Goethe

Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832)

Quelques oeuvres pêle-mêle... Un tout petit aperçu de son oeuvre gigantesque, auteur prolifique ayant plusieurs cordes à son arc. Passionné émérite qui a même découvert un os de la mâchoire. Parler de lui est difficile sans risquer d'oublier un fait important. De nombreux sites lui sont consacrés, des spécialistes, des littéraires, des artistes, des scientifiques... Goethe, der wanderer, l'homme aux multiples talents, l'homme qui a aimé la France, l'a défendue contre les siens, a aimé notre langue et lui a fait honneur... 

 

Ganymed (1)

Wie im Morgenrot

Du rings mich anglühst,

Frühling, Geliebter !

Mit tausendfacher Liebeswonne

Sich an mein Herz drängt

Deiner ewigen Wärme

Heilig Gefühl,

Unendliche Schöne !

Daß ich dich fassen möcht’

In diesen Arm !

Ach, an deinem Busen

Lieg’ ich, schmachte,

Und deine Blumen, dein Gras

Drängen sich an mein Herz.

Du kühlst den brennenden

Durst meines Busens,

Lieblicher Morgenwind,

Ruft drein die Nachtigall

Liebend nach mir aus dem Nebeltal.

Ich komme ! ich komme !

Wohin ? Ach, wohin ?

Hinauf, Hinauf strebt’s,

Es schweben die Wolken

Abwärts, die Wolken

Neigen sich der sehnenden Liebe,

Mir, mir !

In eurem Schoße

Aufwärts,

Umfangend umfangen !

Aufwärts

An deinem Busen,

Alliebender Vater !

 

 

Sehnsucht (2)

Dies wird die letzte Trän’ nicht sein,

Die glühend Herz-auf quillet,

Das mit unsäglich-neuer Pein

Sich schmerzvermhrend stillet.

O laß doch immer hier und dort

Mich ewig Liebe fühlen,

Und möcht’ der Schmerz auch also fort

Durch Nerv und Adern wühlen.

Könnt’ ich doch ausgefüllt einmal

Von dir, o Ew’ger, werden !

Ach, diese lange tiefe Qual,

Wie dauert sie auf Erden !

 

Warum gabst du uns die tiefen Blicke … (3)

Warum gabst du uns die tiefen Blicke,

Unsre Zukunft ahnungsvoll zu schaun,

Unsrer Liebe, unserm Erdenglücke

Wähnend selig nimmer hinzutraun ?

Warum gabst uns, Schicksal, die Gefühle,

Uns einander in das Herz zu sehn,

Um durch all die seltenen Gewühle

Unser wahr Verhältnis auszuspähn ?

Ach, so viele tausend Menschen kennen,

Dumpf sich treibend, kaum ihr eigen Herz,

Schweben zwecklos hin und her und rennen

Hoffnungslos in unversehnem Schmerz ;

Jauchzen wieder, wenn der schnellen Freuden

Unerwart’te Morgenröte tagt.

Nur uns armen liebevollen beiden

Ist das wechselseit’ge Glück versagt,

Uns zu lieben, ohn uns zu verstehen,

In dem andern sehn, was er nie war,

Immer frisch auf Traumglück auszugehen

Und zu schwanken auch in Traumgefahr.

Glücklich, den ein leerer Traum beschäftigt !

Glücklich, dem die Ahnung eitel wär !

Jede Gegenwart und jeder Blick bekräftigt

Traum und Ahndung leider uns noch mehr.

Sag’, was will das Schicksal uns bereiten ?

Sag’, wie band es uns so rein genau ?

Ach, du warst in abgelebten Zeiten

Meine Schwester oder meine Frau ;

Kanntest jeden Zug in meinem Wesen,

Spähtest, wie die reinste Nerve klingt,

Konntest mich mit einem Blicke lesen,

Den so schwer ein sterblich Aug durchdringt.

Tropftest Mäßigung dem heißen Blute,

Richtetest den wilden irren Lauf,

Und in deinen Engelsarmen ruhte

Die zerstörte Brust sich wieder auf ;

Hieltest zauberleicht ihn angebunden

Und vergaukeltest ihm manchen Tag.

Welche Seligkeit glich jenen Wonnestunden,

Da er dankbar dir zu Füßen lag,

Fühlt’ sein Herz an deinem Herzen schwellen,

Fühlte sich in deinem Auge gut,

Alle seine Sinnen sich erhellen

Und beruhigen sein brausend Blut.

Und von allem dem schwebt ein Erinnern

Nur noch um das ungewisse Herz,

Fühlt die alte Wahrheit ewig gleich im Innern,

Und der neue Zustand wird ihm Schmerz.

Und wir scheinen uns nur halb beseelet,

Dämmernd ist um uns der hellste Tag.

Glücklich, daß das Schicksal, das uns quälet,

Uns doch nicht verändern mag.

 

 

Maifest (4)

Wie herrlich leuchtet

Mir die Natur !

Wie glänzt die Sonne !

Wie lacht die Flur !

Es dringen Blüten

Aus jedem Zweig

Und tausend Stimmen

Aus dem Gesträuch

Und Freud und Wonne

Aus jeder Brust.

O Erd’, o Sonne !

O Glück, o Lust,

O Lieb’, o Liebe,

So golden schön

Wie Morgenwolken

Auf jenen Höhn,

Du segnest herrlich

Das frische Feld -

Im Blütendampfe

Die volle Welt !

O Mädchen, Mädchen,

Wie lieb’ ich dich !

Wie blinkt dein Auge,

Wie liebst du mich !

So liebt die Lerche

Gesang und Luft,

Und Morgenblumen

Den Himmelsduft,

Wie ich dich liebe

Mit warmem Blut,

Die du mir Jugend

Und Freud’ und Mut

Zu neuen Liedern

Und Tänzen gibst.

Sei ewig glücklich,

Wie du mich liebst !

 

 

Auf dem See (5)

Und frische Nahrung, neues Blut

saug’ ich aus freier Welt ;

Wie ist Natur so hold und gut,

Die mich am Busen hält !

Die Welle wieget unsern Kahn

Im Rudertakt hinauf,

Und Berge, wolkig himmelan,

Begegnen unserm Lauf.

Aug mein Aug, was sinkst du nieder ?

Goldne Träume, kommt ihr wieder ?

Weg, du Traum, so gold du bist :

Hier auch Lieb und Leben ist.

Auf der Welle blinken

Tausend schwebende Sterne,

Weiche Nebel trinken

Rings die türmende Ferne ;

Morgenwind umflügelt

Die beschattete Bucht,

Und im See bespiegelt

Sich die reifende Frucht.

 

Traductions :

(1) Ganymède

Comme dans l’aurore

Ton feu me caresse,

Printemps, bien-aimé !

Par mille félicités d’amour

Se presse contre mon cœur

De ton éternelle flamme

La sainte sensation,

Beauté infinie !

Comme j'ai envie de te prendre dans ces bras,

Dans mes bras !

Ah ! contre ton sein

Etendu, je meurs,

Et tes fleurs, ton herbe

Se pressent contre mon cœur.

Tu étanches la soif

Brûlante de mon sein,

Douce brise du matin,

Le rossignol chante

Dans la vallée embrumée le chant d’amour m’appelle.

Ah ! je viens ! Ah ! je viens, mais

Où,

Où aller ?

Là-haut, plus haut encore,

Les nuages

descendent, les nuages

Se penchent vers le désir d’amour,

Vers moi, jusqu’à moi !

Dans ton sein toujours plus haut

Emportes-moi !

Embrassant embrassé !

Plus haut, plus haut,

Contre ton sein

Père tout-aimant !

 

(2) Désir

Ceci ne sera pas la dernière larme

Jaillissant brûlante de mon cœur

Qui dans une autre indicible torture

S’apaise en augmentant sa douleur.

Ô fais moi donc partout éternellement

Ressentir l’amour,

Même si la douleur dans mon corps et mes veines

A tout jamais doit faire rage.

Puissé-je un jour enfin, Ô Seigneur,

Etre rempli de toi !

Ah ! ce long, ce profond tourment,

Comme il dure sur cette terre !

 

 

(3) Pourquoi nous donnas-tu ce regard pénétrant...

Pourquoi nous donnas-tu ce regard pénétrant

Qui d’intuition profonde voyant notre avenir,

Ne nous laisse jamais, nous berçant d’illusions, nous fier un instant

En notre amour et terrestre bonheur ?

Pourquoi nous donnas-tu, destin, ce sentiment

Qui nous fait voir dans le cœur l’un de l’autre,

Et au travers de tant d’étranges turbulences,

Discerner et saisir notre lien véritable ?

Ah ! Tant de milliers d’hommes connaissent à peine

Dans leur agitation obscure, leur propre cœur,

Flottent sans but de çà de là, et soudain affolés

Courent sous l’aiguillon de douleurs imprévues,

Puis retrouvent le rire quand à nouveau paraît

L’aurore inattendue des plaisirs éphémères.

A nous deux seuls, malheureux pleins d’amour,

Est refusé le bonheur partagé

De nous aimer sans nous comprendre,

De voir en l’autre ce qu’il ne fut jamais,

De poursuivre sans fin des rêves de bonheur,

Pour divaguer au bord de dangers irréels.

Heureux celui qu’occupe un rêve vide !

Heureux qui de l’intuition se rirait !

Toute présence et tout regard, hélas ! donnent à nos rêves

A l’intuition force plus grande encore.

Dis-moi, quelle est sur nous l’intention du destin ?

Dis-moi, comment nous unit-il de si juste union ?

Ah ! tu fus en des temps depuis longtemps vécus,

Ma sœur, ou mon épouse.

Tu connaissais chaque trait de mon être,

Percevais le son du coeur le plus pur,

D’un seul regard tu me lisais

Moi que nul ne pénètre un œil mortel.

Au sang brûlant tu versais goutte à goutte

Un baume, tu rattrapais mon errance sauvage,

Et le repos dans tes bras amoureux

Restaurait l’être dévasté.

A la légèreté d’un fil imaginaire tu le tenais près de toi attaché,

Et dans l’enchantement faisais couler ses jours.

Quelle félicité s’égale aux heures de délices

Où, plein de gratitude, il gisait à tes pieds,

Sentait son cœur gonfler contre le tien,

Se sentant bon dans ton regard,

Sentait en lui s’éclairer tous ses sens,

Et son sang en tumulte lentement s’apaiser.

Et de tout cela ne flotte désormais qu’un souvenir

Autour du cœur troublé,

Il sent au fond de lui l’ancienne vérité éternelle et  vraie,

Et l’état nouveau ne lui est que douleur.

Il nous semble n’avoir qu’âme à demi vivante,

Crépuscule pour nous est le jour le plus clair.

Heureux, que le destin qui nous tourmente

De nous changer n’ait pourtant pas pouvoir.

 

(4) Fête de mai

Comme resplendit

A mes yeux la nature !

Comme le soleil brille !

Comme rit la campagne !

Les fleurs jaillissent

De chaque rameau

Et mille voix

Hors des buissons

Et joie et délices

De tous les cœurs.

Ô terre, Ô soleil,

Ô bonheur, Ô plaisir

Ô amour, amour,

Splendeur dorée

Comme là-haut, sur ces collines

Les nuages du matin,

Tu bénis magnifique

Le champ verdoyant

Dans la brume de fleurs

Le monde gonflé de sève !

Ô jeune fille, jeune fille

Combien je t’aime !

Comme ton regard brille

Comme tu m’aimes !

Comme l’alouette aime

L’air et les champs,

Et les fleurs du matin

La rosée du ciel,

Ainsi je t’aime

D’un sang plein de vie,

Toi qui me donnes

Jeunesse et joie, et désir

De chants nouveaux

Et de danses nouvelles

Eternellement sois heureuse

Comme tu m’aimes.

 

(5) Sur le lac

Et du libre univers nourriture nouvelle

En moi j’aspire au sang neuf dans mes veines ;

Comme Nature est bienveillante et bonne

Qui me presse contre son sein !

La vague berce notre barque

Vers l’amont au rythme de ses rames,

Et les montagnes, dressées dans les nuages,

traversent notre course.

Mes yeux, mes yeux, pourquoi vous fermez-vous ?

Rêves dorés, reviendrez-vous ?

Va-t-en, rêve, si doré que tu sois ;

Ici aussi est l’amour, ici aussi la vie.

Sur la vague scintillent

Mille étoiles flottantes,

Les brumes moelleuses boivent

Les hautes masses des lointains alentour ;

La brise du matin ondule

Sur les bords de la baie ombreuse,

Et dans le lac se reflète,

Mûrissante, la moisson à venir.

 

 

 

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