un sang plein de vie,

Toi qui me donnes

Jeunesse et joie, et désir

De chants nouveaux

Et de danses nouvelles

Eternellement sois heureuse

Comme tu m’aimes.

 

(5) Sur le lac

Et du libre univers nourriture nouvelle

En moi j’aspire au sang neuf dans mes veines ;

Comme Nature est bienveillante et bonne

Qui me presse contre son sein !

La vague berce notre barque

Vers l’amont au rythme de ses rames,

Et les montagnes, dressées dans les nuages,

traversent notre course.

Mes yeux, mes yeux, pourquoi vous fermez-vous ?

Rêves dorés, reviendrez-vous ?

Va-t-en, rêve, si doré que tu sois ;

Ici aussi est l’amour, ici aussi la vie.

Sur la vague scintillent

Mille étoiles flottantes,

Les brumes moelleuses boivent

Les hautes masses des lointains alentour ;

La brise du matin ondule

Sur les bords de la baie ombreuse,

Et dans le lac se reflète,

Mûrissante, la moisson à venir.

 

 

 

Le bateau ivre

Le Bateau Ivre.

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs:
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots!

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour!

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants: je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir!

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets!

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs!

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs!

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux!

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan!
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et des lointains vers les gouffres cataractant!

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises!
Echouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums!

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux.

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons!

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets!

J'ai vu des archipels sidéraux! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur:
Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur?

Mais, vrai, j'ai trop pleuré! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer:
L'Acre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
O que ma quille éclate! O que j'aille à la mer!

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

 Arthur Rimbaud

( 1854 - 1891 )

L'Eternelle chanson

L'Eternelle chanson

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête,
Nous nous croirons encore de jeunes amoureux,
Et je te sourirai tout en branlant la tête,
Et nous ferons un couple adorable de vieux.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.

Sur notre banc ami, tout verdâtre de mousse,
Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer,
Nous aurons une joie attendrie et très douce,
La phrase finissant toujours par un baiser.
Combien de fois jadis j'ai pu dire " Je t'aime " ?
Alors avec grand soin nous le recompterons.
Nous nous ressouviendrons de mille choses, même
De petits riens exquis dont nous radoterons.
Un rayon descendra, d'une caresse douce,
Parmi nos cheveux blancs, tout rose, se poser,
Quand sur notre vieux banc tout verdâtre de mousse,
Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer.

Et comme chaque jour je t'aime davantage,
Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain,
Qu'importeront alors les rides du visage ?
Mon amour se fera plus grave et serein.
Songe que tous les jours des souvenirs s'entassent,
Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens.
Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent
Et sans cesse entre nous tissent d'autres liens.
C'est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l'âge,
Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main
Car vois-tu chaque jour je t'aime davantage,
Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain.

Et de ce cher amour qui passe comme un rêve,
Je veux tout conserver dans le fond de mon coeur,
Retenir s'il se peut l'impression trop brève
Pour la ressavourer plus tard avec lenteur.
J'enfouis tout ce qui vient de lui comme un avare,
Thésaurisant avec ardeur pour mes vieux jours ;
Je serai riche alors d'une richesse rare
J'aurai gardé tout l'or de mes jeunes amours !
Ainsi de ce passé de bonheur qui s'achève,
Ma mémoire parfois me rendra la douceur ;
Et de ce cher amour qui passe comme un rêve
J'aurai tout conservé dans le fond de mon coeur.

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête,
Nous nous croirons encore aux jours heureux d'antan,
Et je te sourirai tout en branlant la tête
Et tu me parleras d'amour en chevrotant.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.

Rosemonde GERARD ( 1871 - 1933 )

Certains vers de ce délicieux poème sont très connus, pour avoir été repris en symbole sur de célèbres bijoux : les médailles d'amour... A chaque publication on voit les gens réfléchir, et se dire "tiens çà me dit quelque chose, je connais oui..." J'ai pensé bien longtemps que çà avait un peu terni ce texte, en réalité en le lisant  il illustre bien, avec sobriété, les années qui passent tout en ne laissant aucune faille dans la tendresse qui unit deux êtres... Ecrit par une femme avec toute la sensibilité et la lucidité que lui ont donné l'âge... Tout simplement parfait...

Fusion

Fusion

FUSION

Brusquement dérangée, une alouette s'éleva comme semblant sortie de nulle part, avec force cris de mécontentement, la faisant sursauter, bondissant sur le côté. Les membres encore tremblants, elle se mit à rire d'elle-même...Elle allait par les chemins, souvent ainsi, s'oxygéner et profiter du temps clément de ce début de printemps, observait la nature, qui, sans cesse l'émerveillait par son éternel recommencement. Là s'y trouvait l'apaisement, la quiètude auxquels elle aspirait, y trouvant même fréquemment l'inspiration pour ses écrits. C'était un moment unique pour laisser vagabonder son esprit et l'emplir de nouvelles sensations qui ressortiraient tôt ou tard dans un flot ininterrompu de mots qu'elle coucherait sur le papier, sa main ayant tout juste le temps de suivre le débit imposé par son cerveau en ébullition. Elle aimait par dessus tout ces périodes prolifiques où les phrases se construisent d'elles même et la stupeur qui était la sienne parfois, à la relecture, lorsque vidée de ses envies, elle en percevait le sens; elle apprenait alors beaucoup sur elle même et sur le retentissement qu'avaient sur elle les évènements de sa propre vie. Un curieux mélange se faisait entre les faits de nature vécus lors de ses dernières sorties et d'autres aspects de sa vie qui en était pourtant fort éloignés en apparence... Elle avait appris à gérer ces introspections bénéfiques qui lui faisaient voir les choses sous un nouveau jour, présentant les ombres invisibles et les mettant en lumière avec éclat et légèreté... LUI, le centre de ses préoccupations, éloigné et pourtant si proche, quand dans ses vagabondages littéraires elle croisait son âme jointe à la sienne, lui insufflant l'énergie et la remplissant du savoir du monde. Lui, absent, mais toujours là... Elle recevait ses vibrations, elle en était sûre, il ne pouvait en être autrement, sinon comment aurait-elle su ? Le fruit de son imagination, à lui seul, ne pouvait expliquer toutes ces coincidences, ces ressentis, ces émotions communes et ces savoirs partagés sans qu'ils ne se soient parlé en aucune façon depuis ce jour là, depuis cette fin d'après midi de Juin... Son âme sentait la communion quand celle de l'autre venait à sa rencontre, quand elle l'habitait d'un seul coup, lui révélant tout ce qu'elle ignorait ou qu'elle avait oublié. Un sentiment de bien être l'envahissait alors, lui faisant sentir la plénitude du bonheur retrouvé et lui rendant foi en l'avenir. A tort ou à raison elle cultivait le jardin du futur, sans projet précis, sans autre désir prononcé, que cette certitude qu'un jour les deux moitiés intimes se rejoindraient pour n'en former plus qu'une. Cela semblait pour elle d'une telle évidence pendant la fusion que jamais l'absence n'avait de prise, jamais le silence ne lui pesait. Il lui parlait et elle répondait, certaine qu'à l'autre bout la connection s'établissait. Elle redescendit le chemin par lequel elle était arrivée, la nuit commencait à tomber. Un sourire éclaira son visage lorsqu'à l'entrée du village elle l'aperçut. Il était là, semblant l'attendre depuis la nuit des temps. Il lui prit la main et c'est ensemble qu'ils ouvrirent la porte du lendemain...

 

Ecrit perso du 31/03/2010 (dépot légal : en cours )

Muriel Langlet.2010

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Premier sourire du Printemps

 

Premier sourire du Printemps

premier sourire du Printemps

 

Tandis qu'à leurs oeuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.

Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement lorsque tout dort,
Il repasse des collerettes
Et cisèle des boutons d'or.

Dans le verger et dans la vigne,
Il s'en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l'amandier.

La nature au lit se repose ;
Lui descend au jardin désert,
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.

Tout en composant des solfèges,
Qu'aux merles il siffle à mi-voix,
Il sème aux prés les perce-neiges
Et les violettes aux bois.

Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l'oreille au guet,
De sa main cachée il égrène
Les grelots d'argent du muguet.

Sous l'herbe, pour que tu la cueilles,
Il met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.

Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son règne va finir,
Au seuil d'avril tournant la tête,
Il dit : "Printemps, tu peux venir !"

Théophile Gautier ( 1811 - 1867 )

 

Spleen et Idéal

 Elévation

Elévation

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leurs poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins ;

Celui dont les pensées, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

Charles BAUDELAIRE ( 1821 - 1867 )

Les fleurs du Mal - Spleen et Idéal -

 

 

 

 

L'Amour Secret de Victor Hugo

L'amour Secret

 

Ô toi d'où me vient ma pensée,
Sois fière devant le Seigneur !
Relève ta tête abaissée,
Ô toi d'où me vient mon bonheur !

Quand je traverse cette lieue
Qui nous sépare, au sein des nuits,
Ta patrie étoilée et bleue
Rayonne à mes yeux éblouis.

C'est l'heure où cent lampes en flammes
Brillent aux célestes plafonds ;
L'heure où les astres et les âmes
Échangent des regards profonds.

Je sonde alors ta destinée,
Je songe à toi, qui viens des cieux,
A toi, grande âme emprisonnée,
A toi, grand coeur mystérieux !

Noble femme, reine asservie,
Je rêve à ce sort envieux
Qui met tant d'ombre dans ta vie,
Tant de lumière dans tes yeux

Moi, je te connais tout entière
Et je te contemple à genoux ;
Mais autour de tant de lumière
Pourquoi tant d'ombre, ô sort jaloux ?

Dieu lui donna tout, hors l'aumône
Qu'il fait à tous dans sa bonté ;
Le ciel qui lui devait un trône
Lui refusa la liberté.

Oui, ton aile, que le bocage,
Que l'air joyeux réclame en vain,
Se brise aux barreaux d'une cage,
Pauvre grande âme, oiseau divin !

Bel ange, un joug te tient captive,
Cent préjugés sont ta prison,
Et ton attitude pensive,
Hélas, attriste ta maison.

Tu te sens prise par le monde
Qui t'épie, injuste et mauvais.
Dans ton amertume profonde
Souvent tu dis : si je pouvais !

Mais l'amour en secret te donne
Ce qu'il a de pur et de beau,
Et son invisible couronne,
Et son invisible flambeau !

Flambeau qui se cache à l'envie,
Qui luit, splendide et clandestin,
Et qui n'éclaire de la vie
Que l'intérieur du destin.

L'amour te donne, ô douce femme,
Ces plaisirs où rien n'est amer,
Et ces regards où toute l'âme
Apparaît dans un seul éclair,

Et le sourire, et la caresse,
L'entretien furtif et charmant,
Et la mélancolique ivresse
D'un ineffable épanchement,

Et les traits chéris d'un visage,
Ombre qu'on aime et qui vous suit,
Qu'on voit le jour dans le nuage,
Qu'on voit dans le rêve la nuit,

Et les extases solitaires,
Quand tous deux nous nous asseyons
Sous les rameaux pleins de mystères
Au fond des bois pleins de rayons ;

Purs transports que la foule ignore,
Et qui font qu'on a d'heureux jours
Tant qu'on peut espérer encore
Ce dont on se souvient toujours.

Va, sèche ton bel oeil qui pleure,
Ton sort n'est pas déshérité.
Ta part est encor la meilleure,
Ne te plains pas, ô ma beauté !

Ce qui manque est bien peu de chose
Quand on est au printemps vermeil,
Et quand on vit comme la rose
De parfums, d'ombre et de soleil.

Laisse donc, ô ma douce muse,
Sans le regretter un seul jour,
Ce que le destin te refuse
Pour ce que te donne l'amour !


Victor Hugo
(1802-1885)
Recueil : Toute la Lyre

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