LES CHEVAUX D'ACHILLE
A la vue de Patrocle sans vie,
lui, si vaillant, si vigoureux, si jeune,
les chevaux d’Achille se mirent à pleurer,
leur nature immortelle se révoltait
devant ce spectacle de la mort.
Ils remuaient leurs longues crinières,
secouaient leurs têtes, battaient la terre,
ils se lamentaient sur Patrocle, à présent sans âme,
ravagé, un rebut de chair sans vie ,
son esprit disparu, sans défense, sans souffle,
rendu de la vie au grand Rien.
Zeus, voyant ses chevaux immortels en larmes, fut touché.
“Aux noces de Pylée” dit-il,
“Je ne devais pas me laisser à mon impulsion,
on n’aurait pas dû vous donner, mes pauvres chevaux.
Votre place n’était point parmi les humains,
ces pitoyables jouets du destin.
Vous, que ni la mort, ni la vieillesse n’atteignent
vous êtes en train de souffrir de misères temporelles,
participant aux malheurs des hommes”.
Pourtant, les deux nobles bêtes, versaient toujours leurs larmes
devant l’indicible désastre de la mort.
av. 1911 – 20
K. Kavafy
( d'après l'Illiade d'homère )
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Commentaires (1)
1. Alain Cioran 01/02/2011
Notre pensée ne peut réagir qu’à partir du contenu de notre mémoire, à partir d’une partie conditionnée de notre conscience. Cela signifie que chaque pensée est formée par le passé et qu’aucune pensée ne peut être réellement neuve. Elle peut être le résultat d’une addition de deux pensées différentes auxquelles personne n’a pensé auparavant, mais cette pensée ne peut également survenir que du passé et donc de notre conditionnement. Quelque chose de réellement nouveau ne peut naître que si l’on arrive à se défaire de ce contenu du passé. Cela ne signifie pas que ce contenu aura alors disparu de notre conscience, mais simplement qu’il ne la dominera pas. Ce potentiel de perspicacité ou de clairvoyance se nomme l’intuition. La plupart d’entre nous n’estiment pas ce potentiel à sa juste valeur. Beaucoup sont tellement attachés aux modes de pensées, qu’ils ne s’ouvrent pas à un autre mode d’observation et de perception. C’est ce qui préserve le passé et donc leur conditionnement.
(Mero)